Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 22:24

 

Krebs nos-pleines-lunes

Sophie Krebs, Nos pleines lunes

Editions Baudelaire, 2012

Roman (152 pages)

 

Dire que ce premier roman de Sophie Krebs est une réussite serait un euphémisme. Je le savais avant même de commencer à écrire mon article, je vais avoir beaucoup de difficultés à exprimer avec suffisamment de force toute l’émotion que j’ai ressentie au cours de ma lecture de Nos pleines lunes.


Lucas et Lolita. Lolita et Lucas. Sophie Krebs nous offre un texte d’une humanité magnifique, dont la beauté est circulaire. C’est ce qui me vient en premier cette idée d’une circularité apaisante des émotions, des sentiments, qu’ils soient de peine ou d’espérance. Elle se manifeste dans les nombreuses résonnances à l’œuvre dans le roman : celles de l’amour, celles de la poésie, celles de la folie des aliénés surtout lorsqu’elle répond aux aliénations, aux frustrations intérieures de ceux qui ne sont pas fous. Comment mettre en lumière une histoire dont on ne doit surtout rien dire pour en préserver toute la magie ?

 

Dans de courts chapitres, deux voix alternent et progressivement se répondent : d’abord celle de Lucas, qui espère sa Lolita. Ensuite celle de Lolita alias Laetitia Rozière, photographe. Elle aussi elle porte Lucas au plus profond d’elle-même depuis bien longtemps. Pour le temps de Noël, à la signification si particulière pour eux, elle se prépare à exhumer pour Lucas les objets fétiches, perdus pour le présent, ces petits riens qui font une existence et peuvent aussi la défaire. Elle veut le soigner avec les images du passé. Lui aussi se prépare, avec toute l’application dont il est capable, en fabriquant ses guirlandes de mots, une commande de Lolita pour l'occasion.

 

Le temps ne semble pas couler au même rythme dans la vie de Lucas et de Lolita. L’espace intérieur des personnages commande la chronologie. L’écriture allonge le temps pour dire le lent égrènement des heures à l’hôpital psychiatrique et la perception qu’en a Lucas. Mais ses réactions donnent du rythme à cette langueur : on pleure et on rit car Lucas a la spontanéité et la fraîcheur des petits enfants  alors même qu’il est adulte, ce qui le rend si attachant. Et son langage imagé, construit, mais qui n’existe que pour lui seul, touche au plus juste -  « Je ferme les yeux pour mieux voir l’odeur. » - alors que pour les autres, les « normaux », Lucas « miaule, couine, chouine. » (89)

 

C’est une écriture d’amour et de tendresse qui montre aussi que la tristesse n’est jamais loin d’un moment de joie. Cette forme de tendresse qu’apporte l’acceptation de la souffrance nous étreint et c’est vraiment poignant ! Comment exprimer cela autrement que comme le rire et les larmes mélangés dans une douce harmonie ?


Par la fenêtre, le printemps rit.

Pourquoi s’inventer des pleurs ? » (Lolita, p.53)

 

La jovialité de la pensée de Lucas contraste aussi avec la douleur des tocs et la violence des crises de delirium aigu, des scènes non plus vécues de l’intérieur, mais rapportées avec un point de vue plus distancé. 

 

Ce sont deux êtres que la vie a malmenés, on le sent tout de suite même si l’on n’en connait pas la raison avant les derniers chapitres. Leur douleur est contenue et s’exprime de façon bien différente. Pourtant, chacun est submergé régulièrement par le langage du corps, qui somatise. C’est un roman où les mots ont le pouvoir de soigner les maux. Mots et maux intériorisés, mêlés à la petite musique de l’âme, au flux de la pensée, puis exorcisés par la force de l’amour. On découvre le lien qui unit Lucas à sa Lolita très progressivement.

Les personnages sont plus que des êtres de papier, ils s’incarnent dans leur propre voix narrative, - surtout Lucas - dans la musique des mots, le style cadencé d’une phrase qui s’enroule sur elle-même. Circularité encore.


«  Dehors il pleut des cordes. Des cordes mais sans nœuds. C’est heureux parce que moi j’aime pas les nœuds. » (Lucas, incipit)


« Il fait doux ce matin. Giroflées. Romarin. » (Lolita, page 6)


Sophie Krebs est parvenue à saisir et à retranscrire l’émotion pure et on la reçoit si fort ! Et puis, moi aussi j’ai fait un bond en arrière puisqu’au moment crucial du roman, quand tout s’éclaire et que la vérité nous saisit là, non sans stupeur, il est question à la fois de mon année de naissance et de la ville où j’ai grandi, d’une rue dans laquelle j’ai marché tous les jours de mon enfance et de mon adolescence ! Ce fut un choc supplémentaire dans l’émotion du moment. Un lien direct avec mes pleines lunes à moi et avec les  quelques trous dans mes propres poches…

 

L'interview de Sophie Krebs par Anis sur Litterama est très intéressante : ICI.


Un grand merci à ma chère Laure du blog Ma Danse du monde, qui m’a donné l’occasion d’un très beau moment de lecture. J’attends avec impatience le prochain roman de Sophie Krebs.

 

Petite biographie : "Médaillée du Conservatoire de Paris, Sophie Krebs est professeur de formation musicale depuis trente ans. Passionnée de pédagogie, elle invente en 2003 la méthode RYTMO, une méthode d'apprentissage du rythme au travers des mots. Elle publie en 2004 des recueils de pièces de musique verbale qu'elle baptise Enfantillages et crée en 2007 les jeux de société RYTMO qui obtiennent une médaille d'or au Concours Lépine International." (Quatrième de couverture)

Sophie-KrebsSophie Krebs 

Belle lecture !

 

Heide

 

Defi-PR1

 

Repost 0
11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 19:58

Moisanglais.jpg

 

C’est avec joie et un brin de folie, il faut bien le dire, que je participerai au mois anglais 2e édition initié par Lou et Titine. Ce sera ma première participation et ce rendez-vous aux allures de marathon promet d’être passionnant tant mes lectures communes seront nombreuses. Je me demande d’ailleurs si je parviendrai à relever ce challenge, qui s’organise dans une belle effervescence. Mais qu’importe au final car j’aurai le plaisir de faire de jolies découvertes et d’enthousiasmantes relectures m’attendent aussi.


Une petite lecture commune

Je vais profiter de ce mois anglais pour relire Rebecca de Daphné du Maurier, un roman incontournable, que j’avais adoré à l’âge de 17 ans. Dans ma PAL se trouve également La Maison sur le rivage, un autre de ses romans. Je verrai si je peux lire les deux, mais en tous cas, je vous propose de vous joindre à moi pour la lecture de Rebecca. Nous pourrions publier nos articles pour le 27 juin. Si cette lecture commune vous intéresse, laissez-moi un petit message en commentaire.rebecca

 

Quant à mon programme so british, le voici :

 

Pour le 1er juin, La Mort s’invite à Pemberley de P. D. James. Lecture qui répondra aussi au challenge de Calypso sur Aperto libro (lire un livre qui contient dans son titre le mot « mort »). la-mort-s-invite-pemberley-p-d-james.jpg

« Rien ne semble devoir troubler l'existence ordonnée et protégée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire, ni perturber le bonheur conjugal de la maitresse des lieux, Elizabeth Darcy. Elle est la mère de deux charmants bambins ; sa soeur préférée, Jane, et son mari, Bingley, habitent à moins de trente kilomètres de là ; et son père adulé, Mr Bennet, vient régulièrement en visite, attiré par l'imposante bibliothèque du château. Mais cette félicité se trouve soudain menacée lorsque, à la veille du bal d'automne, un drame contraint les Darcy à recevoir sous leur toit la jeune soeur d'Elizabeth et son mari, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s'invitent la mort, la suspicion et la résurgence de rancunes anciennes. »

(Source : présentation de Babelio)

 

Pour le 15 juin, Une Chambre à soi de Virginia Woolf

Woolf une-chambre-a-soi couvQuatrième de couverture :

« Bravant les conventions avec une irritation voilée d’ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu’à une époque toute récente, les femmes étaient savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, nécessairement, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi. »

 

Inscriptions chez Laure (Ma Danse du monde)

 

Pour le 20 juin, Dix petits nègres d’Agatha Christie

dix-petits-negres.jpg

 

Dix personnes – « du juge au play-boy en passant par la secrétaire" acceptent une invitation à venir passer des vacances sur l’Ile du Nègre, invitation lancée par un hôte mystérieux, qui au final, sera absent. « […] dès le premier soir, un disque était placé sur le gramophone, les accusant chacun d’un crime. » (Quatrième de couverture) De quoi déclencher une vague de panique…


Inscriptions chez Laure (Ma Danse du monde)

 

Pour le 24 juin, Pierre de lune de W. Wilkie Collins

Inscriptions chez Laure également.


Collins_Pierredelune.jpg

« Ami et rival de Dickens, Wilkie Collins invente avec Pierre de lune le premier récit policier moderne, et donne au roman une nouvelle mission : dire et montrer ce qu'il est de bon ton de taire et de cacher. Borges, T. S. Eliot, Charles Palliser aujourd'hui, considèrent ce livre comme l'un des sommets absolus du genre. Il n'est évidemment pas question de résumer ici ce roman gouverné de bout en bout par la peur, œuvre " hitchcockienne " avant la lettre, qui réussit cet inquiétant tour de force : une fois le livre refermé (après quelques nuits blanches), chaque lecteur possède, ou croit posséder, son interprétation du mystère. Du très grand art. Précisons que la présente édition de Pierre de lune est la seule en français à n'avoir été ni censurée ni abrégée. »

Source : présentation de Babelio)


 

Pour le 27 juin, Rebecca de Daphné du Maurier


rebecca.jpg

"Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman […] dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude. […]"

(Source : présentation de Pierre Guillaume sur Amazon.fr)

 

Participants à cette lecture commune (billets à venir) : Heide, Laure


Pour le 30 juin, Virginia Woolf de Viviane Forrester.


forrester-virginia-woolf.jpg

Il s’agit d’un hommage rendu à l’auteure décédée tout récemment. Son livre a reçu le Prix Goncourt de la biographie 2009.

Inscriptions chez Denis sur  Bonheur de lire.

 

Bon mois anglais à tous les participants !

 

Heide

Repost 0
6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 16:52

chouette-300x211

CatherineClement_MatinHannah.jpg

(302 pages dans cette édition)

Existe en Livre de poche

 

Martin et Hannah est l’histoire réelle de trois personnages complexes dont les destins furent étroitement imbriqués et emportés dans le mouvement tragique de l’histoire, de la montée du nazisme aux procès des grands criminels nazis, à Nuremberg et en Israël, après la guerre.

Pour écrire son roman, Catherine Clément explique qu’elle s’est inspirée d’Elisabeth Young-Bruehl, biographe d’Hannah Arendt, qui écrivait ceci à propos de la dernière rencontre entre Hannah et Martin :

« Malgré le fiasco de sa visite à Martin Heidegger en 1974, Arendt décida de se rendre à Fribourg avant de gagner Tegna. Il était malade et du coup, Elfride Heidegger, fort préoccupée par son mari, reçut Hannah Arendt cordialement et une trêve intervint entre les deux femmes, une réconciliation. » (Propos cité par C. Clément, dans ses « Précisions », en appendice du roman, p. 307)

 

 Le roman débute donc le 15 août 1975. Hannah a  69 ans et Martin bien davantage. Lorsqu’« Elfride Heidegger l’Allemande, la légitime » (10) autorise Hannah à se rendre seule auprès de Martin, très souffrant, les deux anciens amants ne se sont pas revus depuis un an. Quant à un tête-à-tête entre eux, cela n’est pas arrivé depuis 25 ans ! Elfride s’y est farouchement opposée. La raison de Martin l’abandonne, mais Hannah refuse de le laisser s’enfoncer dans un mutisme sénile sans lui avoir dit une dernière fois son amour, un amour qui n’a jamais cessé « depuis 1924 à Marbourg » (14) malgré la dérive du philosophe vers le nazisme. « Un mot naquit en elle. Escapade. Martin avait fait une escapade dans le nazisme. Voilà. Elle l’aimait encore. » (80)

Comment ne pas se demander comment Hannah a pu lui pardonner cette grave « escapade » ? Car même lors de leurs retrouvailles en 1950, alors qu’elle croit voir du repentir derrière la détresse, Hannah prend conscience avec amertume de l’aveuglement de son amant : « la tragédie de Martin, c’était leur rupture. Sa lâcheté dans l’amour, son silence. Le rôle d’Hannah dans la tragédie de Martin se limitait à celui d’une mortelle abandonnée par son Dieu. » (80)

Il y aurait tant à dire encore sur l’amour de Martin et Hannah. Qu’elle était « la patrie perdue. […] la mer, l’Orient de l’aube et Martin, l’Occident du coucher, le contact entre le soleil et l’être. » (80) Que « Martin n’est pas un homme qu’on peut attendre sans souffrir » car «  Il est là. Ou pas là. Il surgit. » Comme « […] un train en partance avec Hannah en passagère, destination nulle part. » (133)  Mais là n'est pas l'essentiel et l'intérêt du roman est tout autre.

 

Grâce aux dialogues rythmés entre Elfride et Hannah, dans lesquels leur rivalité est manifeste, le fil conducteur du roman s’élabore progressivement dans de multiples retours en arrière, nés de leurs questionnements mutuels. Ainsi, la construction du roman se fait par touches successives autour de « tableaux » qui constituent autant d’éclairages sur une période donnée : « Hannah. Königsberg, Prusse orientale, Janvier 1916. Le jour du premier test » ou bien « Elfride. Fribourg-en-Brisgau, septembre 1945. Le jour des photographies » etc. Alternent les points de vue d’Elfride, d’Hannah et de Martin, tout en proie à ses rêves, encore.

Une première question s’impose en lisant le roman : comment un grand philosophe a-t-il pu prendre sa carte du parti, adhérer aux idées du national-socialisme et vénérer Hitler comme un Dieu ? En exposant ses thèses philosophiques autour de la question du temps notamment, Catherine Clément montre bien à quel point elles prennent racine dans les errances d’une personnalité torturée. Par exemple, à l’instar des oracles antiques tels la Pythie de Delphes à travers laquelle s’exprimait Apollon, Heidegger disait souvent que « ça pensait en lui » sans qu’il n’y puisse rien. « « L’Être-pour-la mort », peut-être était-ce le moment où Martin tournait son regard en dedans, tête basse sur l’angoisse. Le « Dasein », l’Être-le-là », ce maître-mot qui enchantait les collègues philosophes de Martin, Elfride en comprenait l’absurde apesanteur. C’était le point du vide où se fixait l’œil de Martin. Et la « béance de l’être », elle en connaissait les dangers. Un nœud de vipères tordait ensemble le Dasein, la mort et l’échappée, dans une complète obscurité. Quand il pensait, Martin dansait au-dessus des serpents avec une invulnérable ivresse. Mais dans la vie, il pouvait en chemin se risquer sur le bord d’un précipice, et là, en somnambule, se quitter lui-même. Au fond du gouffre attendait la détresse. » (121)

Catherine Clément a compulsé une bibliographie impressionnante pour que la matière fictionnelle puisse éclairer le biographique. Les idées philosophiques d’Heidegger ainsi que la réflexion que suscite sa très grave dérive sont ainsi à la portée de tous.


D’un point de vue philosophique, outre le « cas Heidegger », l’une des problématiques philosophiques les plus intéressantes du roman est soulevée par l’évocation de la controverse Eichmann : Hannah Arendt fut accusée d’avoir mis en cause les juifs en posant une question bien délicate « pourquoi n’avez-vous pas résisté ? » (169) Cela fit scandale au point qu’un hebdomadaire français titra l’une de ses pages « Hannah Arendt : est-elle antisémite ? » (213)

Sur ce sujet, Hannah explique à Elfride la « banalité du mal » : « le mal, c’est l’exaltation des valeurs collectives au détriment de l’individu. L’embrigadement. » Et d’ajouter, toujours dans le dialogue romanesque qui présente l’analyse très documentée de Catherine Clément : « C’est trop facile ! On pend Adolf Eichmann, on a éradiqué une bonne fois le mal radical qui menace depuis toujours le peuple élu ! […] Mais il n’y a pas de mal radical. Il n’y a que des rouages consciencieux. Il n’y a que l’indifférence. Il n’y a que la banalité. Elles recommenceront à tuer ! «  (192)

Jérusalem, 1961. Au procès d’Adolf Eichmann, « l’organisateur nazi des voyages sans retour vers les camps de la mort », Hannah Arendt était correspondante de presse. Elle devait écrire un compte-rendu pour le New-Yorker. Elle s’indigne à juste titre devant les mensonges de « cet homme épouvantablement banal » qui affirme « qu’en organisant les chambres à gaz, il n’a fait qu’obéir à la philosophie de Kant. » (65) En soutenant ceci, il détourne complètement la réflexion philosophique d’Emmanuel Kant, qu’il n’a pas lu, bien entendu. « Pour rendre compte du procès, Hannah se fera un devoir d’expliquer la source de l’abominable obéissance. De ce malentendu allemand qui ne laisse aucune place au repentir. « Tu dois parce qu’il faut ». La loi de Kant est dans l’humanité. Eichmann, lui, est en dehors. Il n’en sait rien. » (65-66)

 On ne pardonnera pas à Hannah Arendt cette prise de position ni surtout sa critique récurrente de la passivité du peuple juif pendant l’holocauste, un mot qui aurait été inventé à cause de son livre sur Eichmann « pour désigner l’extermination des juifs d’Europe » et qui signifie « sacrifice ». Cette idée de « sacrifice » éternel défendu par les plus hautes autorités juives, Hannah Arendt la récusait au nom de l’absolue nécessité de se battre contre l’ennemi. Certes... Mais j’avoue avoir été surprise par la thèse d’Hannah Arendt : que pouvaient faire ces femmes, ces enfants en marche vers les chambres à gaz ? Comment, affaiblis par des mois de persécutions et de terreur, auraient-ils pu se révolter en grand nombre jusqu’à lever une armée juive contre la barbarie nazie et l’effroyable machine de l’extermination ? Catherine Clément nous rappelle, dans ses «Précisions » en appendice, que « les innombrables faits de résistance des Juifs pendant l’extermination n’étaient pas connus » à l’époque où se situe le roman, en 1975. Il n’existait pas d’études à ce sujet, d’où la méconnaissance d’Hannah Arendt comme de ses contemporains.

 

C’est donc un roman très riche et intéressant dans sa construction que je vous invite à lire surtout si vous souhaitez avoir un éclairage simple sur la vie philosophique d’Hannah Arendt, si difficile à lire par ailleurs. On y rencontre aussi Karl Jaspers, son ami de toujours. Des personnages historiques avec lesquels on entre, pour quelques heures de réflexion, dans le tourbillon de la page la plus tragique de l’histoire de l’humanité.

 

J'ai hâte de lire les avis de mes amis blogueurs : Catherine, Lee Rony, Denis et Sophie sur le sujet "Littérature et philosophie". Je complèterai les liens et j'écrirai un petit mot à chacun dans la soirée.

 

EDIT : Sur le même sujet, vous pouvez lire l'avis de Denis sur l'essai

Hannah Arendt et Martin Heidegger par Elzbieta Ettinger

( Le Seuil - 160 pages - novembre 1995) 

(publication du 22 avril)

EssaiHannahArendtHeidegger.jpg

Et le mois prochain,


Lundi 3 juin 2013, rendez-vous autour du thème  "Au bout du monde"


Deux orientations pour ce rendez-vous : soit le voyage, soit philosophes/philosophies du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie… principalement.)

 

Belle lecture et bon voyage philosophiques !

 

Heide

Repost 0
Published by Heide - dans Philosophie
commenter cet article
3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 22:12

Marguerite Duras rencontres

 

Les 30-31 mai, 1er et 2 juin, les très attendues Rencontres Marguerite Duras auront lieu en Lot-et-Garonne, pour la seizième année consécutive.

Cette année, le thème retenu est :


Autour d'un effort de mémoire : l'engagement d'après-guerre.


RobertAntelme.jpgIl y sera beaucoup question de Robert Antelme, poète et résistant français, marié à Marguerite Duras de 1939 à 1946.

Le 1er juin 1944, Robert est arrêté et déporté dans les camps de Buchenwald et de Dachau. Après la guerre, en 1947, il publie L'Espèce humaine, un livre référence sur les camps de concentration.

Marguerite Duras a elle-même écrit sur la période de l'Occupation : La Douleur (1985) est un livre poignant sur le sujet. Je ne l'ai pas encore lu, mais je le ferai si possible avant ces Rencontres ou juste après, comme j'ai programmé L'Espèce humaine de Robert Antelme et Jan Karski de Yannick Haenel (Gallimard, 2009), un auteur qui devait intervenir lors de cette 16e édition.

 

Le programme est très enthousiasmant (Source : Ass. MD)

 

Jeudi 30 mai (20h30), à Marmande : projection de Détruire dit-elle, un film de Marguerite Duras, écrit et réalisé en 1969 (à partir de son roman).

Cette projection sera suivie d'une rencontre avec Joëlle Pagès-Pindon, auteure de Marguerite Duras. L'écriture illimitée.

 

Vendredi 31 mai, au château de Duras (47120)

Lecture par Gérard Desarthe de L'Espèce humaine de Robert Antelme (La Cité Universelle, 1947 - Gallimard, 1957)

Autour d'un effort de mémoire sur une lettre de Robert Antelme, de Dionys Mascolo (Maurice Nadeau, 1987)

 

Samedi 1er juin, à Duras

Interventions de spécialistes de l'oeuvre de MD : seront présents pour ces conférences, Jean-Pierre Saez (Université de Grenoble) ; Jean-Marc Turine (Dionys Mascolo, Monique Antelme) ; Edgar Morin, qui a travaillé avec Marguerite Duras ; Lucie Bertrand Luthereau (sur Robert Antelme. Professeure à Sciences-Po Aix) ; Joëlle Pagès-Pindon (Le Lieu juif des livres de Marguerite Duras. Professeure à Janson de Sailly, Paris. Ecrivaine spécialiste de Marguerite Duras).

 

Projection du film Jaune Soleil, écrit et réalisé par MD, en 1971

Le film sera introduit par jean Cléder, Maître de conférences à l'université de Rennes 2, auteur de Marguerite Duras. Le cinéma, aux éditions Minard.

 

Dimanche 2 juin, à Duras

Librairie et rencontres  : journée de rencontres avec les invités autour de livres, CD, DVD consacrés à Marguerite Duras.

 

Pour finir, il faut souligner le travail remarquable de cette association qui existe depuis 1997 et dont le but est "de faire connaître les liens de Marguerite Duras avec le Lot-et-Garonne, de poursuivre les recherches sur la vie de l'auteure dans la région pour les mettre à disposition de tout public. Elle s'applique aussi à approfondir et transmettre l'oeuvre (roman, théâtre, cinéma) et espère pouvoir partager l'espace infini de la langue, de la parole de l'auteur." (Source : Association Marguerite Duras, présentation : à lire ICI)

 

Si vous souhaite adhérer à l'Association ou pour tout renseignement, voici le lien : contact.

Il faut se rappeler que le Lot-et-Garonne est une source d'inspiration puissante pour Marguerite Duras, notamment dans ses deux premiers romans Les Impudents (1943) et La Vie tranquille (1944). C'est la terre d'origine de son père.

 

Je rédigerai un billet pour vous raconter ces journées qui s'annoncent passionnantes.

En attendant je vous souhaite de belles lectures autour de Marguerite Duras bien sûr !

 

Heide

5888 chateau-duras-photo2

Château de Duras (47120)

Repost 0
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 20:09

Un petit récapitulatif des lectures communes du mois de mai. N'hésitez pas à vous inscrire !

 

Pour le 6 mai (Les Lundis philo) :

Catherine Clément, Martin et Hannah, Le Livre de poche

"Martin et Hannah : il était professeur, elle était son élève ; près de vingt ans les séparent, le philosophe génial consumé par son "escapade" nazie et l'intellectuelle juive brûlée par sa lucidité. Mais pendant cinquante ans, leur passion les tient. [...]" (Extrait de la quatrième de couverture)


Billets (à venir) : Heide

martin-et-hannah-catherine-clement-9782253147985

Pour le 13 mai (Les Lundis philo) :

Albert Camus, Noces dont "Noces à Tipasa" et/ou L'Eté (pour accompagner Laure)

"Je me souviens du moins d'une grande fille magnifique qui avait dansé tout l'après-midi. Elle portait un collier de jasmin sur sa robe bleue collante, que la sueur mouillait depuis les reins jusqu'aux jambes. Elle riait en dansant et renversait la tête. Quand elle passait près des tables, elle laissait après elle une odeur mêlée de fleurs et de chair."

 

Billets (à venir) : Denis, Laure, Heide

albert-camus-noces

Pour le 20 mai :

Mari Sizun, La Femme de l'Allemand, Le Livre de poche n° 31455, Arléa 2007

avec Laure (qui en a déjà fait l'annonce sur son blog "Ma danse du monde")

" Dans le Paris de l'après-guerre, une petite fille, Marion, vit avec sa mère, Fanny, qu'elle adore. Peu à peu, pourtant, une dissonance s'installe, faussant leur relation. Des emportements inexplicables, un silence incompréhensible à propos de ce père allemand dont Marion ne sait rien ou presque. Avec le temps, Marion comprend que sa mère est maniaco-dépressive. Les rôles s'inversent alors. L'adolescente endosse cette raison qui, doucement, abandonne Fanny. Mais l'amour ne suffit pas pour terrasser la folie... Marie Sizun sait dire avec émotion et pudeur l'amour qui rapproche et sépare les êtres." (Quatrième de couverture)


Billets (à venir) : Mazel, Laure, Heide

 

Sizun_Femmedel-allemand.jpg

 

Pour le 31 mai (Challenge Marguerite Duras) :

Marguerite Duras, Le Marin de Gibraltar, 1952

"Un homme qui veut changer sa vie s'engage sur un bateau. Sur ce bateau, il y a une femme qui court le monde à la recherche du marin de Gibraltar qu'elle a aimé et qui a disparu. L'amour naît entre l'homme qui veut changer sa vie et la femme qui cherche le marin de Gibraltar. Ensemble, ils vont rechercher avec scrupule ce marin disparu. S'ils le trouvent ce sera la fin de leur amour. Étrange contradiction. De Sète à Tanger, de Tanger à Abidjan, et d'Abidjan à Léopoldville, leur recherche se poursuit." (Quatrième de couverture)


Billets (à venir) : Denis, Missycornish, Heide

 

Duras le marin de g

Sans oublier le mois Kessel (en prolongation) sur Bonheur de lire ...

 

Belles lectures !

Heide

Repost 0
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 17:33

JosephKessel-062410.jpg

 

Les lectures communes de l'oeuvre de Joseph Kessel se prolongent en mai comme l'a annoncé Denis sur Bonheur de lire. C'est une excellente nouvelle car L'Equipage (1923) ayant été un vrai coup de coeur, j'ai très envie de lire d'autres romans de cet auteur fabuleux, élu à l'Académie française en 1963.

 

J'ai donc entamé une quête, qui s'est avérée fructueuse : dans la bibliothèque de mes beaux-parents, ce midi, j'ai trouvé Les Fils de l'impossible (Plon, 1970). De ma propre bibliothèque, j'ai exhumé Le Lion ( 1958) - lu il y a fort longtemps - et La Rose de Java (1937). Et je n'ai pu résister à l'achat de L'Armée des ombres (1945) et de La Passante du Sans-Souci (1936), en cette fin d'après-midi. Je lirai Mermoz (1938) un peu plus tard car je ne l'ai malheureusement pas trouvé en librairie.

 

Si vous souhaitez participer à ces lectures communes, les inscriptions se font sur Bonheur de lire, dans le cadre du rendez-vous "Littérature francophone d'ailleurs", organisé par Denis (CLIC).

litterature-francophone-d-ailleurs-1 WOTCKMJU

Repost 0
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 20:02

Kessel_l-equipage-111179-250-400.jpgJoseph Kessel, L’Equipage, 1923

Folio n° 864,

Roman 220 pages

 

Je dois le dire d’emblée, ce roman est un véritable coup de cœur, totalement inattendu qui plus est car, a priori, je ne pensais pas être réceptive à l’ambiance très masculine de la vie d’une escadrille durant la Première guerre mondiale ! Mais l’élégance sobre du style, la grandeur d’âme des héros et l’histoire d’un amour impossible sur ce fond historique tragique ont eu raison de mes premières réticences.

 

Au début du roman, l’aspirant Jean Herbillon quitte ses proches pour partir à la guerre. « Il avait vingt ans. C’était son premier départ pour le front. » Et déjà, « […] sa jeunesse n’acceptait pas la guerre sans l’habiller d’une héroïque parure. » (13) A la gare de l’Est, il retrouve les soldats de retour de permission, et se mêle à « leurs groupes  avec un sentiment de fierté fraternelle » : « il les aimait pour leurs souffrances, surtout pour le signe que la mort dépose sur les hommes qu’elle guette. » (13) Et puis la femme dont il est amoureux  est venue le retrouver, Denise, sa maîtresse  sans laquelle « il eût manqué à son départ une gloire. » (14) Nous apprendrons plus tard que la jeune femme est mariée et qu’elle a menti sur son identité : elle s’appelle en réalité Hélène Maury, ce qui aura une importance cruciale dans l’intrigue.

Tout au long de ce roman d’aventures et d’action, le lecteur suit l’évolution du jeune aspirant Herbillon, prêt à tous les sacrifices et à beaucoup de courage pour atteindre son rêve de gloire et d’honneur. Il fera ses armes au sein de l’escadrille dirigée par le Capitaine Gabriel Thelis, un jeune homme profondément humain, que chacun admire sans réserve tant son charisme est flamboyant. Herbillon fera à ses côtés son baptême du feu.

Avec la vie au mess, Kessel peint les amitiés viriles, fraternelles et entières et l’impatience de ces hommes, pressés d’en découdre avec l’ennemi : on entre dans l’aviation pour être un héros et plaire aux femmes. Mais l’équipage formé par Claude Maury et Jean Herbillon n’échappera pas aux pièges de l’amour, plus dangereux encore que les combats aériens. Dans cette très belle citation, - « […] une femme a cent visages tous aussi véritables, car ce n’est pas elle qui les façonne mais ceux qui la regardent en la chérissant. » (100) -  se noue la dimension tragique du roman. Ainsi, l’amitié entre Maury et Herbillon résistera-t-elle aux mensonges et aux remords, aux non-dits et à la déception ? Seront-ils toujours en mesure de se protéger l’un l’autre quand leurs corps rendus soudain plus vulnérables par la morsure de l’orgueil seront exposés, derrière la carlingue, aux tirs ennemis ?

 

Joseph Kessel conjugue littérature et action, dans la veine de Malraux ou de Saint-Exupéry, des auteurs de la même génération, qui écrivent aussi sur l’aventure vécue. Car en 1916, Kessel s’est lui-même engagé dans l’aviation et a participé ensuite, avec le grade de lieutenant,  à des missions dangereuses de combat et de reconnaissance.

L’Equipage s’appuie donc sur l’expérience personnelle de l’écrivain, qui décrit avec un lyrisme magnifique les combats aériens des premiers avions. Pour moi, Jean Herbillon a les caractéristiques des grands héros romantiques tant sa communion avec les éléments est puissante. De plus, la dimension épique de son parcours apparaît avec force dès les premières pages du roman. Grâce à une analyse psychologique extrêmement fine, Kessel dessine, dans un même mouvement, la part d’ombre et la grandeur de l’être humain, tiraillé entre le sens de l’honneur et du devoir, la fidélité en amitié aussi bien qu’en amour, les tiraillements du désir dont les conséquences, dans l’histoire d’amour de Denise/Hélène et de Jean, sont totalement incompatibles avec l’intérêt collectif et le code d’honneur des armées.

Pour construire cette superbe « épopée humaniste », Kessel souligne les nœuds dramatiques, les lignes de force conflictuelles entre les personnages, notamment entre Claude Maury, le mari bafoué et Jean Herbillon, l’amant tourmenté. Pour comprendre ce qui les unit, j’ai noté ce très beau passage : « Et tous deux – âmes jumelles d’une cellule unique – liaient leur savoir et leur divination pour mener à bien la même tâche. Ils avaient beau souffrir l’un par l’autre, se haïr même, leurs sens, leurs nerfs, emmêlés aussi étroitement que les commandes de l’appareil, travaillaient à l’unisson. Rouages intelligents de la frêle et puissante machine qui les emportait, le même fluide circulait entre eux. » (203) Si les deux hommes forment un équipage uni dans les airs, lors des missions de combat ou de reconnaissance, des tensions extrêmes naissent entre eux, sur la terre ferme, pour l’amour de la même femme. Vous l’aurez compris, Hélène/Denise est la femme légitime de Claude que Jean aime comme un frère, ce qui rend l’amour entre les deux amants réellement impossible. D’où le remord, d’où les soupçons et tout le cortège d’émotions profondément humaines, de la jalousie à la compassion, de la haine à l’amour fraternel ou charnel, qui s’entremêlent dans une situation extrêmement complexe. 

La question du destin est également posée : Jean Herbillon, qui se sentait confusément « invulnérable » lors de ses premières sorties, prend progressivement conscience de la fragilité de la vie et de l’aspect aléatoire de ses missions. « Les questions qui lors de son premier départ semblaient essentielles n’existaient plus pour lui. Il savait maintenant que l’on n'étonnait personne à l’escadrille par le courage, car, brave ou non, chacun faisait honnêtement la même tâche périlleuse ; il savait que l’art de regarder valait plus que la témérité, que les fantaisies d’une balle folle faisaient un victorieux aussi bien qu’une victime et que la chance régissait les exploits. Le hasard dont il était le sujet passif lui inspirait une crainte dont il n’avait plus honte, sûr de ressaisir dans sa carlingue le sang-froid nécessaire et toute sa volonté de réussir. » (109)

Dans ce monde d’hommes et face au devoir qui les brise un par un, la femme apparaît comme celle qui ne se soumet jamais : « Elle pouvait, contrainte, subir la règle des hommes. Elle ne l’accepterait jamais dans la part essentielle de son être. » (192)

 

Il est parfois difficile de trouver des mots justes et suffisamment forts pour dire à quel point un roman nous a émus. Alors, je ne peux que vous en recommander très chaleureusement la lecture. Je commencerai dès la semaine prochaine un autre Kessel, La Passante du Sans-Souci ou L’Armée des ombres, très probablement. D’autres suivront, comme Mermoz, après Le Lion que j’aimerais relire aussi tant je l’avais adoré à l’adolescence. 

J'ai lu ce roman dans le cadre d'une lecture commune organisée en avril par Denis pour « Littératures francophones d’ailleurs ». Je rattache également ce billet au challenge "Un classique par mois" chez Stephie.

 

Quelques éléments biographiques :

 

Joseph Kessel est né en 1898 à Clara, en Argentine, de parents russes. Après la guerre qui a interrompu tous ses projets de carrière, Kessel consacre sa vie à la littérature et au journalisme. Ses voyages, nombreux, formeront la matière de ses écrits jusqu’à la Seconde guerre mondiale qui met un nouveau terme à ses activités. En 1940, il devient correspondant de guerre et en 1941, il entre dans la Résistance française. Il passe alors clandestinement en Angleterre où il compose avec Maurice Druon, les paroles du Chant des partisans. Après la guerre, voyages, reportages et romans reprennent. En 1963, Joseph Kessel est élu à l’Académie française.

 

Belle lecture !

 

Heide

 

litterature-francophone-d-ailleurs-1 WOTCKMJU

 

Repost 0
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 18:36

chouette-300x211 

 

Dans L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus - un essai passionnant que je présenterai plus longuement en juillet -, Michel Onfray cite un passage du dernier roman d'Albert Camus, Le Premier homme, publié à titre posthume et inachevé. Onfray y voit "un programme existentiel" - et non existentialiste, d'ailleurs.

 

"Essayer de vivre enfin ce que l'on pense en même temps que l'on tâche à penser correctement sa vie et son temps."

Albert Camus

 

En effet, comment ne pas considérer cette pensée "existentielle" de Camus comme une voie à suivre, un chemin de sagesse ?


 Ce programme philosophique profondément authentique et vivant, nous pourrons en saisir la richesse en lisant ou relisant Noces, comme nous y invite Michel Onfray, avec force et conviction. C'est "une oeuvre qu'on ne reprend jamais sans un tremblement de bonheur" sachant ce qui nous attend, en particulier "Noces à Tipasa", qui ouvre l'essai et constitue "un chef d'oeuvre en littérature philosophique." (Michel Onfray)  

Alors, je vais profiter des vacances pour me plonger dans le bain de jouvence de ces six pages en pléiade et je vous en reparlerai. Si d'ores et déjà vous voulez savoir comment "vivre selon Noces", lisons ensemble cette oeuvre de Camus (elle est très courte) et discutons-en ! Nous pourrons parler également de la vision hédoniste qui se dégage de l'analyse de Michel Onfray.

Avec la lecture de "Noces à Tipasa", il faut se préparer semble-t-il, à ce que notre existence soit bouleversée, à l'instar des Essais de Montaigne, des Pensées de Pascal et du Gai savoir de Nietzsche (oeuvres citées par Onfray, page 138 de l'édition de poche J'ai lu).

N'est-ce pas une très belle motivation ?


albert-camus-noces.jpg

 

Pour en savoir plus, voici le lien vers l'émission de France culture consacrée à Camus et à Noces (février 2013) : CLIC.

Présentation de France culture (émission Le Gai savoir) :
Noces est le plus beau texte de Camus, le plus léger, le plus dense, le plus chatoyant et le plus profond. Faut-il que cet homme ait du génie pour avoir commencé son oeuvre par un texte qui en est aussi le dernier mot ! Faut-il adorer la vie pour mêler à ce point la saveur et le savoir... Mais est-ce en nous le sage ou l’adolescent qui aime tant ces textes et leurs sanglots de soleil ? C’est indécidable, et quelle importance ?

 

Lecture d'un extrait de "Noces à Tipasa" :  

   


 

Bonne lecture et bon voyage philosophiques.

 

Heide

Repost 0
Published by Heide - dans Albert Camus
commenter cet article
8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 19:34

chouette-300x211

 

Comme je l'avais promis à Catherine, voici les thèmes philosophiques que je vous propose pour les mois à venir : j’ai pensé que ce serait une bonne chose de pouvoir anticiper afin de s’organiser au mieux car un mois, c’est court tout de même, avec tous les challenges à honorer ! Bien évidemment, ce sont des suggestions, si vous avez des envies, d’autres idées, faites m’en part !

On pourra peut-être programmer jusqu’en octobre : ensuite, la boucle sera… bouclée puisque nous arriverons déjà à la date du 1er anniversaire des Lundis philo !

 

Lundi 6 mai 2013 : Littérature et philosophie

Lecture commune proposée : Martin et Hannah de Catherine Clément

Ou tout roman dont l’un des personnages est un philosophe, ou encore un roman contenant dans son titre les mots « philosophie » ou « philosophe ». Vous pouvez également présenter un essai traitant des rapports entre la littérature et la philosophie, etc.martin-et-hannah-catherine-clement-9782253147985


Lundi 3 juin 2013 : Au bout du monde

Je pensais à deux orientations pour ce rendez-vous : soit le voyage, soit philosophes/philosophies du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie… principalement.)

 

Lundi 1er juillet 2013 : Le philosophe Albert Camus

Lecture commune proposée : Michel Onfray, L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus.

Toute autre lecture autour de Camus est possible. On peut aussi lire Camus lui-même, ce n’en est que mieux !

Onfray_L-ordrelibertaire-copie-1.jpg 

Lundi 5 août 2013 : le temps.

Un thème assez classique.

 

Lundi 2 septembre 2013 : Vladimir Jankélevitch , le philosophe musicologue

Lecture commune proposée : Quelque part dans l’inachevé

On peut élargir le thème à la musique, abordée d'un point de vue philosophique (si vous ne souhaitez pas lire Jankélévitch).

Jankelevitch-copie-1.jpg

 

En attendant ces prochains rendez-vous,

 

bonnes lectures et bons voyages philosophiques !

 

Heide

Repost 0
Published by Heide - dans Philosophie
commenter cet article
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 17:38

 

chouette-300x211Bergson LeRire

Essai 157 pages

Dossier critique (pages 161 à 359)

 

Pourquoi rions-nous ? Le Rire est un essai sur la signification du comique, publié en 1900. Bergson y « décortique » la mécanique du rire, en analyse les ressorts, tout en passant en revue les situations qui le déclenchent. Par exemple, « qu’est-ce qu’une physionomie comique ? D’où vient une expression ridicule du visage ? Et qu’est-ce qui distingue ici le comique du laid ? » (p. 17, chapitre 3). Bergson nous propose également une réflexion très concrète sur l’art, à travers des caractères et des types, dans la comédie par exemple.


L’argumentation philosophique de Bergson, qui suit les catégories classiques du comique, commence par trois remarques préliminaires : tout d’abord, « il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain ». Ensuite, « le comique exige […] pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure. » Enfin, « notre rire est toujours le rire d’un groupe ». Ainsi, « on ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé », ce qui implique une « complicité avec d’autres rieurs réels ou imaginaires. »


Le milieu naturel du rire est donc la société et Bergson insiste beaucoup sur la dimension sociale du rire. Le rire collectif rappelle à la norme un individu comique. Il indique un dérèglement que la personne à l’origine du rire s’empressera d’enrayer dès qu’elle en aura conscience.  « Un défaut ridicule, dès qu’il se sent ridicule, cherche à se modifier, au moins extérieurement. »


Ainsi, Bergson s’intéresse à la fois aux ridicules et aux rieurs : il porte sur chacun un regard critique de moraliste. Il explique que le rire cruel – par opposition au rire joyeux - est le châtiment d’une raideur comique et que, par conséquent, l’opposé du comique est la grâce car le comique est raideur plus que laideur. Dans le chapitre 3, qui porte sur le comique des formes, Bergson analyse aussi le travail du caricaturiste. A propos du comique des gestes et des mouvements, il affirme que « les attitudes, gestes et mouvements du corps humain sont risibles dans l’exacte mesure où ce corps nous fait penser à une simple mécanique. » (23) Et d’ajouter que l’imitation fait souvent rire, parce que « imiter quelqu’un, c’est dégager la part d’automatisme qu’il a laissé s’introduire dans sa personne. »

L’inconscient n’est pas notre allié car on rit de la part inconnue de nous-mêmes, qui s’exprime dans notre attitude et peut être involontairement une source de comique. Lorsque nous sommes distraits par exemple : le distrait est sur « une des grandes pentes naturelles du rire » !

 

Petite biographie :

Bergson est né à Paris en 1859. Agrégé de philosophie en 1881, il poursuit une carrière exemplaire jusqu'à obtenir un poste de Maître de conférences à l'Ecole Normale Supérieure, puis une chaire au Collège de France, en 1900.

Prix Nobel de littérature en 1928, les oeuvres-phare de Bergson sont :

Le Rire, 1900

L'Evolution créatrice, 1907

L'Energie spirituelle, 1919

Les Deux sources de la morale et de la religion, 1932

Il est mort le 4 janvier 1941.


Je vous invite à lire les contributions de Catherine, Denis, Lee Rony et Sophie (mais le blog ne semble pas exister ! )


Et pour le plaisir de rire - comme je l'ai fait moi-même -, il faut écouter Marguerite Duras nous parler du fou rire et rire elle-même dans cette vidéo You tube :

 


 


En mai, je vous propose le thème « Littérature et philosophie » une lecture commune, si cela vous tente : il s’agit du roman Martin et Hannah de Catherine Clément. Vous pouvez également choisir tout roman dont l’un des personnages est un philosophe ou un roman contenant les mots « philosophie » ou « philosophe » dans son titre. Vous pouvez également lire un essai traitant des rapports entre la littérature et la philosophie ou encore nous surprendre…

martin-et-hannah-catherine-clement-9782253147985

 

J’espère que cette petite récréation du lundi 6 mai 2013 vous fera plaisir !

 

Belle lecture et bon voyage philosophiques !

 

Heide

 

Repost 0
Published by Heide - dans Philosophie
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Heide
  • Le blog de Heide
  • : Un tour d'horizon de mes lectures, contemporaines ou classiques. De la poésie, juste pour le plaisir des mots ... De la littérature de jeunesse, au fur et à mesure de mes découvertes. Un peu de cinéma et de la BD de temps à autre ... Bienvenue ... à fleur de mots!
  • Contact

livre-volant.jpg

 

 

A lire absolument ! Efflorescences IsmaëlBilly

  Toutes les critiques parues sur Efflorescences d'Ismaël Billy

sont recensées sur la page web de l'écrivain. (ICI)

 

 
 


plume-ecrire-blog.jpg

Recherche

En ce moment, je lis / j'écoute ...

Duras le marin de g Jung_ame_vie_poche.jpg Lettre-a-Helga_2812.jpeg Camus_Lamortheureuse.jpg

Archives

Mon rendez-vous philo

chouette-300x211 

Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

Anis ?

Coccinelle

Denis

Lee Rony

Sophie ?

Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

Challenge Marguerite Duras

LIRE L'OEUVRE DE MARGUERITE DURAS

mdjeuneInformations, inscriptions et dépôt de vos liens en cliquant ICI.


Je vous propose deux logos à insérer dans vos articles :

 

duras sourire

 

duras imec 1N'hésitez pas à nous rejoindre pour découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de Marguerite Duras. Pensez à demander votre inscription à la communauté, si vous le souhaitez. Cela permet de recenser facilement l'ensemble des articles publiés.

 

Bibliographie et filmographie avec les liens vers les articles publiés : CLIC (en construction)

 

Deux sites incontournables : l'Association Marguerite Duras, qui organise notamment les Rencontres Duras au printemps et Duras mon amour (site géré par des étudiants italiens)

J'y participe

icone_redacteur2.gif

 

litterature-francophone-d-ailleurs-1_WOTCKMJU.jpg

 

 

Challenge-Christian-Bobin

 

Challenge-Genevieve-Brisac-2013

 

 

challenge-daniel-pennac

 

 

voisins-voisines-2013

  

Defi-PR1

 

Classique-final-3.jpg

 

Ecoutonsunlivre

 

logochallenge2

 

logo-challenge-c3a0-tous-prix

 

logo-c3a9crivains-japonais 1

 

Arsene

 

camille-pissarro-the-louvre-and-the-seine-from-the-pont

 

challenge1_CarnetsderouteFBusnel.jpg

 

jelisalbums.jpg

 

ContesChallenge.jpg