Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 21:28

      Atiq-Rahimi-Syngue-sabour.jpg Quelques mots sur l'auteur tout d'abord : Atiq Rahimi est né en Afghanistan, à Kaboul, en 1962. Il a fait ses études en France et vit aujourd'hui à Paris. Réalisateur de films documentaires, il a obtenu deux récompenses prestigieuses : le prix "Regard vers l'avenir" (Festival de Cannes), pour l'adaptation de son roman Terre et cendres et, en 2008, le prix Goncourt pour Syngué sabour, Pierre de patience.  Ce récit était dans ma PAL depuis sa sortie en poche (éditions Folio) et le challenge "Une année, des titres" proposé par Sophie m'a permis de découvrir un petit bijou littéraire, presque un chef d'oeuvre !Atiq-Rahimi.jpg

 

      

 

 

       L'histoire

 

       Une femme, "quelque part en Afghanistan ou ailleurs", veille un homme mourant, son mari, frappé d'une balle dans la nuque "dans une bagarre minable avec un type - de son propre camp d'ailleurs [...] Juste pour une insulte." (page 28)

C'est la guerre. On entend les bombes au loin. La femme, effrayée à l'idée de se retrouver seule avec deux petites filles à élever, compte les souffles de l'homme en égrénant son chapelet. Petit à petit, sa langue se délie, libérant du même coup son corps, sa sexualité... et ses secrets ...

 

       Mes impressions

 

       C'est une lecture qui m'a laissée un peu sonnée, et je suis encore sous le choc de la chute vertigineuse du dénouement...

Atiq Rahimi réussit un tour de force : suggérer le poids des heures, lentes, oppressantes qui défilent au rythme des souffles d'un mourant, au rythme d'un chapelet qu'on égrène ... Oui, le temps se compte en souffles pendant que la femme se lamente sur la responsabilité qui lui incombe dans la guérison de son époux : "c'est tellement facile de dire qu'il faut réciter quatre-vingt-dix-neuf fois par jour l'un des quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu ... Et cela pendant quatre-vingt-dix-neuf jours !" (page 23) C'est donc l'oppression des femmes que cette écriture du vide symbolise. Une écriture du vide qui emplit d'émotion l'espace intime du lecteur.

Le roman est, en fait, un long monologue dramatique, où la peur dispute sa place à la démence. La chambre du mourant, devenu lui-même "syngué sabour, la pierre de patience", figure une scène de théâtre avec son lourd rideau décoré d'oiseaux migrateurs et le lecteur devient spectateur, tour à tour attentif aux indications scéniques du narrateur et aux événements qui se passent "en coulisses", ou bien allongé lui-même dans la petite chambre rectangulaire et étouffante, témoin paralysé des allers et retours de la femme, de la répétition des tâches. Si l'auteur devait adapter son film pour le cinéma, il y aurait sans doute quelques gros plans sur de petites bêtes peu sympathiques - mouche, fourmis, araignée, guêpe - intruses oppressantes qui semblent suspendre le temps "dans cette inertie poussiéreuse"(page 46) ...

Ce que je décris là ne dévoile en rien l'intrigue car l'intensité dramatique va considérablement s'accroître, au fil des pages, avec la violence des mots et la libération des actes de la femme. La force du roman tient aussi à la prise de conscience que ces femmes, dont le corps est caché, enveloppé comme pour "voiler" ce qui est jugé "impur", ont aussi du désir et qu'elles peuvent même l'exprimer avec des mots et des gestes très crus.

 

       Un extrait

 

"Cette pierre que tu poses devant toi... devant laquelle tu te lamentes sur tous tes malheurs, toutes tes misères... à qui tu confies tout ce que tu as sur le coeur et que tu n'oses pas révéler aux autres... Tu lui parles, tu lui parles. Et la pierre t'écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate. Elle tombe en miettes. Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines... Comment appelle-t-on cette pierre ? [...]

Elle sursaute, "voilà le nom de cette pierre : syngué sabour, pierre de patience, la pierre magique !, s'accroupit auprès de l'homme. "Oui, toi, tu es ma syngué sabour !" [...]

 

Bonne lecture !

 

une annee des livres Sophie-copie-1

Repost 0
15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 20:43

      jours-sans-faim-delphine-vigan-L-CQmJ0Y.jpeg Jours sans faim, publié en 2001 sous le pseudonyme de Lou Delvig, est le premier roman de Delphine de Vigan. Je l'ai lu dans le cadre du challenge ludique de Calypso  "Un mot, des titres" et du défi "Premier roman" proposé par Anne. En faisant ce choix, je savais que je ne serais pas déçue : en effet, dans ce court mais intense récit autobiographique, Delphine de Vigan analyse la difficulté de vivre, les blessures indicibles de l’enfance, « le jeûne comme toute puissance, comme une forteresse » (page 93). Elle évoque avec justesse les journées d’hospitalisation pour attendre « simplement que le temps passe » car « il faut que le temps passe pour […] sortir de là. » (page 101)


       L’histoire


    « Regardez bien, mesdames et messieurs, au douzième étage de cet hôpital bientôt célèbre, s’est échoué hier soir, un squelette de trente-six kilos pour un mètre soixante-quinze. » (page 17)

Laure est anorexique. Lorsqu’elle est prise en charge dans le service de nutrition du Docteur Brunel, le froid « est entré en elle, inimaginable ». Au fur et à mesure de leurs rencontres, la jeune fille si fragile va s’accrocher à son sauveur, ce médecin fabuleux parce que simplement humain, capable de reconnaître son impuissance parfois, en gardant le silence ou en ponctuant son discours d’un « merde convaincu », mais sans jamais lâcher la main, pour que Laure entende et intègre ces paroles essentielles: « vous n’avez pas besoin de mourir pour renaître. »

 

       Mes impressions


    J’aime profondément tous les écrits de Delphine de Vigan parce que cette écrivaine contemporaine majeure a un don incroyable pour saisir, par l’écriture, l’émotion vraie. Elle suggère plus qu'elle ne dépeint les fragilités de ses personnages, ce qui les rend profondément attachants (je pense au docteur Brunel). Elle sait trouver les mots justes pour suggérer une atmosphère, un sentiment pris, empêtré parfois, dans la difficulté de l’instant et elle n’en fait jamais trop, pour laisser au lecteur la liberté de s’approprier l’histoire, son histoire, et d’y trouver éventuellement un écho personnel. C’est d’autant plus vrai que ce premier roman est largement autobiographique et que le sujet qu’elle aborde – l’anorexie, son anorexie – est susceptible de toucher, de près ou de loin, beaucoup de lecteurs. A travers l’expérience de Laure, l’auteure analyse avec beaucoup de finesse et de sensibilité les causes principales et les conséquences prévisibles de cette terrible maladie, mais il en ressort un immense espoir !

Dans Rien ne s’oppose à la nuit, paru à la rentrée 2011, Delphine de Vigan évoque de nouveau cet épisode de sa vie en le reliant plus précisément à l’histoire de sa mère. C’est un livre magnifique, intense et  bouleversant dont je parlerai très bientôt.


       Un extrait


     «  Laure déballe à ses pieds, par petits paquets compacts, cette faim de vivre qui l’a rendue malade, elle le comprend maintenant, cet appétit démesuré qui la débordait, la débraillait, ce gouffre insatiable qui la rendait si vulnérable. Elle était comme une bouche énorme, avide, prête à tout engloutir, elle voulait vivre vite, fort, elle voulait qu’on l’aime à en mourir, elle voulait remplir cette plaie de l’enfance, cette béance en elle jamais comblée.

Parce qu’il faisait d’elle une proie offerte au monde, elle avait muré ce désir dans un corps desséché, elle avait bâillonné ce désir fou de vivre, cette quête absurde, affamée, elle se privait pour contrôler en elle ce trop-plein d’âme, elle vidait son corps de ce désir indécent qui la dévorait, qu’il fallait faire taire. » (103)

 

Vous pourrez découvrir d'autres avis de lecteurs en consultant la page de Calypso. Et si vous ne connaissiez pas Delphine de Vigan, je vous propose de lire le billet que j'avais rédigé, en décembre 2009, sur  Les Heures souterraines, un très beau roman également.

 

Bonne lecture !

 

Un-mot-des-titres              Defi-PR1

Repost 0
15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 00:43

Tous les chemins vont vers la ville.Emile_Verhaeren_by_John_Singer_Sargent.jpg

 

Du fond des brumes,

Avec tous ses étages en voyage

Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,

Comme d'un rêve, elle s'exhume.

 

Là-bas,

Ce sont des ponts musclés de fer,

Lancés, par bonds, à travers l'air ;

Ce sont des blocs et des colonnes

Que décorent Sphinx et Gorgonnes ;

Ce sont des tours sur des faubourgs ;

Ce sont des millions de toits

Dressant au ciel leurs angles droits ;

C'est la ville tentaculaire,

Debout,

Au bout des plaines et des domaines. livreverhaeren.jpg

[...]

La rue - et ses remous comme des câbles

Noués autour des monuments -

Fuit et revient en longs enlacements ;

Et ses foules inextricables

Les mains folles, les pas fiévreux,

La haine aux yeux,

Happent des dents le temps qui les devance.

[...] 

Telle, le jour - pourtant, lorsque les soirs

Sculptent le firmament, de leurs manteaux d'ébène,

La ville au loin s'étale et domine la plaine

Comme un nocturne et colossal espoir ;

Elle surgit : désir, splendeur, hantise ;

Sa clarté se projette en lueurs jusqu'aux cieux,

Son gaz myriadaire en buissons d'or s'attise,

Ses rails sont des chemins audacieux

Vers le bonheur fallacieux

Que la fortune et la force accompagnent ;

Ses murs se dessinent pareils à une armée

Et ce qui vient d'elle encor de brume et de fumée

Arrive en appels clairs vers les campagnes.

 

C'est la ville tentaculaire,

La pieuvre ardente et l'ossuaire

Et la carcasse solennelle.

 

Et les chemins d'ici s'en vont à l'infini

Vers elle.

 

                                                          Emile Verhaeren, Les Campagnes hallucinées, 1893

 

 

                                                            

 

A l'écoute, La Valse d'Amélie de Yann Tiersen

Repost 0
Published by Heide - dans Poésie
commenter cet article
14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 23:12

Ma PAL s'est allongée de trois nouveaux livres, après mon traditionnel passage en librairie de début de vacances :

  • Marie Sizun, Un léger déplacement : coup de coeur de mon libraire pour ce roman publié chez 1er /mille Arléa. un-leger-deplacement-marie-sizun.gif
  • Hélène Gestern, Eux sur la photo, 1er/mille Arléa : un premier roman que j'aurai le plaisir de faire dédicacer le 26 mai, chez ce même libraire. eux-sur-la-photo
  • Philippe Jaccottet, L'Encre serait de l'ombre. Notes, proses et poèmes choisis par l'auteur. 1946-2008, Poésie Gallimard : je poursuis la découverte de ce merveilleux poète contemporain. jaccottet-l-encre-serait-de-l-ombre.jpg

Pour les vacances, sur les conseils de ma chère collègue documentaliste, j'ai emprunté au CDI deux romans pour adolescents :

  • Jean-Philippe Blondel, Blog, chez Actes Sud Junior. blog-deblondel.gif
  • Mary E. Pearson, Jenna Fox, pour toujours, Sélection du Prix des Incorruptibles 2012. Pearson_-_Jenna_Fox.jpg

Il me reste à terminer également ... :

  • La Ballade de l'impossible de Murakami Haruki ; balladeimpossible
  • La Femme du Ve de Douglas Kennedy (avant de voir le film, sorti en DVD au mois de mars) : la-femme-du-ve_douglas-kennedy.jpg
  • Syngué sabour (Pierre de patience) de Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008 : je lis ce roman dans le cadre du challenge des Bavardages de Sophie et c'est un coup de coeur ! Rendez-vous lundi 16 pour le billet... synge-sabour.jpg

... et à me plonger pour de bon dans ce gros roman encensé par la critique :femmefuyantannonce

  • Une Femme fuyant l'annonce de David Grossman

 

Demain, billet-surprise autour du mot "Jour" qui apparaît dans le titre du récit que j'ai choisi de lire pour le challenge ludique de Calypso "Un mot, des titres..."

 

Enfin quelques lectures urgentes pour la rentrée :

  • M. Morpurgo, Le Roi Arthur roiarthurmorpurgo.jpg
  • J.-C. Mourlevat, L'Enfant Océan enfantoceanmourlevat.gif

Plus tard viendront d'autres lectures pour d'autres défis, notamment pour le challenge "Premier roman", organisé par Anne. Dans ma PAL, se trouvent quelques titres qui gagneront à cette occasion les premières places :

  • Je vais bien, ne t'en fais pas d'Olivier Adam ;je-vais-bien-ne-t-en-fais-pas.gif
  • Le Club des incorrigibles Optimistes de J.-M. Guenassia incorrigibles-optimistes.gif

A très bientôt !

Repost 0
Published by Heide - dans PAL et LAL
commenter cet article
12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 23:29

Cette montagne a son double dans mon coeur.pensees-sous-les-nuages.gif

 

Je m'adosse à son ombre,

je recueille dans mes mains son silence

afin qu'il gagne en moi et hors de moi,

qu'il s'étende, qu'il apaise et purifie.

 

Me voici vêtu d'elle comme d'un manteau.

 

Mais plus puissante, dirait-on, que les montagnes

et toute lame blanche sortie de leur forge,

la frêle clef du sourire.

 

Philippe Jaccottet, "Le Mot Joie", Pensées sous les nuages, 1983


Gustav Klimt, La Musique, 1895

klimt-gustav-musique-1895

A l'écoute, Sergeï Rachmaninov,
Concerto n°2 en Ut mineur


Repost 0
Published by Heide - dans Poésie
commenter cet article
10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 11:30

      Rosepoche.gif Le roman se déroule au moment des grands travaux haussmanniens qui ont modernisé Paris, entre 1852 et 1870, remplaçant les petites ruelles pittoresques, souvent insalubres, par de larges boulevards dessinés par le préfet Hausmann, selon le modèle des grandes avenues londoniennes.

Fascinée par « les lieux et leur mémoire », Tatiana de Rosnay, auteure des romans Elle s’appelait Sarah et Moka, entre autres best-sellers, a imaginé ce qu’avaient pu ressentir les Parisiens devant ces démolitions méthodiques, ce qu’ils avaient pu vivre alors au quotidien. Elle nous transporte, avec talent, à l’époque de Baudelaire et de Victor Hugo, dans le Paris des relieurs et des chiffonniers, des herboristes et autres petits commerçants aujourd’hui disparus.


       L’histoire


       Le cœur lourd, Rose, « une vieille femme de presque soixante ans » écrit à son époux chéri, mort depuis dix ans. Elle lui raconte comment un an auparavant, elle a reçu un avis de destruction de la rue Childebert où se trouve la demeure familiale. Cette rue est sur les plans de rénovation du préfet Hausmmann et, si l’espoir demeure un temps, grâce à la proximité de l’église Saint-Germain, Rose comprend vite qu’elle devra puiser, dans ses lettres, la force de supporter la destruction programmée de sa maison. En réalité, par l’écriture, elle se prépare à alléger son âme d’un terrible secret …


       Mes impressions


       Rose est un petit roman très sympathique, agréable à lire et sans temps morts : je l’ai lu d’une traite, en une soirée, alors que j’étais en retard pour le rendez-vous programmé avec Souricette. Alors, bien sûr, ce n'est pas de la grande littérature, mais une fois la lecture engagée, on a envie de connaître la fin ! Oui, vraiment, je me suis sentie absorbée par le fil des événements. J'ai aimé le style des lettres de Rose comme j'ai aimé savoir que l'auteure avait  écrit son roman à la main, pour retrouver le rythme régulier de la plume de son héroïne... Pour adapter le tracé des mots au lent défilé des heures. J'ai trouvé que les états d’âme de cette femme forte et intelligente, issue de la bourgeoisie parisienne, rendaient bien l’atmosphère de l’époque. Les retours en arrière sont éclairants quant à la vie quotidienne de ses contemporains. La condition des femmes de ce milieu - l’approche de la maternité notamment - est particulièrement bien évoquée. L’émotion est présente, notamment avec l’épisode du choléra que j’ai trouvé poignant (je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler l’intrigue). Régulièrement, d’autres lettres sont reproduites, mais on ne peut parler, à mon sens, de roman épistolaire car il n’y a pas d’échanges  : Rose tient plutôt une sorte de journal qu’elle adresse à son époux et dans lequel elle glisse d’autres précieuses missives, écrites par des personnages qui gravitent autour d’elle. L’alternance de points de vue permet au lecteur de suivre le cheminement de la narratrice et la maturation de son projet, tout en dévoilant progressivement son passé.

 

Tatiana de Rosnay a su, une fois de plus, entraîner intelligemment le lecteur vers la révélation finale et la découverte du destin de l’héroïne. La construction soignée entremêle habilement l’Histoire, collective, de la capitale et une histoire individuelle, fictive ... pour notre plus grand plaisir !


 Pour lire l'avis de Souricette, sur ses Quelques bouts de pages, cliquez ici.


Et d'autres avis encore grâce au challenge Paris organisé par Sharon. camille-pissarro-the-louvre-and-the-seine-from-the-pont.jpg

Bonne lecture !

Repost 0
8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 22:02

 

      citadelleneiges On ne présente plus Matthieu Ricard, tant on a parlé de ce moine bouddhiste, au visage chaleureux. Interprète français du Dalaï-Lama, ce biologiste de formation, fils du philosophe Jean-François Revel et de l’artiste-peintre Yahne Le Tournelin, est également photographe et auteur d’ouvrages dont les droits sont intégralement reversés à de nombreux projets humanitaires, initiés par l'auteur dans les régions de l’Himalaya.  

La Citadelle des neiges est un conte spirituel, publié en 2005, chez Nils Editions et je dois dire que j’ai aimé la couverture granuleuse de ce petit livre de 137 pages dés que je l’ai touchée et tenue entre mes mains.

 

        L’histoire

 

La Citadelle des neiges raconte le voyage initiatique de Détchèn Dorjé - ce qui signifie en tibétain « Félicité de Diamant » - de son hameau natal de l’est du Bhoutan vers ce lieu homonyme parmi les plus sacrés du bouddhisme. Attentif aux enseignements de son maître Tokdèn Rinpotché, le « très Précieux », Détchèn s’initiera à la vie spirituelle et progressera vers la quête de l’Eveil.


       Mes impressions

 

 "Il va falloir faire avec ou plutôt sans", tel est le refrain de Ton Héritage de Benjamin Biolay, merveilleuse chanson que j’ai choisie pour accompagner ce billet. Elle dit tellement bien nos fragilités, la mélancolie qui nous habite parfois et qui nous étreint le cœur… Cet appétit de vivre aussi qui ne protège pas de la peur et de la douleur…

Alors, comment apprendre à laisser passer ce qui, dans la vie, nous dépasse  et nous fait souffrir ? La Citadelle des neiges est un précieux cadeau … La lecture de ce conte initiatique nous donne des clés pour que l’harmonie puisse dominer notre vie, pour que la sérénité nous habite enfin, pleinement. Comment ? Grâce à l’art de la méditation et à la philosophie bouddhiste dont les principes de base sont présentés à travers le cheminement d’un petit garçon bhoutanais, sensible, désireux de comprendre le monde. Il ne s’agit pas de conseils techniques ou de leçons à visée didactique : le parcours spirituel de Détchèn est une parabole aux accents poétiques, parfois merveilleux, comme dans l’épisode du corps d’arc-en-ciel…

La vie ne nous ménage pas et nous sommes souvent notre propre bourreau. La philosophie bouddhiste nous explique que, dans ces moments-là, nous marchons vers le Samsara, le monde de la souffrance. Pour traverser « ces  chemins marécageux », il faut se montrer sage et méthodique. Oui, mais comment atteindre la sagesse et agir avec méthode ? Voilà un enseignement que nous recevons avec Détchèn, quand il écoute les paroles sages de l’ermite Jamyang Nyima, « Doux Soleil de la connaissance », au cours du voyage vers la Citadelle. Pourquoi nos pensées vagabondes sont-elles comme des sangsues ? J’avoue que ce point-là m’a intéressée au plus haut point … Pourquoi les plaisirs faciles ne peuvent-ils nous apporter le bonheur ? On se doute davantage de la réponse, mais tout est dit avec tant de poésie que la réflexion s’en trouve enrichie !


Ce conte philosophique apporte des réponses ou, en tous cas, ouvre la voie à une réflexion sur la vraie question, celle qui nous taraude tous un jour : quel sens donner à notre vie ? Car nous le savons bien, même intuitivement, même à vingt ans, même quand tout va bien : « il n’y a pas de temps à perdre […] On ne sait de la mort ou du lendemain, qui viendra le premier. » (page 61)

 

       Un extrait 


Et je terminerai par un passage qui me touche personnellement :matthieu ricard

« Comme les jours et les nuits qui s’enfuient, la vie s’écoule inexorablement. N’est-il pas miraculeux, après avoir dormi, de s’éveiller vivant ? Cette vie est plus fragile qu’une bulle sur l’eau. Penser qu’on va d’abord terminer tout le travail entrepris, puis se consacrer au Dharma, est puéril. Il faut comprendre qu’on n’a pas de temps à perdre, comme si l’on était touché au cœur par une flèche. Faute de quoi, on risque fort de sombrer dans le marécage des illusions du monde, les préoccupations ordinaires liées à la joie et la peine, au gain et à la perte, aux louanges et au blâme, à la renommée et à l’anonymat. » (page 110)

 

Bonne méditation !

 

Quant à la chanson Ton Héritage de Benjamin Biolay, vous la retrouverez avec plaisir en lisant "Si tu veux tes amis près de toi tout le temps" et les tranches de vie de  Moka. Emotions garanties !

 

 

 

 


Repost 0
Published by Heide - dans Philosophie
commenter cet article
8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 06:00

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - Big Sis' (1886)

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905), Les deux soeurs, 1877

Mes deux filles

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
L'une pareille au cygne et l'autre à la colombe,
Belle, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande soeur et la petite soeur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d'oeillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche, et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase,
Un vol de papillons arrêté dans l'extase.


Victor Hugo, Les Contemplations, 1856


Renoirdeuxsoeursterrasse

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919),

Deux soeurs sur la terrasse, huile sur toile, 1881

(impressionnisme) 

 

 

 


Repost 0
Published by Heide - dans Poésie
commenter cet article
6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 21:50

       morgan-sportes.jpg    Morgan Sportès, vous savez,  c'est l'auteur de L'Appat, roman primé et adapté au cinéma par Bertrand Tavernier. Cet auteur donc a du génie pour disséquer les faits de société les plus sordides, ceux-là même qui questionnent la perte du sens de l'humain.

 

            Le sujet

 

Les événements dont il est question, nous les connaissons tous ... Comment oublier l'affaire du gang des Barbares et surtout le jeune Ilan Halimi, dont les journaux avaient publié le visage souriant et plein de vie alors qu'il venait d'être retrouvé, "se traînant, plaie vivante, incapable d'articuler un mot, sinon des gémissements, sur le bord  de la voie du RER C, non loin de la station Sainte-Geneviève-des-Bois" ? Chacun se souvient sans doute de la marche blanche qui avait suivi la découverte des faits, de l'effarement collectif devant l'horreur des sévices atroces subis, durant trois semaines, par ce jeune homme de 24 ans, enlevé par une bande de Bagneux parce qu'il était juif et donc, d'après leur chef, forcément riche ... De nombreuses personnes, de toutes confessions,  avaient manifesté pour rejeter  fermement toute violence gratuite et la haine raciste qui gangrène notre société. Mais il fallait surtout tenter de comprendre comment d'autres jeunes gens du même âge avaient pu perdre à ce point leur discernement qu'il leur était devenu impossible de dire NON à ce crime odieux.

 

L'auteur présente son projet dans une sorte de préface, très éclairante quant à sa démarche :

"En 2006, un citoyen français musulman d'origine ivoirienne a kidnappé et assassiné, dans des conditions particulièrement atroces, un citoyen français de confession juive. J'appelle le premier Yacef, le second Elie. L'un a 25 ans, l'autre 23. J'ai réélaboré les faits, à travers mon imaginaire, pour en nourrir une création littéraire, une fiction. Seule leur origine m'intéressait, leur signification implicite : ce qu'ils nous disent sur l'évolution de nos sociétés. Au demeurant, qu'est-ce qu'un "fait" ? Les médias, sur cette affaire, ont produit nombre de variations romanesques : le gang des Barbares. Différemment sans doute, mon livre appartient au genre du roman."

 

            Mes impressions

 

 La quatrième de couverture donne  le ton :

"Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. Ce livre est une autopsie : celle de nos sociétés saisies par la barbarie."

Effectivement, Morgan Sportès nous plonge au coeur d'un enfer... Tout, tout de suite est un roman "coup de poing" :  l'exposition mécanique et froide des faits choque profondément et suscite la réflexion. En fait, l'émotion jaillit de la distanciation née d'une écriture volontairement objective. On a l'impression de lire une collection de rapports de police, ordonnés suivant l'enchaînement ineluctable des faits, dans un style parfois chaotique, mais selon une finalité précise : montrer que'Elie, victime de la bêtise et de "l'indigence intellectuelle et morale", était condamné d'avance. L'analyse du parcours criminel de Yacef commence donc quelques semaines avant l'enlèvement.

Chaque chapitre est introduit par une citation qui en éclaire le sens, toujours dans l'idée d'une réflexion  - d'abord individuelle, puis collective - à mener.  

 

Sur un sujet profondément tragique, difficile à traiter car encore très récent, Morgan Sportès a su éviter l'écueil du pathos, ouvrant ainsi une voie plus large à l'émotion. Outre le devoir de mémoire, l'intérêt du livre est de porter un regard sur notre société de consommation où le "tout, tout de suite" est trop souvent érigé en modèle.

 

           Un extrait 

 

"Elie, sur les portraits mortuaires qu'a pris de lui l'identité judiciaire, semble avoir trente ans de plus. [...] C'est le visage d'un adulte. Mais pas de n'importe quel adulte : d'un être qui, en quelques jours, a pu faire le tour de ce que d'autres mettent une vie à cerner : l'horreur humaine. Les ans ne l'ont pas marqué, mais la bassesse d'autrui. Il a passé trois semaines à l'école du mal. Ses yeux clos nous regardent. Ils nous voient sans doute mieux que grands ouverts. Ils nous radiographient." (pages 203-204)

 


Repost 0
4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 14:29

DSCF7105Crépuscule au large d'Etel (photo : Justine)

Le ciel en nuit s'est déplié

Le ciel en nuit s'est déplié
Et la lune semble veiller
Sur le silence endormi.

Tout est si pur et clair,
Tout est si pur et si pâle dans l'air
Et sur les lacs du paysage ami,
Qu'elle angoisse, la goutte d'eau
Qui tombe d'un roseau
Et tinte, et puis se tait dans l'eau.

Mais j'ai tes mains entre les miennes
Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,
De leurs ferveurs, si doucement ;
Et je te sens si bien en paix de toute chose
Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,
Ne troublera, fût-ce un moment,
La confiance sainte
Qui dort en nous comme un enfant repose.

 

Emile Verhaeren (1855-1916), Les Heures claires, 1896

 

DSCF7071Clair de lune (photo : Justine)

 

 

 


Repost 0
Published by Heide - dans Poésie
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Heide
  • Le blog de Heide
  • : Un tour d'horizon de mes lectures, contemporaines ou classiques. De la poésie, juste pour le plaisir des mots ... De la littérature de jeunesse, au fur et à mesure de mes découvertes. Un peu de cinéma et de la BD de temps à autre ... Bienvenue ... à fleur de mots!
  • Contact

livre-volant.jpg

 

 

A lire absolument ! Efflorescences IsmaëlBilly

  Toutes les critiques parues sur Efflorescences d'Ismaël Billy

sont recensées sur la page web de l'écrivain. (ICI)

 

 
 


plume-ecrire-blog.jpg

Recherche

En ce moment, je lis / j'écoute ...

Duras le marin de g Jung_ame_vie_poche.jpg Lettre-a-Helga_2812.jpeg Camus_Lamortheureuse.jpg

Archives

Mon rendez-vous philo

chouette-300x211 

Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

Anis ?

Coccinelle

Denis

Lee Rony

Sophie ?

Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

Challenge Marguerite Duras

LIRE L'OEUVRE DE MARGUERITE DURAS

mdjeuneInformations, inscriptions et dépôt de vos liens en cliquant ICI.


Je vous propose deux logos à insérer dans vos articles :

 

duras sourire

 

duras imec 1N'hésitez pas à nous rejoindre pour découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de Marguerite Duras. Pensez à demander votre inscription à la communauté, si vous le souhaitez. Cela permet de recenser facilement l'ensemble des articles publiés.

 

Bibliographie et filmographie avec les liens vers les articles publiés : CLIC (en construction)

 

Deux sites incontournables : l'Association Marguerite Duras, qui organise notamment les Rencontres Duras au printemps et Duras mon amour (site géré par des étudiants italiens)

J'y participe

icone_redacteur2.gif

 

litterature-francophone-d-ailleurs-1_WOTCKMJU.jpg

 

 

Challenge-Christian-Bobin

 

Challenge-Genevieve-Brisac-2013

 

 

challenge-daniel-pennac

 

 

voisins-voisines-2013

  

Defi-PR1

 

Classique-final-3.jpg

 

Ecoutonsunlivre

 

logochallenge2

 

logo-challenge-c3a0-tous-prix

 

logo-c3a9crivains-japonais 1

 

Arsene

 

camille-pissarro-the-louvre-and-the-seine-from-the-pont

 

challenge1_CarnetsderouteFBusnel.jpg

 

jelisalbums.jpg

 

ContesChallenge.jpg