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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 18:26

Cris 2Pour ma 2e participation à l’hommage mensuel à Hubert Nyssen organisé par Denis sur Bonheur de lire, je vous recommande un livre émouvant laissé volontairement sur un banc afin qu’il rencontre un autre lecteur et que j'ai eu la chance de trouver. Il s’agit de Cris de Laurent Gaudé. J'en profite pour remercier les personnes qui ont cette générosité d’offrir ainsi à d’autres qu’elles ne connaissent pas un livre qui leur a plu.


La quatrième de couverture évoque à juste titre un texte incantatoire. Des voix s’élèvent du champ de bataille, des tranchées de la Grande Guerre : c’est la voix de Marius, ou celle de Boris, les voix de Ripoll et de Barboni, du lieutenant Rénier affecté à la direction du groupe dans la tranchée de la Tempête où ils doivent procéder à la relève de soldats exsangues qui viennent de perdre du terrain. Le lecteur suit aussi Jules le permissionnaire qui a rejoint l’arrière mais ne pense qu’à ses camarades, le médecin qui écoute les cris des amputés, le gazé réfugié dans un trou d’obus qui essaye à toute force de ne pas dormir et de rester calme alors qu’il perd beaucoup de sang.


Ce sont des cris d’angoisse et d’incompréhension devant la boucherie qui se prépare lorsque les hommes de Rénier vont devoir monter à l’assaut. Ce sont les cris horribles de « l’homme-cochon », rendu fou lui-même, sans doute par la folie des hommes, invisible comme un fantôme et qui hante les bois à la lisière du champ de bataille, cheveux hirsutes, un masque à gaz sur le visage et une baïonnette à la ceinture en poussant des cris sauvages.

Le lecteur est en enfer au même titre que ces frères d’armes si courageux et on vit les événements tragiques à travers leur conscience, à travers leurs yeux effarés, leurs émotions contenues pour ne pas craquer. Le récit avance à travers une succession de monologues intérieurs qui se répondent comme des chœurs tragiques. Les phrases courtes, ciselées s’attachent à rendre la peur terrible, l’attente insoutenable, les minutes atroces, occupées à contenir la peur qui ronge, pour ne pas qu’elle prenne le contrôle des jambes. Et on les voit se résigner à mourir dans la boue tant qu’il est possible de mourir comme un homme.

 

Comment rester insensible à la fraternité, à la « tragique solidarité », à la force admirable de ces Poilus ? - Le terme n’est pas employé car le lecteur est vraiment avec eux, au cœur des événements, sans d’ailleurs que les événements soient chroniqués.

Au cœur d’une guerre abominable où la mort pouvait les faucher à tout moment, ces hommes savent tout ce qui compte et que l’on retrouve dans les propos de Boris :

 

« l’essentiel est de ne pas crever sans personne pour te fermer les yeux. »


Un de ces livres-hommage magnifiques qui entretiennent la mémoire. A recommander à partir du lycée pour aborder cette période sombre de notre histoire à travers la sensibilité d’un auteur contemporain, déjà reconnu dans cette tranche d’âge puisqu’il a reçu le prix Goncourt des lycéens 2002 pour La Mort du roi Tsongor. Par ailleurs, il a été récompensé par les libraires et a obtenu le prix Goncourt 2004 pour Le Soleil des Scorta.

 

Bonne lecture !

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 17:56

    logo-mardi-31      Je n’avais pas participé au rendez-vous hebdomadaire initié par Sophie depuis un petit moment. J’en rappelle le principe : il s’agit tout simplement de choisir une phrase (ou deux, ou même trois, je prends souvent cette liberté…) à la page 31 du livre que l’on est en train de lire et d’en dire quelques mots.


      Cette semaine, je lis avec une certaine émotion Des vents contraires d’Olivier Adam. C’est l’histoire d’une séparation, de ses conséquences plus exactement : Sarah a disparu laissant son compagnon – le narrateur - et leurs deux enfants Manon, 4 ans et Clément, 9 ans sans nouvelles depuis de longs mois. On ressent leur souffrance, palpable dans les mots, les ellipses aussi et dans le lent défilement des jours, un temps lourd qui pèse tout le poids de l’absence.


Page 31, Manon est en pleine crise d’asthme et la ventoline est introuvable. C’est toute la détresse du narrateur qui se lit dans sa colère face à l’indifférence de la pharmacienne, à son refus de lui délivrer le médicament sans ordonnance. Ce père aimant et anxieux a bien un comportement un peu  « voyou » lorsqu’il dévalise sur-le-champ la réserve, mais les circonstances légitiment son attitude et il paye les médicaments tout de même ! Ensuite, comme toujours il va puiser de la force, de l’apaisement et, à cet instant précis, de l’air pour Manon face à la mer :


Des vents contraires

 

 

« Sur le trottoir, j’ai administré quatre doses du produit à Manon et je l’ai emmenée près du front de mer. On s’est assis sur un banc et on a remis ça. Il faisait froid, l’air coupait, mais je ne sentais rien, et elle non plus je crois. »

 


     Bonne lecture et rendez-vous en fin de semaine pour l’article complet.

 

 


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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 21:08

       Ce soir, j'inaugure avec plaisir un nouveau rendez-vous pour les amateurs de philosophie, pour ceux qui aiment méditer sur la vie et échanger sur ce qui peut nous aider à mieux vivre, à mieux comprendre le monde qui nous entoure, en toute modestie et en toute simplicité. Car je précise que si j'aime lire les philosophes classiques ou contemporains, je ne suis pas du tout spécialiste : ce que j'aimerais proposer chaque lundi, c'est donc un espace d'échanges autour d'un essai, d'un article, d'une citation ou de tout texte philosophique (contes, romans...) qui m'auront interpellée. De temps en temps, je présenterai la biographie succincte d'un grand philosophe ou le contenu d'une émission radiophonique intéressante.

De votre côté, ce serait très "chouette" que vous laissiez en commentaires vos réflexions sur le sujet ou le livre présentés. Faites-nous partager vos lectures, vos coups de coeur philosophiques ! Indiquez aussi les livres qui vous ont moins plu. Si des philosophes de formation se promènent par ici, qu'ils n'hésitent pas à proposer leur éclairage sur un concept, à donner une approche plus scientifique et passionnante. Je les en remercie par avance.

 

A vos agendas ! Chaque premier lundi du mois, je vous propose de publier sur votre blog un article sur un thème philosophique commun et de déposer votre lien dans le fil des commentaires. Vous pouvez publier une simple citation ou le compte-rendu d'un ouvrage plus conséquent. L'essentiel est toujours l'échange, dans le respect des idées de chacun. J'espère qu'au fil du temps, vous serez nombreux à participer. Si vous le souhaitez, vous pouvez dés maintenant me signaler votre participation au premier rendez-vous mensuel :  

 

Lundi 5 novembre, le thème sera le bonheur.


Et comme la chouette est l'emblême de la philosophie, voici le logo que vous reconnaîtrez chaque lundi et que vous pouvez bien sûr ajouter à votre article mensuel, avec un petit lien vers mon blog :

chouette-300x211.jpg

 

       Pour ce premier rendez-vous, je vous conseille un livre très accessible et passionnant écrit par Frédéric Lenoir, philosophe et écrivain contemporain bien connu, auteur d'une trentaine d'ouvrages : des livres de réflexion philosophique très abordables par les non-spécialistes  - par exemple, La Rencontre du bouddhisme et de l'Occident ou Socrate, Jésus, Bouddha - une pièce de théâtre et plusieurs romans. Viennent de paraître une bande dessinée L'Oracle della luna, (tome 1, "Le Maître des Abruzzes"), adaptation de son roman homonyme publié en 2006 et L'Âme du monde, publié aux éditions Nils en mai 2012. Depuis 2004, il est directeur de la rédaction du magazine Le Monde des religions. Il co-anime également une émission hebdomadaire sur France culture, "Les Racines du ciel". Au passage, j'ai retenu l'émission du 28 octobre : "La philosophie comme sagesse", avec Roger-Pol Droit.

Ces livres sont donc emprunts de spiritualité, mais que les personnes agnostiques ou athées se rassurent, l'approche qu'il propose est loin de tout dogmatisme : il s'agit d'éclairer le sens de la vie par les sagesses humanistes universelles.

 

Je relis assez souvent ce Petit traité de vie intérieure, au gré de mes envies, de mes besoins. Il est fait de courts chapitres : "Confiance et lâcher-prise", "Responsable de sa vie", "Silence et méditation", "Connais-toi toi-même", "Amour de soi et guérison intérieure", "L'amour et l'amitié", "apprivoiser la mort", "l'humour", entre autres. Chaque chapitre s'achève par des références à de grands philosophes et à leurs textes, et l'ouvrage se termine par un addendum intitulé "Qu'est-ce qu'une vie réussie ? Un dialogue inédit entre Socrate et Jacques Séguéla".

 

Frederic-LENOIR.gifVoici la quatrième de couverture où Frédéric Lenoir présente lui-même son projet :

 

"De tous mes livres de philosophie et de spiritualité, celui-ci est certainement le plus accessible, mais sans doute aussi le plus utile. Car ce n'est pas un savoir théorique que je cherche à transmettre, mais une connaissance pratique, la plus essentielle qui soit : comment mener une vie bonne, heureuse, en harmonie avec soi-même et avec les autres. Ce que je dis ici avec des mots simples et des exemples concrets, comme au cours d'une conversation avec un ami, est le fruit de trente années de recherches et d'expériences.

Mon témoignage personnel importerait peu s'il n'était éclairé par la pensée des philosophes et des sages de l'humanité qui ont marqué ma vie : le Bouddha, Confucius, Socrate, Aristote, Epicure, Epictète, Jésus, Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, Lévinas parmi d'autres.

Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c'est passer de l'ignorance à la connaissance, de la peur à l'amour." Frédéric Lenoir


"Vivre est un art." Une belle approche de la vie, à méditer...

 

Bonne lecture et à lundi prochain !


Heide

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 19:04


   

Octobre

 

Le vent fera craquer les branches
La brume viendra dans sa robe blanche
Y aura des feuilles partout
Couchées sur les cailloux
Octobre tiendra sa revanche
Le soleil sortira à  peine
Nos corps se cacheront sous des bouts de laine

Perdue dans tes foulards
Tu croiseras le soir
Octobre endormi aux fontaines
Il y aura certainement,
Sur les tables en fer blanc
Quelques vases vides et qui traînent
Et des nuages pris aux antennes

Je t'offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu'Octobre nous prenne
On ira tout en haut des collines
Regarder tout ce qu'Octobre illumine
Mes mains sur tes cheveux
Des écharpes pour deux

Devant le monde qui s'incline
Certainement appuyés sur des bancs
Il y aura quelques hommes qui se souviennent
Et des nuages pris aux antennes
Je t'offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu'Octobre nous prenne

Et sans doute on verra apparaître
Quelques dessins sur la buée des fenêtres
Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord
Octobre restera peut-être.
Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord
Octobre restera peut-être

 

Francis Cabrel, "Octobre",

album Samedi soir sur la terre, 1994

1267962119 Samedi Soir Sur La Terre

 
Une chanson que j'adore, extraite de Samedi soir sur la terre, 8e album de Francis Cabrel. J'espère faire plaisir à d'autres inconditionnels de ce chanteur-poète qui vit non loin de chez moi.


Bonne écoute et bon dimanche soir !

Heide 


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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 15:44

      HSLeMondeDuras.jpgDébut août, Le Monde a sorti un très beau hors-série de 122 pages "Une vie une oeuvre" consacré à Marguerite Duras. La citation choisie en ouverture montre clairement le projet des rédacteurs et concepteurs : inciter à oser lire ou relire MD. Et le verbe" oser" est choisi à dessein car l'écrivaine a été tellement souvent décriée, caricaturée voire injuriée, avec mauvaise foi  tout de même, que son oeuvre a fréquemment été abordée avec la même défiance. Et MD en était parfaitement consciente, elle qui a donc écrit :

 

" Lisez le livre. Dans tous les cas même dans celui d'une détestation de principe, lisez-le. Nous n'avons plus rien à perdre ni moi de vous, ni vous de moi. Lisez tout."

Marguerite Duras, extrait de sa lettre à la presse,

à l'occasion de la parution des Yeux bleus cheveux noirs, Minuit, 1986

(citée dans le hors-série)

 

Il est vrai qu'elle usait aussi parfois de son image atypique, ce qui explique en partie également que la femme publique ait pu faire de l'ombre à l'écrivaine sensible et modeste, profondément sincère, qui écrivait pour vivre.

Aujourd'hui, elle est "l'auteur de la seconde moitié du XXe siècle le plus traduit (en 35 langues), le plus lu, le plus commenté". Il était bien normal de rendre hommage à cette postérité remarquable. Et puis MD est reconnue dans les biographies les plus récentes pour avoir su porter - avec Nathalie Sarraute, sa contemporaine - un regard particulièrement innovant sur l'écriture.  Mais surtout, elle a su cerner avec une acuité brillante le rapport de la littérature à l'histoire du XXe siècle.

 

Dans ce hors-série passionnant de bout en bout, vous trouverez donc :

  • Un portrait touchant de MD par Laure Adler, journaliste qui a connu la romancière et lui a consacré une biographie, publiée en 1998 (Folio n°3417)
  • Une chronologie illustrée de photos d'époque de MD et de sa famille.
  • Des extraits de son oeuvre, choisis souvent parmi les titres les moins connus.
  • Un entretien de MD avec Dominique Noguez
  • Un portfolio sur sa carrière de scénariste et de metteur en scène.
  • Des débats menés par différents auteurs, professeurs d'université, journalistes, philosophes, sociologues.
  • Des hommages de personnalités qui l'ont bien connue : Raymond Queneau, Jacques Lacan, Claude Roy, Yann Andréa, son dernier compagnon, Jeanne Moreau ...

 

Pour finir, en fin d'ouvrage, le lecteur trouvera un lexique dont le projet louable est "de former un barrage contre les idées reçues" juste avant les références bibliographiques bien utiles.

 

Bonne lecture !

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 08:47

Portrait de G. de Nerval par Nadar

Le Relais1-Gerard-de-Nerval.jpg

 

En voyage, on s'arrête, on descend de voiture

Puis entre deux maisons on passe à l'aventure,

Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,

L'oeil fatigué de voir et le corps engourdi.

 

Et voici tout à coup, silencieuse et verte,

Une vallée humide et de lilas couverte,

Un ruisseau qui murmure entre les peupliers,

Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

 

On se couche dans l'herbe et l'on s'écoute vivre,

De l'odeur du foin vert à loisir on s'enivre,

Et sans penser à rien on regarde les cieux...

Hélas ! Une voix crie : "En voiture, messieurs !"

 

Gérard de Nerval, Odelettes, "Le Relais", 1853

 

1873jardin monet argenteuilJardin de Monet à Argenteuil (les Dahlias),

Huile sur toile, 1873

Collection privée

 

Bon dimanche !

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 22:17

logo-mardi-31"Il y a eu encore l'église et les villageois sur les trottoirs, les géraniums rouges sur les tombes du cimetière, l'évanouissement de Pérez (on eût dit un pantin disloqué), la terre couleur de sang qui roulait sur la bière de maman, la chair blanche des racines qui s'y mêlaient, encore du monde, des voix, le village, l'attente devant un café, l'incessant ronflement du moteur, et ma joie quand l'autobus est entré dans le nid de lumière d'Alger et que j'ai pensé que j'allais me coucher et dormir pendant douze heures."

 

Cette longue phrase qui débute page 30 et s'achève page 31 dans l'édition Folio, clôt le chapitre 1 de ce roman qui "décrit la nudité de l'homme en face de l'absurde" (Camus). Le narrateur Meursault raconte, avec un détachement "naturel" surprenant l'enterrement de sa propre mère. Dans le chapitre 1, le talent d'écrivain de Camus nous éblouit : Meursault semble ne pas prendre part à cet événement pénible de sa vie et l'écriture montre bien à quel point il semble extérieur à lui-même en racontant comme s'il se contentait d'enregistrer, sans émotion apparente, ce qui se passe sous ses yeux.

 

Bonne lecture !

 

albert-camus.jpg

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 17:06

drouet-hugo.jpg

 

      Pour ce dimanche poétique, j'ai choisi un poème que Victor Hugo écrivit à Juliette Drouet, jeune actrice avec laquelle il connut un bonheur complet pendant 50 ans. Leur liaison, commencée en février 1833, quelques jours après la première représentation de Lucrèce Borgia, s'acheva à la mort de "Mademoiselle Juliette", en 1883. Elle avait 77 ans. Victor Hugo, âgé de 81 ans au moment de la disparition de sa bien-aimée, mourut deux ans plus tard.

 

Mon bras pressait ta taille frêle

 

Mon bras pressait ta taille frêle

Et souple comme le roseau ;

Ton sein palpitait comme l'aile

      D'un jeune oiseau

 

Longtemps muets, nous contemplâmes

Le ciel où s'éteignait le jour.

Que se passait-il dans nos âmes ?

      Amour ! Amour !

 

Comme un ange qui se dévoile,

Tu me regardais, dans ma nuit,

Avec ton beau regard d'étoile,

      Qui m'éblouit.

 

Forêt de Fontainebleau, juillet 18...

 

Victor Hugo, "Mon bras pressait ta taille frêle", X,

L'Âme en fleur, Les Contemplations,1856

 

A bientôt !

Heide

 

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 14:47

      Laver-les-ombres-babel.jpgLaver les ombres, ce titre ne laisse pas indifférent bien sûr. Une petite note en préface du roman précise qu'en photographie, cela signifie "mettre en lumière un visage pour en faire le portrait". Cette précision donne une idée du sujet de ce récit poignant, écrit par Jeanne Benameur - une auteure contemporaine si talentueuse qu'on ne la présente plus - et publié chez Actes sud en 2008.

Je l'ai lu dans la collection de poche Babel  et comme nous sommes le 12, j'en profite pour participer au rendez-vous mensuel organisé par Denis, sur son blog Bonheur de lire, dans le but de rendre hommage à cette belle maison d'éditions et à son fondateur Hubert Nyssen. Ce mois-ci, Denis consacre son article à la collection Babel justement.

Laver les ombres m'a été offert par un ami très proche et ce fut un vrai plaisir de lecture.

 

     L'histoire


Laver-les-ombres-Acets-sud.jpg     Lea a trente-huit ans. Elle est "chorégraphe par nécessité". Parce qu'il n'existe pas pour elle d'autre alternative pour vivre et refluer la peur - quelle peur ? -, Lea danse. Elle a besoin d'ancrer son corps dans l'espace par le mouvement, pour s'élever, pour que "rien ne creuse plus la terre sous ses pieds" et que l'audace revienne. Lea est solitaire, libre aussi, mais "elle n'a pas plus de liberté que le chien perdu qui cherche un maître". Tourmentée, souvent démunie face à "cette impression de vivre avec des éclats de bombe sous la peau", elle aime Bruno, un peintre, "un homme de l'immobile" qui l'aide à se recentrer, à se retrouver vraiment. Mais la jeune femme sait qu'elle ne laissera pas sa chance à leur histoire parce qu'elle est incapable de poursuivre une relation. Lea pense confusément à sa mère à laquelle elle doit rendre visite sur sa demande. Elle se rend auprès de la vieille dame par un soir de tempête.

 

     Mes impressions

 

     Quelle écriture magnifique ! Les mots s'arriment les uns aux autres comme on cherche un point d'ancrage en pleine tourmente. Leur poésie véhicule parfaitement l'émotion, toujours subtile. Les phrases courtes et incisives, sur le fil du rasoir, semblent montrer parfois la difficulté même de respirer. Mais la parole se libère alors que la tempête fait rage au dehors. La parole tout à la fois vectrice d'amour, de tendresse et de colère. La parole éclairante et rédemptrice vient laver les ombres du passé ouvrant la voie à un bonheur possible. C'est toute la force de ce récit magnifique dont la trame narrative, interrompue par des "Tableaux", nous propose le portrait de deux femmes, aux destins imbriqués par le sang, dans le silence d'un lourd secret familial.

 

Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce court roman de 157 pages (dans la collection Babel), prix du livre Poitou-Charentes, comme j'avais aimé Les Demeurées, lu dans l'édition Folio en 2009, roman également primé (Prix Unicef 2001).

Dans les romans de Jeanne Benameur, l'espoir est une force qui ouvre vers tous les possibles. A une condition et pas des moindres !


"Apprendre à trébucher.

Intégrer le faux pas.

En faire sa danse.

Apprendre la marche imparfaite de tous ceux qui ont dans le corps un poids qui se déplace et les entraîne. Sans qu'ils y puissent rien.

Et danser avec ça."

 

Bonne lecture !

 

JeanneBenameurpourleweb.gifJeanne Benameur


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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 10:57

387px-Paul_Valery.jpg

    Paul Valéry (1871-1945), grand admirateur de V. Hugo et de Baudelaire, découvre ensuite Verlaine et surtout Mallarmé à qui il envoie ses premiers poèmes. Par la suite, il deviendra son disciple le plus proche.

Poète, aussi bien que penseur et mathématicien (un tableau noir couvert de calculs et un squelette sont les seuls éléments de décoration de sa chambre), Paul Valéry consacre aussi beaucoup de temps à ses Cahiers : il y note ses réflexions alors qu'il est secrétaire d'un administrateur de l'agence Havas. En 1920, il publie des poèmes très appréciés et dont le succès sera confirmé par la parution de Cimetière marin et de Charmes. Il entre à l'Académie française en 1925 et il est nommé professeur de poétique au Collège de France, en 1937.

 

Paul Valéry recherche la perfection dans son travail de poète. Il aborde l'écriture poétique avec un esprit très cartésien, privilégiant le travail de la forme à l'inspiration, qui seule ne peut suffir. Un poème n'est donc jamais achevé en soi et lorsqu'il est publié, il est comme "abandonné" simplement à la curiosité du lecteur.

Son ambition est aussi celle de son maître Mallarmé, tous deux cherchant à atteindre à la "poésie pure" avec, pour Valéry, une oeuvre "où rien de ce qui est la prose n'apparaitraît plus."

 

    Ainsi, la première version de "La Belle au bois dormant" paraît dans la revue La Conque en 1891. Paul Valéry considère ce texte comme un brouillon et en produira une réécriture définitive au moment de la constitution du recueil Album de vers anciens, en 1920. Pour ma part, paradoxalement, je plébiscite cette première version, dont j'aime la fraîcheur un peu naîve. Comme j'aimerais écrire de semblables brouillons !

 

Voici donc le premier poème et sa réécriture, lus par Gilles-Claude Theriault, que je remercie infiniment. Quelle belle voix ! (Edit du 9 octobre 2013).

 

 


 

La Belle au bois dormant

(première version)

 

La Princesse, dans un palais de roses pures

Sous les murmures et les feuilles, toujours dort.

Elle dit en rêvant des paroles obscures

Et les oiseaux perdus mordent ses bagues d'or.

 

Elle n'écoute ni les gouttes dans leurs chutes

Tinter, au fond des fleurs lointaines, lentement

Ni s'enfuir la douceur pastorale des flûtes

Dont la rumeur antique emplit le bois dormant.

 

... Ô belle ! suis en paix ta nonchalante idylle

Elle est si tendre l'ombre à ton sommeil tranquille

Qui baigne de parfums tes yeux ensevelis :

 

Et songe, bienheureuse, en tes paupières closes

Princesse pâle dont les rêves sont jolis

A l'éternel dormir sous les gestes des Roses !

 

Paul Valéry, "La Belle au bois dormant", La Conque, novembre 1891

 

page9-160px-Valéry - Album de vers anciens, 1920.djvu

 

Au bois dormant

(Réécriture définitive)

 

La princesse, dans un palais de rose pure,

Sous les murmures, sous la mobile ombre dort,

Et le corail ébauche une parole obscure

Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d'or.

 

Elle n'écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,

Tinter d'un siècle vide au lointain le trésor,

Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes

Déchirer la rumeur d'une phrase de cor.

 

Laisse, longue, l'écho rendormir la diane,

Ô toujours plus égale à la molle liane

Qui se balance et bat tes yeux ensevelis.

 

Si proche de ta joue et si lente la rose

Ne va pas dissiper ce délice de plis

Secrètement sensible au rayon qui s'y pose.

 

Paul Valéry, "Au bois dormant", Album de vers anciens, 1920

 

La_Belle_au_Bois_Dormant_-_Sixth_of_six_engravings_by_Gusta.jpg

Gustave Doré, La Belle au bois dormant, illustration de 1867

 

Bon dimanche !

Heide

 
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Présentation

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A lire absolument ! Efflorescences IsmaëlBilly

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Mon rendez-vous philo

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Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

Anis ?

Coccinelle

Denis

Lee Rony

Sophie ?

Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

Challenge Marguerite Duras

LIRE L'OEUVRE DE MARGUERITE DURAS

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Je vous propose deux logos à insérer dans vos articles :

 

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Deux sites incontournables : l'Association Marguerite Duras, qui organise notamment les Rencontres Duras au printemps et Duras mon amour (site géré par des étudiants italiens)

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