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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 18:00

Marie-Sizun-Un-léger-déplacement2

Marie Sizun, Un léger déplacement,

Arléa 1er/mille, janvier 2012

Roman 281 pages

 

Un léger déplacement est le 6e roman de Marie Sizun, publié chez Arléa. C’est ce que j'appellerais une « lecture-hasard », car je n’avais jamais entendu parler de Marie Sizun avant de tomber sur ce livre, au moment de sa sortie, chez mon libraire. En lisant la quatrième de couverture, j’ai fait alors le pari qu’il allait me plaire. Dans ma PAL depuis janvier 2012, je ne saurais dire ce qui m’a conduit à le sortir de la pile précisément maintenant. Mais voilà, je l’ai lu et je l’ai aimé, oui, même si j’ai mis un peu de temps avant d’être touchée par les débats intérieurs de cette femme de 60 ans.

Le roman s’ouvre sur une citation de Léon Paul Fargue (L’Autre piéton), qui donne une idée de l’atmosphère du roman :

« Au milieu du bruit et de l’agitation, du présent…

j’entends aussi au beau milieu du chœur le vacarme

fin et doux de tous les anciens souvenirs. »

 

« Dans l’avion, tout à l’heure, cet étrange malaise… S’est-elle vraiment évanouie ? N’était-ce qu’une brève perte de conscience ? Elle ne sait pas. Elle sait seulement que tout avait disparu pour elle, peut-être un instant, peut-être davantage… Une sorte de petite mort, un blanc, où le temps n’avait plus cours, ni l’espace. Une mort très légère, très douce, étonnamment paisible… Elle voudrait se rappeler, mais déjà le souvenir échappe, se dérobe… Elle a tout oublié, hors la certitude d’avoir éprouvé quelque chose d’inconnu, de singulier, d’infiniment précieux. » (Incipit, p. 9)

 Quand survient ce malaise, Ellen se trouve dans un avion qui la ramène à Paris, sa ville natale, qu’elle a quittée trente-cinq ans plus tôt alors qu’elle s’appelait encore Hélène Leclerc. C’est « un retour inopiné » (11) pour régler la succession de Mme Zollmacher, la deuxième femme de son père, avec laquelle elle a vécu une partie de son enfance, mais qu’elle n’a plus revu depuis son départ pour les Etats-Unis. Avec le décès de sa belle-mère, l’appartement du Cherche Midi, propriété de son défunt père, lui revient désormais de droit.

Aux Etats-Unis, Ellen vit avec son mari Norman. « Chez elle, depuis son mariage, c’est New-York, c’est Manhattan, c’est l’appartement de Chelsea, au dessus de la petite librairie française à la façade gentiment tricolore, qu’ils tiennent ensemble, Norman et elle, au coin de la 28e Rue et de la 11e avenue. » (15) Leur fille est un jeune médecin qu’ils aideront peut-être à installer avec l’argent de la vente. A moins qu’ils n’agrandissent la librairie. Cet apport financier est donc une aubaine.

Mais, à Paris, le passé va ressurgir avec une telle force que les projets, le retour à New York même ne semblent plus du tout si certains dans l’esprit d’Hélène. Face à « un passé habité de secrets et hanté par un violent amour de jeunesse » (Quatrième de couverture), que décidera-t-elle ?

 

Quand j’ai écouté Marie Sizun présenter son roman (vidéo You tube en bas de l'article), j’ai ressenti dans la douceur et la fragilité de sa voix, toute la sensibilité du personnage d’Hélène, à un moment sans doute charnière de sa vie. Avec les souvenirs – celui du père, de la mère, de l’amoureux – ressurgissent donc de vieux fantômes, parfois volontairement refoulés. Pour avancer, pour mieux comprendre les freins inconscients de sa vie de femme, de mère, Hélène doit exhumer de sa mémoire la petite fille qu’elle fut avant le décès soudain de sa mère ; puis la jeune fille timide et introvertie, amoureuse d’un homme plus âgé, qui la vouvoyait et qui fit son éducation littéraire et culturelle  avant de partir sous les drapeaux en Algérie… Et d’en revenir transformé…

Les fantômes du passé bouleversent tant Hélène qu’elle se refuse d’abord l’accès immédiat à certains souvenirs, les plus douloureux, les plus effrayants.

En rangeant l’appartement, dans les effets personnels de Mme Zollmacher, elle découvre un secret familial, qui la pousse à réexaminer ce qu’elle prenait pour la vérité. Soudain, elle prend conscience que, dans de nombreux domaines, elle n’avait rien compris. Et c’est pour elle un tel bouleversement,  une telle détresse la saisit, que petit à petit, le personnage prend de l’épaisseur. Ce qui la grandit, c’est cette douleur qui soudain l’étrangle, devant l’impossibilité de dire ce qui autrefois déjà était indicible. « Cette infirmité de la parole. » (107) Hélène, à Paris, trente-cinq ans plus tard, ne sait si elle parviendra à rompre tous les silences…


Sizun_Marie_Portrait.jpegNée en 1940, Marie Sizun – C’est son nom de plume ! - est agrégée de Lettres classiques et professeure de littérature, désormais à la retraite. A l’âge de 65 ans, elle a publié son premier roman Le Père de la petite (Arléa, 2005), qui a reçu le Prix Librecourt en 2008, après sa publication en poche.  Son 2e roman, La Femme de l’Allemand (Arléa, 2007) a connu un grand succès (Grand Prix des lectrices de Elle 2008 et Grand Prix du Télégramme 2008).


J’aurais tendance à comparer son écriture très actuelle et ses thèmes d’inspiration aux romans de Tatiana de Rosnay, auteure du best-seller Elle s’appelait Sarah. C’est un avis très personnel, mais je pense que leur univers respectif et leurs techniques romanesques sont assez semblables.


Belle lecture !

 

Heide

 

 


 

 

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 22:36

Roth_Nemesis.jpgPhilip Roth, Némésis, Gallimard, 2012

Roman (226 pages)

Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier


Dans l’antiquité, Némésis était une divinité vengeresse qui punissait les crimes liés à l’hybris,  c’est-à-dire à la démesure dont l’orgueil. Par exemple, elle personnifiait la jalousie des dieux, qui frappaient les mortels suffisamment orgueilleux pour chercher à les égaler.

C'est le titre qui m’a tout d'abord intriguée, d'autant plus lorsque j'ai pris connaissance du sujet. Et puis avec Philip Roth, j'étais certaine de ne pas me tromper... J'ai passé commande au Père Noël et bien m'en a pris car c'est encore un immense coup de cœur que je vous présente aujourd’hui.

 

L’histoire raconte les circonstances et les conséquences d’une épidémie de polio très sévère, qui fit de nombreuses victimes durant l’été 1944 parmi les enfants de la petite ville de Newak. Eugène Cantor, surnommé Bucky, a été embauché comme directeur du terrain de jeu à l’école de Chancellor Avenue, pour l’été. C’est un jeune homme de vingt-trois ans, que l’éducation physique a rendu vigoureux et qui a suivi des études afin de devenir prof de sport. Réformé à cause de sa mauvaise vue, il en conçoit une certaine honte.

Quand les parents et la population affirment que ce sont « les Italiens », venus menacer Cantor à l’entrée du terrain de jeu, qui ont transmis la polio aux enfants en crachant sur le sol, Bucky Cantor, animé par un grand sens du devoir, les invite à rester calme, à ne pas transmettre « le virus de la peur ». Il parvient à convaincre les parents de laisser les enfants vivre leur vie et promet de veiller sur eux, en respectant de strictes mesures d’hygiène et de bon sens.

Mais cela ne suffit pas et d’autres enfants meurent dans de terribles souffrances. Désemparé, Bucky se rend alors chez le docteur Steinberg, le père de sa petite amie Marcy, pour lui demander s’il doit fermer le terrain de jeu. Le docteur tente de le rassurer : «  Une maladie invalidante qui attaque en premier lieu les enfants et en condamne certains – aucun adulte ne peut accepter ça de bon cœur. Nous avons tous une conscience, et une conscience est quelque chose de précieux, mais pas si elle commence à vous faire croire que vous êtes capable de ce qui dépasse de loin le champ de vos responsabilités. » (89) Et un peu plus loin, le docteur rappelle avec force leur mission, l’un en tant que médecin, l’autre en tant qu’enseignant : « Je m’oppose à ce qu’on fasse peur aux Juifs, point. Ça c’était l’Europe, c’est pour cela que les Juifs ont fui. Nous sommes en Amérique. Moins il y aura de peur, mieux cela vaudra. La peur fait de nous des lâches. La peur nous avilit. Atténuer la peur, c’est votre job, et le mien. » (90)

La réflexion prend un sens métaphorique et philosophique dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale car les enfants victimes de la polio sont pour la plupart d’origine juive.

Que décidera Bucky Cantor ? Car Marcy, très inquiète pour son amoureux, le supplie de démissionner et de la rejoindre dans le camp de vacances des Poconos, où elle encadre elle-même des enfants, au grand air, à l’abri des risques de contamination. Devant la nécessité de se protéger lui-même , le jeune homme parviendra-t-il à prendre un peu de distance avec des événements aussi tragiques, à mettre en sommeil sa mauvaise conscience et son sentiment de culpabilité ?


« Némésis dépeint avec tendresse le sort réservé aux enfants, le glissement de Cantor dans la tragédie personnelle et les effets terribles que produit une épidémie de polio sur la vie d’une communauté de Newak, étroitement organisée autour de la famille. » (Quatrième de couverture)

Philip Roth excelle dans l’analyse psychologique, notamment à travers le personnage de Bucky Cantor, qui, en proie à l’indécision et à un doute lancinant, cherchera jusqu’à la fin de ses jours à vaincre ses propres démons…

La construction romanesque est, comme toujours, remarquable : la focalisation est complexe car il s’agit en fait d’un long retour en arrière élaboré par un narrateur dont l’identité nous est inconnue jusqu’au dénouement. Mais la narration à la 3e personne n’est jamais un frein pour accéder à l’intériorité de Bucky, bien au contraire.

 

L’écriture est au service d’idées profondément humanistes : Philip Roth nous invite à réfléchir à la complexité des sentiments humains, en particulier dans les situations de crise. Je pense en particulier à ce passage : « Les antisémites disent que c’est parce que ce sont des juifs que la polio s’y propage. C’est à cause de tous les juifs que Weequahic est le centre de la paralysie, et c’est la raison pour laquelle il faut les isoler. Certains semblent penser que la meilleure solution pour se débarrasser de la polio serait d’incendier Weequahic, avec tous les juifs dedans. Il y a beaucoup d’agressivité à cause de toutes les choses délirantes que les gens disent par peur. Par peur et par haine. » (157)

Tout le roman est traversé par cette réflexion fondamentale sur l’intolérance.

 

Quant à la divinité grecque Némésis, elle pourrait bien être, pour l'auteur, l’allégorie d’une incompréhension universelle et atemporelle, celle des hommes souffrants face à un dieu cruel qui assassine ses enfants. Ainsi, pendant l’enterrement d’Alan Michaels, un jeune garçon de la communauté, le narrateur nous ouvre le cœur de Mr. Cantor : « Mieux eût valu cela, mieux eût valu sanctifier et apaiser les rayons non réfractés de Notre Père le Soleil que de se soumettre à un être suprême, quels que soient les crimes atroces qu’il Lui plaisait de perpétrer. Oui, mieux eût valu de loin, louer le procréateur irremplaçable qui rend notre vie possible depuis les origines – mieux eût valu, de loin, honorer de nos prières notre rencontre quotidienne tangible avec cet œil d’or omniprésent isolé dans la masse bleue du ciel et ayant le pouvoir immanent de réduire la terre en cendres – que d’avaler le mensonge officiel selon lequel Dieu est bon, et de se prosterner servilement devant un implacable assassin d’enfants. Cela eût mieux valu pour notre dignité, pour notre humanité, pour ce que nous nous devons à nous-mêmes, sans parler de notre quotidienne interrogation : à quoi ça rime, tout ça, bordel. » (67)


Belle lecture !

 

Heide

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 21:46

Zweig_Lettred-uneinconnue.jpgStefan Zweig, Lettre d’une inconnue, Audiolib, décembre 2009

Lu par Léa Drucker

Préface écrite et lue par Elsa Zylberstein

Traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac

et révisé par Françoise Toraille.

2 CD audio, durée 1h40

 

Mourir d’amour… C’est le sujet de cette fabuleuse nouvelle enchâssée de Stefan Zweig, magnifiquement éclairée par la voix de Léa Drucker chez Audiolib. La lecture de la nouvelle est précédée d’une préface, écrite et lue pas Elsa Zylberstein, depuis toujours « fascinée par la force de ce texte, par sa beauté désespérée, par sa profondeur et sa maturité ». Deux femmes pour porter la vie, certes fictive, d’une autre femme, née de la plume sensible d’un homme dont l’acuité est remarquable.  Il y a une part d’universalité dans le destin tragique, mais totalement assumé de cette amoureuse sublime, éternelle anonyme dans le cœur de son bien-aimé, qui ne l’aura jamais reconnue et auquel elle a choisi de ne jamais avouer son secret.

 

Un romancier à la mode, de retour à Vienne après une excursion de trois jours, prend connaissance de son courrier et découvre une lettre, qu’il avait d’abord mise de côté à cause de son épaisseur, « deux douzaines de pages rédigées à la hâte d’une écriture agitée de femme » portant comme épitaphe « A toi qui ne m’as jamais connue ». Avant de mourir, cette femme lui écrit, à lui son bien-aimé, une lettre-testament, long récit rétrospectif de la vie qu’elle a menée dans son ombre, depuis l’âge de treize ans jusqu’à la mort tragique de son enfant, survenue la veille. Dans « cette chronique vibrante d’un amour fou », elle lui ouvre son cœur pour la première et la dernière fois car elle n’a plus rien à perdre, elle qui a déjà tout perdu.


Je ne veux pas en dire trop sur les révélations écrites dans cette lettre, mais quelle émotion ! Quelle profondeur d’âme et de sentiment ! A plusieurs reprises, les larmes n'étaient pas loin tant la solitude de cette femme était palpable derrière sa détermination incroyable à attendre que son bien-aimé la reconnaisse et qu’il l’aime enfin : « j’ai attendu  devant ta vie qui m’était fermée ». Cet homme, « son rêve éternel », « son univers », c’était leur voisin lorsqu’elle avait treize ans. Dès son installation, la petite fille sensible et timide n’a plus vécu que pour ce monsieur élégant et cultivé qu’elle croisait dans le couloir, parfois au bras d’une jolie femme. Puis, avec le départ pour Innsbruck, commença une période de solitude quasi monacale et de tourments qu’elle s’imposa entre 16 et 18 ans, ressassant les menus souvenirs du passé, lisant tous ses livres : « c’est en toi seul que j’ai vécu alors », « chaque mot de toi m’était un évangile et une prière ». Avec la transformation du corps, sa passion absolue se fit « plus ardente, plus concrète, plus féminine ». De retour à Vienne, chez un parent, « employée d’une grande maison de confection », elle éprouve pour la première fois la douleur physique de la jalousie avant de reconnaître enfin le désir dans les yeux de cet homme amoureux des femmes.

Dans cette relation, le désir masculin instrumentalise la femme : l’amour physique n’impliquera jamais la moindre reconnaissance de « l’amante invisible », même à travers les symboles qu’elle laisse discrètement derrière elle. L’écrivain n’en saisira toute la portée que devant le vase bleu, « vide pour la première fois au jour de son anniversaire », effrayé peut-être, soudain, devant l’image de la future vacuité de son existence... Dans l’ensemble de la nouvelle, les gros plans sur les sentiments, les émotions se font à travers le souvenir des objets...


C’est magnifique que ce soit un homme qui nous délivre, à travers la voix de son héroïne, une réflexion si sensible sur la manière dont la gente masculine considère les femmes, convoitées, examinées comme objet d’un désir à assouvir. Stefan Zweig s’est-il mis en scène ? A-t-il fait son examen de conscience en écrivant cette nouvelle ? Et d’ailleurs, un siècle plus tard, les choses ont-elles vraiment changé ? On peut légitimement se le demander.

La jeune femme est parfaitement lucide sur sa place dans la vie de cet écrivain qu’elle aime par-dessus tout, elle sait la part de jeu qui s’exerce dans ses relations avec ses nombreuses maîtresses. On sent bien son amertume dans la voix de Léa Drucker. Elle se mêle à la douleur de la perte de l’enfant « qui était tout pour elle », à la lassitude de qui n’attend plus rien de la vie. Mais aucune rancœur n’est jamais venue habiter le cœur de cette "inconnue", pour laquelle pourtant le réveil fut plusieurs fois brutal et douloureux, avec son cortège de désillusions, de déceptions sans cesse renouvelées.

Autre passage remarquable, celui où Stefan Zweig porte un regard critique sur la condition des femmes dans les maternités de son époque : ces mères venues accoucher seules deviennent des « objets à palper », avilies par la concupiscence des hommes alors qu’elles sont déjà meurtries dans leur chair.


Vous l’aurez compris, ce texte est un immense coup de cœur et j’ai trouvé que le livre audio était un support intéressant dans la mesure où il permet de théâtraliser l’analyse du sentiment amoureux dans laquelle Stefan Zweig excelle. Cette « déclaration fanatique, fiévreuse, pleine de tendresse et de folie » (Quatrième de couverture) s’incarne dans le jeu de la voix grave et profonde, parfaitement maîtrisée, de Léa Drucker.

 

Biographies (Source : audiolib)


Stefan Zweig est né à Vienne en 1881. "Il s'est essayé dans les genres littéraires les plus divers, mais ce sont ses nouvelles qui l'ont rendu célèbre dans le monde entier. Profondément marqué par la montée et les victoires du nazisme, Stefan Zweig a émigré au Brésil. Il s'est suicidé en même temps que sa seconde femme, à Pétropolis, en février 1942."zweig09.jpg

 

Léa Drucker a reçu une formation théâtrale classique. Nominée deux fois au Molière de la révélation théâtrale féminine, elle poursuit depuis un brillant parcours au théâtre, à la télévision et au cinéma.317988-lea-drucker-lit-lettre-d-une-inconnue-156x133-2.jpgJ'inscris ce billet dans le cadre des challenges Ecoutons un livre de Val et Un classique par mois de Stephie.

 

Bonne écoute !

 

Heide

 

Ecoutonsunlivre Classique-final-3


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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 16:56

Lafon_Lespays.jpgMarie-Hélène Lafon, Les Pays, Buchet-Chastel, 2012

Roman (203 pages)


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Marie-Hélène Lafon est née à Aurillac en 1962. Agrégée de Lettres classiques, elle enseigne dans un collège de zone d’éducation prioritaire. Elle a reçu le Prix Renaudot lycéen pour son premier roman Le Soir du chien, publié en 1996. (Source : Babelio)

Les Pays, son neuvième roman, a reçu deux prix : le Prix du style 2012 et le Globe de cristal 2013 du meilleur roman, décernés par des journalistes de rubriques culturelles.

L’histoire est celle de Claire, fille de paysans du Cantal, qui monte à Paris pour poursuivre des études supérieures à la Sorbonne.

« Elle n’oublie rien du monde premier et apprend la ville où elle fera sa vie.

Les Pays raconte ces années de passage. » (Quatrième de couverture)


Le roman est précédé d’une citation d’Eugène Delacroix, extraite de son Journal :

« Nous ne possédons réellement rien ; tout nous traverse. »


Et effectivement, dès le début du roman, la narratrice nous donne une idée de la configuration des lieux et de l’isolement relatif dans lequel elle a grandi : à la ferme familiale, « on n’y passe pas, on ne traverse pas, on y va par un chemin tortueux et pentu, carapaçonné de glace entre novembre et février… » (13-14) Alors, on imagine bien le grand écart qu’elle a dû accomplir pour s’adapter à la vie parisienne. Opposition de deux mondes, du pays natal à la ville d’adoption, deux univers a priori non reliés entre eux comme  « […] ces noms prononcés, noms de personnes et noms de lieux qui, pour elle, depuis plus d’un an, n’avaient de place, leur place, que là-bas, de l’autre côté du monde, où elle avait commencé d’être et n’était plus, ne serait plus. » (80) Alain, le magasinier de la bibliothèque universitaire, né lui aussi dans le Cantal, lui permet pourtant « un travail muet d’ajustement, de raccord », émouvant pour  la jeune provinciale.

Claire n’a pas la nostalgie « des temps révolus » où elle vivait au pays. Mais elle a en elle « une grammaire intime très indéchiffrable » (86). Hérité du passé, ce malaise avec son corps qu’elle camoufle : en effet, elle se souvient des « cuisses et du bronzage dits agricoles », objet de moqueries au collège. Alors l’achat d’un pantalon rouge, moulant, taille 36 est une véritable révolution pour elle. Cet épisode-phare du roman inaugure « ce qu’elle nommerait plus tard la leçon de corps » (75). Allusion faite également à sa première relation charnelle avec Gabriel, un trentenaire « né en Australie de parents américains et universitaires », grand voyageur, qui « ne posait pas de questions et n’en suscitait pas. » Veilleur de nuit, baroudeur, Claire apprécie de ne pas avoir à l’attendre, convaincue qu’il faut « faire sans attendre, faire mais pas attendre » dans la vie. Et elle « [jette] chaque jour ses jeunes forces dans la lutte des études qui [sont] sa guerre », sans éprouver jamais le besoin de se divertir.

Dans la dernière partie du roman, qui en comporte trois, on retrouve Claire, professeure quarantenaire « divorcée et sans enfant », une femme dont le paysage intérieur s’est modifié bien sûr avec les années, ce que nous montre le décalage entre ses habitudes de vie et celles de son père, venu lui rendre visite à Paris.

 

Il faut lire ce roman pour ses qualités littéraires incontestables et la beauté du style. Mais j’ai trouvé que l’écriture, presque trop travaillée, induisait malheureusement une trop grande distance entre le lecteur et les personnages. 202 pages sans un seul passage au discours direct susceptible de nous rendre les personnages plus proches et donc plus attachants ! J’ai eu le sentiment d’un bloc de mots, et j’ai pensé plus d’une fois que je n’en viendrais pas à bout. Enfin ce fut chose faite et rétrospectivement, j’en suis satisfaite comme chacun est fier de la tâche accomplie, particulièrement lorsqu’elle est ardue. Mais je n’ai pas éprouvé un grand plaisir de lecture. Un style brillant ne doit pas devenir hermétique sous peine de ne plus toucher ni émouvoir. Pour moi, c’est l’écueil que n’a pas su éviter M.-H. Lafon. Cependant, les prix reçus sont largement mérités si l’on s’en tient aux aspects purement techniques et formels de la littérature.

 

Roman remarqué et primé de la rentrée littéraire 2012, j’inscris donc ce billet dans le cadre des challenges de Hérisson et Laure.

 

Belle lecture (malgré tout) !

 

Heide

 

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 17:39

Ogawa_Parfumdeglace_ActesSud.jpgOgawa Yôko, Parfum de glace, Actes sud, 2002

Titre original : Koritsuita Kaori, 1998

Roman traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle (302 pages)

 

Edition de poche : Babel chez Actes Sud

ogawa-parfum-de-glace1.jpg

Je suis émerveillée, encore, par la richesse et la profondeur poétique de la littérature japonaise ! J’ai lu ce roman en deux jours, dans le cadre du Challenge Ecrivains japonais 2013, initié par Adalana  et ce fut un très beau moment de lecture. Je crois que je n’ai pas fini d’y penser, d’y réfléchir tant je suis imprégnée de l’atmosphère onirique, légèrement mystique, de Parfum de glace, quelques heures après en avoir achevé la lecture.

 

Le roman s’ouvre à l’aéroport de Wien-Schwechat, en Autriche et l’on comprend que pour la narratrice, qui a quitté le Japon pour se rendre à Prague, il s’agit là d’une escale. Ses pensées vagabondes nous apprennent que son compagnon Hiroyuki s’est suicidé sur son lieu de travail en avalant de l’éthanol anhydre, un produit utilisé dans la composition des parfums. La veille de sa mort, Ryoko et Hiroyuki avait fêté la première année de leur vie commune et Hiroyuki avait offert à sa bien-aimée un parfum composé à son intention, « Source de mémoire ». Ryoko, éteinte, en état de choc,  ne comprend pas le geste de son ami : « Il n’avait aucune raison de se suicider le lendemain d’une soirée aussi précieuse. […] S’il avait décidé de le faire depuis un certain temps et qu’il avait attendu d’avoir terminé le parfum pour passer à l’acte, s’il avait pensé à ne pas me donner de regrets, il aurait mieux valu qu’il ne le terminât pas. » (13) Elle ne pleure pas, ne manifeste aucune émotion.

A la morgue, Ryoko rencontre le frère de Hiroyuki, Akira. Elle ignorait son existence comme Akira ignorait la sienne. Tous deux vont découvrir qu’ils ne connaissaient pas Hiroyuki tant celui-ci avait caché d’informations le concernant. Ainsi, sur son CV que leur a remis Reiko, sa collègue, tout est faux, inventé de toutes pièces. Même sa date de naissance a été modifiée ! Un vent de mystère plane sur le jeune homme, même si Ryoko admet que « dès l’instant de [leur] rencontre, [elle] avait compris le décalage qui existait entre le monde où il était et celui où il n’était pas. » (58)

En rangeant ses affaires, Akira et Ryoko trouvent des phrases très poétiques sur une disquette. Quel sens attribuer à ces « images d’odeur mises en mots » ? Ils comprennent vite que ce ne sont pas seulement des notes de travail car « les images d’odeur sont des choses très intimes, profondément liées à la mémoire de chacun [et qu’] elles peuvent donner des indices pour connaître le cœur de Hiroyuki » (32)


« Frasil sur un lac à l’aube »

« Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière »

« Mèche de cheveux d’un défunt, formant une légère boucle »


Ces phrases très belles vont constituer une sorte de jeu de piste, qui mènera Ryoko jusqu’à Prague, à la « poursuite du spectre de Hiroyuki » (77), elle qui ne peut entamer son travail de deuil sans comprendre qui était vraiment son compagnon. Elle avance à petits pas, recomposant la vie de Hiroyuki à partir de ses découvertes successives : il était depuis l’enfance un champion de mathématiques et c’est à Prague que tout s’est arrêté. Pourquoi ?

Le gardien des paons l’aidera à comprendre le rôle de la mémoire – le thème majeur du roman - et le cœur d’un paon dans la myrrhe lui permettra d’entrer en contact avec une autre réalité, dans laquelle se trouve Hiroyuki,  afin de lui délivrer son message. Cependant, l’univers du roman n’a rien de fantastique. Ryoko est simplement en train d’accepter la mort de son ami qu’elle a appris à connaître, grâce à ses recherches, mais aussi grâce à ces « passeurs d’émotions » que sont le gardien des paons et le guide tchèque Jeniack.

 

La sensibilité des parfums, les émotions ténues, la complicité harmonieuse de Ryoko et Akira traversent ce roman, distillant une atmosphère apaisante de bout en bout, malgré la gravité du sujet. C’est toute la force et la magie de Parfum de glace, qui nous place face à la question bouleversante de la mort sans jamais nous angoisser.

Ce qui est mis en avant, c’est plutôt d’ailleurs le mystère de la vie et la puissance du souvenir.   « Ce qui vous constitue, c’est la mémoire. […] Il est mort en vous gardant dans sa mémoire », dit le gardien des paons à Ryoko.

Au Japon, puis à Prague, la jeune femme a rassemblé une à une toutes les pièces du puzzle – je n’en dirai pas plus. Dès lors, les larmes peuvent couler et la douleur s’apaiser. 


Belle lecture !

 

Heide

Ogawa portrait

 

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 21:50

Oulitskaia_Sonitchka_Gallimard.jpg

Roman, 117 pages

Les numéros de page donnés dans cet article sont ceux de l'édition Gallimard, NRF, coll. "Du monde entier", mais il existe également une édition de poche :

 

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Sonietchka est le premier roman de Ludmila Oulitskaïa. Il a été publié en Russie en 1995 et en France, chez Gallimard en 1996 où il a reçu le Prix Médicis étranger l’année de sa parution. Ce roman très court est un petit bijou et mérite sa place parmi les plus belles pages de la littérature.


Sonietchka, personnage féminin éponyme, - c’est le diminutif de Sonia - cherche le réconfort et le bien-être dans les livres depuis l’enfance. La lecture lui permet de se retrancher du monde pour pouvoir y vivre. « Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre. » (8) Mieux, la petite ne fait aucune différence entre les personnages imaginaires et les êtres de chair et d’os qui l’entourent. En toute logique, elle devient bibliothécaire et travaille « dans la réserve en sous-sol d’une vieille bibliothèque. »  


Nous sommes dans les années 30. Un jour, alors qu’elle remplace l’une de ses collègues dans la salle de lecture, elle rencontre Robert Victorovitch, « un homme petit, grisonnant, à la maigreur acérée », nettement plus âgé qu’elle puisqu’il vient d’avoir quarante-sept ans. Artiste-peintre, de retour de Paris, il recherche des ouvrages en français, à l’heure de la fermeture, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de la jeune femme. Deux jours plus tard, Robert Victorovitch revient à la bibliothèque et demande Sonietchka en mariage : il a peint son portrait et le lui offre en cadeau de fiançailles. Robert a l’intuition qu’il sera heureux avec Sonietchka : « […] voilà qu’il se trouvait devant une femme éclairée de l’intérieur par une réelle lumière, il pressentait en elle une épouse qui abriterait entre ses mains fragiles sa vie exténuée, recroquevillée contre terre, il voyait aussi qu’elle serait un doux fardeau pour ses épaules qui n’avaient jamais supporté de famille, pour sa virilité frileuse qui avait fui les charges de la paternité et les contraintes du mariage. » (23)

 

Robert a été emprisonné dans les camps staliniens pendant cinq longues années, ce qui lui a donné « un tempérament d’ascète » (26). Tous deux savent donc se contenter de peu, ce qui est heureux car leurs conditions de vie sont précaires, mais ils se complètent et leur harmonie est parfaite : « A l’instar du contact avec la pierre philosophale, les nuits passées à bavarder avec sa femme enclenchaient un mécanisme magique de purification du passé… » (25). Par la suite, Sonietchka mettra au monde, par miracle, leur fille unique, Tania. Absorbée par les tâches ménagères, depuis qu’elle est épouse et mère, Sonietchka ne lit plus. Elle vieillit et enlaidit vite, sans tristesse ni amertume toutefois : « Mais l’amertume de vieillir n’empoisonnait nullement la vie de Sonietchka, comme c’est le cas pour les femmes fières de leur beauté. » (49) Elle accepte les choses comme elles viennent et s’en émerveille tant elle est convaincue que le bonheur lui a été accordé « par erreur, à la suite d’une négligence » et qu’elle risque de le perdre à tout moment. Lorsque leur existence devient plus légère, grâce à un logement plus spacieux et un budget plus large, Tania est adolescente. L’arrivée de son amie, prénommée Jasia, bouleversera la vie tranquille de Sonietchka, qui s’adaptera pourtant au nouvel ordre des choses, avec ce don de soi si émouvant qui la caractérise…


Ludmila Oulitskaïa nous offre, avec sa Sonietchka, un beau portrait de femme généreuse et dévouée, à la simplicité lumineuse. Dans La Passion suspendue, Entretiens avec Leopoldina Pallota della Torre, Marguerite Duras analyse les particularités de l’écriture féminine : « Il y a un rapport intime et naturel qui depuis toujours lie la femme au silence et donc à la connaissance et à l’écoute de soi. Cela conduit son écriture à cette authenticité qui fait défaut à l’écriture masculine, dont la structure renvoie trop à des savoirs idéologiques, théoriques. » (page 83)

J’ai repensé à cette analyse de MD en lisant L. Oulitskaïa : elle a exactement ce dont parle MD, une écriture authentique et sensible, qui plonge au cœur de la psychologie féminine, et maintient toujours une forme de vérité et d’élégance, même dans la gravité des instants tragiques. Ceux-ci  s’allègent alors libérant, dans le même mouvement, une profonde émotion. En arrière-plan, le contexte est saisissant : Oulitskaïa évoque, avec la même authenticité, la vie difficile des intellectuels à l’époque de Staline, une vie faite de pauvreté et de restriction des libertés, dont la description sublime le courage et l’aliénation de Sonietchka.


Un grand merci à Anis qui a initié le challenge Lire avec Geneviève Brisac (CLIC).

 

J’ai bien envie d’aller plus loin dans mes lectures autour de l’essai La Marche du cavalier. D’autres livres sont d’ores et déjà dans ma PAL dont un autre titre d’Outliskaïa, Un si bel amour et autres nouvelles. Mais je compte diversifier aussi en suivant les conseils de lecture de Geneviève Brisac publiés sur Litterama : Jean Rhys, La Prisonnière des Sargasses et Fugitives d’Alice Munro attendent aussi sur ma table de chevet.

 

J'inscris également ce billet dans le cadre des challenges de Laure et Anne (pour leur rendre visite, un clic sur les logos).


Belle(s) lecture(s) !

 

Heide

 

Challenge-Genevieve-Brisac-2013  logo-challenge-c3a0-tous-prix Defi-PR1

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 22:25

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Editions du Seuil (9 mars 2005)

Collection : Points

Roman 147 pages

 

jelloun.jpgTahar Ben Jelloun, né à Fès en 1944, est l’écrivain marocain francophone le plus traduit dans le monde. Il a obtenu le Prix Goncourt en 1987 pour La Nuit sacrée. Il y a quelques années, j’ai lu Le premier amour est toujours le dernier, un recueil de nouvelles qui « raconte le déséquilibre entre l’homme et la femme arabes » dans des histoires « qui ne parlent que d’amour, c’est-à-dire de solitude, de secret et d’incompréhension », « dans un pays où la tradition et la religion aident surtout l’homme à asseoir sa petite puissance […] » (Tahar Ben Jelloun). J’avais beaucoup aimé ces nouvelles et je souhaitais depuis longtemps revenir vers cet auteur contemporain qui vient de publier Le Bonheur conjugal chez Gallimard  (août 2012).


    A l’âge de 15 ans, Ali rencontre Mamed, lycéen comme lui au lycée français de Tanger. On suit la jeunesse des deux garçons, leurs découvertes d’adolescents : ensemble, ils vont connaître leurs premiers émois sexuels, dans une ambiance très libre. Leur amitié est alors fusionnelle. Quelques années plus tard, ils seront emprisonnés ensemble également, à cause de leur engagement politique. Mais avant cela, le début des études supérieures les sépare une première fois : Mamed rejoint Nancy pour ses études de médecine alors qu’Ali se rend au Canada suivre des études de cinéma. Les deux amis s’écrivent et, durant l’été, ils se retrouvent sur la plage de Tanger-ville.

    Eté 66 … A son retour de France, Mamed est arrêté pour « atteinte à la sureté de l’Etat ». Lorsque, de retour du Canada, Ali est incarcéré lui aussi, il retrouve son ami qui a été torturé. A ce moment-là, « les arrestations d’étudiants ayant des activités ou simplement des opinions politiques de gauche se multipliaient » (31). Ali trouve Mamed différent : « Je découvrais à quel point l’endoctrinement idéologique pouvait aveugler un esprit aussi intelligent. » (26) Mais leur amitié est profonde et elle sera scellée à tout jamais par « ses dix-neuf mois d’incarcération déguisée en service militaire. » (35)  au cours desquels les deux amis sont « devenus sérieux. » (35) Par la suite, Mamed, désormais médecin, émigre en Suisse et Ali s’occupe des affaires de son ami au Maroc. Tous deux sont mariés, mais Ali et son épouse ne parviennent pas à avoir d’enfants. Ils adoptent, mais clandestinement car l’adoption pose problème au Maroc.

    Ainsi, la première partie du roman raconte la genèse de leur amitié afin que le lecteur puisse comprendre comment leurs liens sont devenus si puissants et comment, des années plus tard, un événement survenu dans la vie de Mamed fera tout vaciller…

 

   Tahar Ben Jelloun signe une histoire d’amitié aussi intense que troublante. Que serions-nous capable de faire pour notre meilleur ami ? C’est la question que pose ce roman construit en quatre parties, selon trois points de vue différents, celui d’Ali et celui de Mamed, amis inséparables depuis trente ans ; celui de Ramon, un ami commun, qui entretient des relations fraternelles, mais plus superficielles avec chacun d’entre eux. Sans jamais porter de jugement, il sera le témoin de ce qui va se jouer entre Ali et Mamed, suite à la décision pour le moins surprenante de ce dernier.


    La critique de LIRE, reproduite sur la quatrième de couverture, est très élogieuse : « Un roman extraordinaire, pudique et déchirant. Un roman où le sentiment exclut la sentimentalité. »

Quant à moi, j’ai aimé Le dernier ami pour ses qualités littéraires et pour la construction intéressante autour de l’alternance des points de vue. Cependant, j’ai trouvé que celle-ci occasionnait quelques redondances qui cassaient le rythme. Du coup, l’intérêt que j’avais porté à l’intrigue au début du roman avait faibli au moment crucial du dénouement, un moment qui reste fort, indéniablement, grâce au coup de théâtre où tout est révélé. C’est dommage, mais cela reste un bon roman, lu dans le cadre du rendez-vous de Denis, Littérature francophone d’ailleurs.


Belle lecture !


Heide

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 16:21

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Ce mois-ci, je vais jouer les prolongations sur le thème passionnant des femmes philosophes. D’abord parce qu’il mérite d’être exploré, mais aussi parce que je n’ai malheureusement pas eu le temps de lire l’essai que j’avais prévu de vous présenter aujourd’hui : je viens seulement d’entamer la lecture de La Crise de la culture d’Hannah Arendt et je chroniquerai donc cet essai lundi prochain, le 11 mars.

De plus, comme j’avais très envie de lire Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, je consacrerai un troisième lundi philo (sans doute à la fin du mois) au tome 1 de cet essai existentialiste et féministe, paru en 1949.

Un programme de lectures philosophiques qui devrait me permettre d’attendre agréablement les premiers jours du printemps !


Pour être au rendez-vous aujourd’hui et en guise de préambule à l’article qui suivra la semaine prochaine, je me suis documentée sur la vie d’Hannah Arendt et sur la notion de crise de la culture.


Hannah-Arendt.jpgHannah Arendt (1906-1975) est une philosophe allemande, puis américaine, disciple de Heidegger et de Jaspers notamment. Ses origines juives l’obligent à fuir l’Allemagne nazie : réfugiée d’abord à Paris, de 1933 à 1941, elle rejoint ensuite les Etats-Unis dans des conditions extrêmement précaires. Elle y poursuit sa carrière universitaire, rédigeant ses articles et ses ouvrages en anglais. Ses recherches portent principalement sur la société contemporaine et les phénomènes totalitaires.

 

Ses essais les plus importants sont les suivants :

Les Origines du totalitarisme, 1951

Le Système totalitaire, 1951

Condition de l’homme moderne, 1958

Eichmann à Jérusalem, 1963

Essai sur la révolution, 1963

La Crise de la culture, 1968

Du mensonge à la violence, 1972

 

Dans son manuel Les Chemins de la pensée, publié en 1999, Jacqueline Russ, philosophe contemporaine de renom, décédée en 1999, souligne l’influence considérable de cette femme philosophe, pourtant reconnue tardivement en France :

«  Reconnue très tard en France, en raison de l’influence considérable qu’exerçait alors le marxisme, H. Arendt est une figure marquante de la pensée politique des Etats-Unis. Elle a démontré les mécanismes implacables du totalitarisme et a su comprendre en profondeur la dimension de l’homme moderne. »(page 507)

 

Pour la petite histoire, Hannah Arendt fut l’élève et l’amante de Martin Heidegger. Or, Catherine Clément, une autre femme philosophe en a fait le sujet d’un roman qui se trouve dans ma PAL depuis quelques temps et qui me tente vraiment beaucoup : Martin et Hannah débute en Allemagne, en 1975.


« Deux femmes au soir de leur vie se retrouvent au chevet d’un vieil homme, après avoir lutté cinquante ans pour occuper la première place dans son cœur. Tandis que dans la pièce voisine somnole, hanté pas ses cauchemars, le plus grand esprit de son siècle, les deux ennemies font une trêve : duel de deux mémoires à fleuret moucheté, temps suspendu des réminiscences et des rêves perdus. »


Autant aller au bout de ma petite digression ! La quatrième de couverture (éditions Calmann-Lévy) se poursuit ainsi :

 

« Martin et Hannah : il était professeur, elle était son élève ; près de vingt ans les séparent, le philosophe génial consumé par son « escapade » nazie et l’intellectuelle juive brûlée par sa lucidité. Mais pendant cinquante ans, leur passion les tient. […] Martin, Hannah, Elfride [il s’agit de l’épouse de Martin] : dans cette vaste partition, chacun a son thème, et chacun détient un peu de la mémoire de l’autre. Mais cette fugue à trois voix est d’abord frappée du sceau de la plus grande tragédie du siècle : parce que Martin est Heidegger, et Hannah, Arendt. »

martin-et-hannah-catherine-clement-9782253147985.gifSeriez-vous partant(e)s pour une lecture commune du roman Martin et Hannah en avril ou en mai ?


Je reviens à la philosophie et je terminerai cet article par quelques remarques sur la notion de crise de la culture.

En médecine, une « crise » correspond au moment paroxystique d’une maladie. Ce n’est pas le point culminant signalant sa fin, mais plutôt un instant critique qui en modifiera le cours. La crise est donc à l’origine d’une discontinuité dans un processus. Elle introduit une rupture tout en conservant le sens profond de ce qu’elle vient bousculer : quand on parle de « crise d’adolescence », on évoque un temps de révolte et de rupture contre l’ordre établi qu’incarnent les parents et les adultes en général. C’est une étape dans la construction de tout individu.

Cependant, quand on parle de « crise de la culture », cela va beaucoup plus loin que la seule remise en cause d’une tradition. Pourquoi ? La notion de crise est inhérente à la culture – les mouvements naissent par opposition à ceux qui ont précédé. Il s’agit donc surtout, dans ce cas, d’une impossibilité à définir la culture et à la transmettre.


Nous verrons comment Hannah Arendt répond à la question épineuse de l’évolution politique et sociale de la culture à l’heure où elle est devenue synonyme de loisir. Est-ce la culture de masse qui se trouve à l’origine de cette crise ? Comment ne pas soumettre l’art à la logique de la société de consommation ?


Je vous en dirai un peu plus lundi prochain (si je parviens à tout comprendre car la lecture promet d’être passionnante, mais ardue…)


J’attends avec impatience de lire vos billets.


Edit du soir - Vos liens :

Catherine nous présente Cléobouline, poétesse grecque, l'une des premières femmes philosophes.

Lee Rony a écrit un poème satirique sur le thème, poème dont les idées auraient pu inspirer Simone de Beauvoir en son temps... Quel talent !

Denis évoque la vie et l'oeuvre de Simone Weil, en attendant son article de lundi prochain sur La Pesanteur et la grâce.

En attendant, on peut déjà penser à la prochaine thématique, pour le lundi 1er avril 2013, lundi de Pâques et poisson d’avril en plus – ce qui devrait donner quelque idée amusante à Lee Rony… Une proposition ?

 

Prochain thème : LA PHILOSOPHIE ET LE RIRE

Si tout le monde est d'accord !


Belle lecture et bon voyage philosophiques !


Heide

 

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Published by Heide - dans Philosophie
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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 23:30

Duras_pleiade1.jpgMarguerite Duras, Oeuvres complètes,

sous la direction de Gilles Philippe, Paris, Gallimard,

Bibliothèque de la Pléiade, automne 2011

 

        En 1943, lorsque Marguerite Duras écrit La Vie tranquille, elle est entrée en résistance contre l’occupant allemand, en tant qu’agent de liaison (voir l’excellente biographie de Laure Adler, page 262). Elle est alors mariée à Robert Antelme et elle entretient une liaison avec Dionys Mascolo, qui deviendra plus tard le père de son fils unique, Jean. Comme souvent dans ses premiers romans, la réalité rejoint la fiction : dans La Vie tranquille, on retrouve Dionys sous les traits de Tiène dont la narratrice est très amoureuse. On assiste également à des conflits familiaux, ouverts ou larvés, mais toujours graves. Apparaissent également  la relation fusionnelle avec le petit frère, la mère un peu absente dans sa relation aux autres, plus tendre cependant que dans Les Impudents : était-ce la mère idéalisée, celle dont rêvait Marguerite ? C’est une hypothèse plausible, d’autant qu’elle lui a dédié son roman. Cependant, Marie Donnadieu ignorera toujours cette marque d’amour.


       L’histoire a pour cadre le Périgord, non loin de Périgueux. Aux Bugues vit une famille d’exploitants agricoles, les Veyrenattes : le père et la mère, leurs enfants Francine dit Françion (la narratrice) et Nicolas, marié à Clémence, avec laquelle il a eu un petit garçon, âgé de onze mois et prénommé Noël. Jérôme, l’oncle maternel, qui vit sous le même toit, empoisonne la vie des Veyrenattes, dont la liberté est considérablement restreinte à cause de ses agissements égoïstes et odieux. Enfin, il y a Tiène, un énigmatique ami de Nicolas, installé aux Bugues depuis peu sans que l’on sache vraiment pourquoi il est arrivé là. C’est un très beau jeune homme dont Françion va tomber amoureuse.

Le roman, construit en trois parties, débute in medias res, juste après une bagarre extrêmement violente entre Nicolas et l’oncle Jérôme. Nous apprendrons plus tard que Françion a révélé à son frère Nicolas la liaison entre sa femme Clémence et l’oncle Jérôme. Celui-ci agonisera pendant une dizaine de jours, dans l’indifférence quasi générale, avant de succomber à ses blessures comme chacun semble le souhaiter. Françion, quant à elle, semble totalement inconsciente de sa responsabilité dans cette sombre histoire.  Sans aucun remords, elle reste totalement insensible lorsque Tiène essaie de susciter chez elle cette prise de conscience.

Ce n’est que dans la deuxième partie du roman, dix-sept jours après un second drame familial épouvantable sur lequel s’achève la première partie, que Françion sera confrontée, à travers ce que j’appellerais « l’épreuve du miroir », à la question cruciale de son identité, de son vrai Moi et du rapport de ce Moi avec le monde qui l’entoure.


        J’ai beaucoup aimé ce roman, que j’ai trouvé plus profond que Les Impudents, plus abouti donc, malgré la critique assez négative qu’en fit Raymond Queneau au moment de sa parution. La voix de Marguerite Duras, celle de L’Amant, commence à raisonner au détour d’une courte phrase ou dans l’emphase de l’expression du je, dans l’expressivité d’une conscience individuelle,  celle de la narratrice, et ce même si la voix de MD ne vibre pas encore de toute sa puissance poétique. Marguerite semble parler de celui qu’elle aime à travers Françion :

« De profil il était si beau que ses traits semblaient s’arracher de vous dans la douleur » (192)

Et cette phrase qui m’a fait tant penser à L’Amant déjà, de façon sans doute très subjective :  

« Si j’avais cette petite certitude [plaire à Tiène], il me semble que je pourrais mieux connaître Tiène, l’inventer à partir de mon visage. » (194)


Et puis, le roman contient de si belles descriptions, où, comme dans Les Impudents, la narratrice fait corps avec la nature, dans l’effacement même du corps cette fois-ci. Derrière la poésie des mots, la voix de MD, là encore, s’ébauche :

« Août fleurit après tous les arbres, une fois que tous ont leurs fleurs, en une nuit. Comment se tenir au faîte de ce mois, connaître durant une seconde ce vertige d’août avant septembre ? Bois, plaines, mûres, falaises chauffées, se tenaient immobiles dans une stupeur surnaturelle au sein de laquelle s’élaboraient le septembre et l’octobre. L’odeur des fossés des Bugues était celle d’une pourriture, celle d’août qui, en elle, porte toutes les odeurs des mois.

Je n’étais personne, je n’avais ni nom ni visage. En traversant l’août, j’étais : rien. Mes pas ne faisaient aucun bruit, rien n’entendait que j’étais là, je ne dérangeais rien. Au bas des ravines coassaient les grenouilles vivantes, instruites des choses d’août, des choses de mort. » (190-191)


A partir de la deuxième partie du roman,  l’écriture est magnifique. Le style montre à quel point Françou est perturbée par le nouveau drame qu’elle vient de connaître : la construction des phrases symbolise le morcellement de l’image du corps ressenti par la jeune femme, qui semble découvrir son âge, son identité profonde à travers la perception fragmentée de toute sa personne. Cela correspond à un moment d’une grande poésie, d’autant que Françion a rejoint l’Océan, qu’elle découvre pour la première fois, sur les conseils de Tiène, qui lui a donné l’argent pour prendre le train.

"Autour de moi c'était une fantasmagorie silencieuse qui s'était déchaînée. Avec une rapidité folle, - je n'osais pas regarder, mais je les devinais - une foule de formes devaient apparaître, s'essayer à moi, disparaître aussitôt, comme anéanties de ne pas m'aller. Il fallait que j'arrive à me saisir d'une, pas n'importe laquelle, une seule, de celle dont j'avais l'habitude à ce point que c'était ses bras qui m'avaient jusque-là servi à manger, ses jambes, à marcher, le bas de sa face, à sourire. Mais celle-ci aussi était mêlée aux autres. Elle disparaissait, réapparaissait, se jouait de moi. Moi cependant, j'existais toujours quelque part." (219)


Il y aurait tant à dire encore sur la quête d’identité de la narratrice, mais aussi sur cette famille « qui [rêve] de bonheur et qu’un vrai bonheur accablerait plus que tout. » (177), sur la fuite de Clémence sans son petit garçon, sur le retour de Luce et sa relation avec Nicolas, avec Tiène sous le regard de Françion…  Mais il vaut mieux lire, lire et relire car, si ses personnages sont confrontés à l’ennui, pour ma part, je ne me lasserai jamais de lire Duras !

 

Je vous invite à lire l'avis de Denis sur Bonheur de lire.

 

Missycornish nous rejoint sur ce challenge. Bienvenue ! J'éditerai pour mettre ses liens dès demain.


Dernière remarque : La Vie tranquille existe aussi dans la collection Folio, alors n'hésitez pas !Duras_LaVietranquille_Folio.jpg

Belle lecture ! 


Heide

 

duras sourire

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 14:16

geai-christian-bobin1.gif

Christian Bobin, Geai, Gallimard, 1998

(110 pages dans cette édition)

 

Difficile de présenter ce court roman de Christian Bobin sans risquer de perdre l’essentiel : séparée de l’univers poétique qui la porte, l’histoire pourrait bien paraître banale, sans saveur.  A l’âge de huit ans, Albain rencontre Geai, « noyée depuis deux mille trois cent quarante-deux jours dans le lac de Saint-Sixte, en Isère ». Elle lui apparaît d’abord à deux centimètres sous la glace. On apprend que, de son vivant, Geai « faisait l’école » au village et qu’elle ne portait pas encore le nom de ce bel oiseau. Dans son lit de mort, qu’elle quittera bientôt pour accompagner son jeune ami, elle est vêtue d'une robe de coton rouge et un sourire illumine son beau visage.

Le petit garçon est un doux rêveur, alors quand il raconte en rentrant qu’il était avec la dame de Saint-Sixte, « celle qui sourit au fond du lac », son père lui donne une claque et l’envoie au lit sans souper, ajoutant « ça t’apprendra à traîner dehors au lieu de faire tes devoirs, et à revenir avec la nuit en racontant n’importe quoi. »

Albain pleure, mais " le chagrin est une soupe au sel. Elle laisse l’estomac bien creux." Alors le petit garçon sèche ses larmes et s’endort d’un sommeil « profond et souriant ». Un peu plus tard, le maître félicite son jeune élève après qu’il lui a raconté la même histoire. « La vérité, c’est incroyable », nous dit le narrateur : « La vérité, vous la dites et elle vous attire des claques ou des félicitations. Et le pire c’est que, dans un cas comme dans l’autre, personne ne vous croit. »


Avec Geai, Christian Bobin nous offre un joli conte, emprunt de poésie et de tendresse, une histoire que j’ai trouvée très loufoque, extravagante comme l’est le tempérament d’Albain. Nous le suivons au fil du temps, la poésie des mots dessinant le rythme nonchalant de la vie du jeune garçon, puis de l’adolescent et de l’homme qu’il est devenu, lui qui n’éprouvera jamais le besoin de répondre aux exigences sociales pour être heureux : accompagné de Geai qu’il est le seul à voir depuis l’enfance et dont on ne soupçonnerait la présence que par l’irrépressible envie de bâiller qu’elle provoque, Albain sera - à sa façon toujours fantaisiste - représentant de commerce, cambrioleur de rêves, voire ange-gardien ou fabricant de liberté, et brocanteur, un joli métier qui le mènera à un tournant important de sa vie, de leurs vies…


Ai-je aimé ce roman ? Oui bien sûr, car l’univers de Christian Bobin m’inspire toujours au minimum une certaine tendresse quand ce n’est pas un coup de cœur. Mais je n’ai pas été aussi profondément touchée par le personnage d’Albain et par sa relation avec Geai que je pensais l’être au début de ma lecture. En fait, la nonchalance d’Albain m’a souvent agacée et je n’ai pas trouvé crédible sa manière de prendre la vie.

Peut-être le roman était-il trop court pour savourer pleinement la personnalité d’Albain, peut-être aurait-il fallu en affiner les contours ? J'aurais aimé que l'auteur donne plus d’envergure à la dame du lac. Mais ce n’est pas si grave car le plaisir de la lecture fut tout de même bien présent et c’est l’essentiel non ? De plus, je ne suis pas écrivain et j'admire le travail de Christian Bobin : je crois qu'on est toujours plus exigeant avec nos écrivains préférés !

En tous cas, la beauté de l’écriture justifie largement les avis particulièrement élogieux que j’ai pu lire chez d’autres lecteurs, notamment chez Laure, qui a initié cette lecture commune sur son superbe blog Ma danse du monde.

 

Ce billet est ma deuxième contribution au challenge Christian Bobin proposé par Yuko.


Geai_Bobin_Folio.jpgExtrait :

« Le lac de Saint-Sixte est très sombre, même en été. Le lac de Saint-Sixte ignore l’innocence des étés. C’est une eau qui retient sa lumière, une eau verte et surtout noire qui fait de la rétention de lumière. Le ciel dégringole en bleu dans le lac, passe en vert puis coule en noir.  Il y a plusieurs sortes de noirs dans le noir. Les eaux de Saint-Sixte sont d’un noir mauve, orageux, un noir comme dans les yeux des jaloux. Ce noir est là depuis qu’il y a de l’eau à Saint-Sixte.  Et le sourire de Geai commence secrètement à le ronger, à le diluer, à l’allonger, et le sourire de Geai fait remonter en surface du lac de Saint-Sixte tout le bleu du ciel qui avait coulé dedans. C’est un pays de montagnes. En pays de montagnes, le bleu a une franchise absolue, une netteté blanche. Ce bleu, comment dire : il brûle et il lave. » (10)

 

Belle lecture !

 

Heide 

Challenge-Christian-Bobin

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A lire absolument ! Efflorescences IsmaëlBilly

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Mon rendez-vous philo

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Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
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10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

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Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

Challenge Marguerite Duras

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