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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:24

459px-Albert_Camus2.jpg

Source de l'image : Wikipedia

 

Le centenaire de la naissance de Camus est l’occasion de présenter Caligula, tragédie atypique, écrite dès 1938 et remaniée par l’auteur jusqu’en 1958.  Lors de sa création en 1945, la pièce connut un franc succès, qui ne s’est pas démenti depuis, puisqu’aujourd’hui encore, elle est la plus jouée à travers le monde. L’œuvre théâtrale de Camus compte trois autres pièces, qui ont reçu un accueil plus mitigé, de la semi-réussite pour Le Malentendu, en 1944, à l’échec cuisant pour L’Etat de siège, en 1948. En revanche, en 1949, le public réserva un accueil chaleureux à la pièce Les Justes, une oeuvre à l’esthétique épurée contrairement à Caligula.

Camus_Caligula.jpg

Albert Camus, Caligula suivi de Le Malentendu,

Collection Folio, © Gallimard, 1958 

 

Dans le Discours de Stockholm, prononcé à l’occasion de la remise du Prix Nobel (1957), Camus explique :

« J’avais un plan précis quand j’ai commencé mon œuvre : je voulais d’abord exprimer la négation. Sous trois formes. Romanesque : ce fut L’Etranger. Dramatique : Caligula, Le Malentendu. Idéologique : Le Mythe de Sisyphe. Je prévoyais le positif sous trois formes encore. Romanesque : La Peste. Dramatique : L’Etat de siège et Les Justes. Idéologique : L’Homme révolté. J’entrevoyais déjà une troisième couche autour du thème de l’amour.»

De fait, Caligula est une œuvre d’inspiration antique, très noire : Camus a lu la Vie des Douze Césars de Suétone et repris le portrait archétypal de l’empereur fou, successeur de Tibère, au pouvoir de 37 à 41 après JC. Dans un foisonnement baroque, que l'on peut voir comme une allégorie de l’arbitraire, se mêlent la violence froide de la gestuelle et du langage corporel - les meurtres, dont celui du vieux Mereia, se déroulent de façon abrupte, sur scène -, l’application désespérée d’une politique tyrannique avec une insensibilité de surface, quoique clairement revendiquée par le personnage et des idées philosophiques, qui ont toute l’apparence de l’absurde, tant elles semblent émaner d’un esprit confus, mu par un cynisme désopilant, impossible à comprendre, à justifier.


La portée philosophique des idées du personnage – « Gouverner, c’est voler, tout le monde sait ça. » (34) ; « Vivre, Caesonia, vivre, c’est le contraire d’aimer. » (42) ; « L’insécurité, voilà ce qui fait penser. » (analyse de Cherea, acte IV, scène IV) –, n’enlève pas l’échec : Caligula reconnaît avoir voulu la lune. Or, s’il lui est possible d’assassiner sur un ordre, le plus arbitraire soit-il, il ne peut et ne pourra jamais, autrement que de manière illusoire, « mêler le ciel à la mer, confondre laideur et beauté, faire jaillir le rire de la souffrance. » (acte I, scène XI)

Répondant à Scipion, qui vient d’évoquer « l’immonde solitude » qui doit être la sienne, Caligula ne peut échapper à sa conscience.  Exaspéré, il s’écrie :

« La solitude ! Tu la connais, toi, la solitude ? Celle des poètes et des impuissants. La solitude ? Mais laquelle ? Ah ! Tu ne sais pas que seul, on ne l’est jamais ! Et que partout le même poids d’avenir et de passé nous accompagne ! Les êtres qu’on a tués sont avec nous. Mais ceux qu’on a aimés, ceux qu’on n’a pas aimés et qui vous ont aimé, les regrets, le désir, l’amertume et la douceur, les putains et la clique des dieux. […] Seul ! Ah ! si du moins, au lieu de cette solitude empoisonnée de présences qui est la mienne, je pouvais goûter la vraie, le silence et le tremblement d’un arbre ! »  

(Acte II, scène XIV)

 

Derrière ce personnage, qui subit de plein fouet la violence d’un monde absurde et qui en souffre au point de ne pouvoir y répondre que par la cruauté, derrière cette incapacité à vivre le bonheur et la tendresse auxquels Caligula aspire pourtant, Camus analyse l’humaine condition, que l’on peut examiner à la lumière des thèses nihilistes. En effet, quel sens donner à l’existence dans un monde sans dieux ? « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux. »

Après la mort de sa soeur et amante Drusilla, cette conscience de l'absurde incite Caligula à se jeter corps et âme dans un projet fou, blasphématoire. A l’instar de Prométhée, autre figure philosophique chère à Camus, il se veut l’égal des dieux :

 « Cette mort n’est rien, je te le jure ; elle est seulement le signe d’une vérité qui me rend la lune nécessaire. »  

(Acte I, scène IV)

« […] de quoi me sert ce pouvoir si étonnant si je ne puis changer l’ordre des choses, si je ne puis faire que le soleil se couche à l’est, que la souffrance décroisse et que les êtres ne meurent plus ? »

(Acte I, scène XI).

 

Refusant de souffrir, il éprouve le "bonheur" dans le fait d'être "libéré [...] du souvenir et de l'illusion", dans le savoir "libérateur" que "rien ne dure !"  Et Caesonia de lui répondre "avec effroi" : "Est-ce donc du bonheur, cette liberté épouvantable ?"(Acte IV, scène XIII)

 

Dans son essai L’Ordre libertaire. La Vie philosophique d’Albert Camus, Michel Onfray voit dans Caligula le « premier texte libertaire » de l’écrivain. Mais le personnage libertaire par excellence, ce n’est pas Caligula qui l’incarne ; c’est son "antidote" (M.O.), Cherea, l’un des conjurés, qui fomentera l’assassinat de l’empereur, parce que celui-ci « met son pouvoir au service d’une passion plus haute », ce qui le rend invulnérable, totalement impossible à raisonner.

A Scipion, ce jeune poète empathique, qui se demande qui peut bien avoir raison dans la souffrance et sur lequel Caligula cristallise tous ses élans de tendresse alors même qu’il a froidement assassiné son père, Cherea oppose la question cruciale du choix :

« Il est des heures où il faut choisir. Moi j’ai fait taire en moi ce qui pouvait lui ressembler. » (119)

Pourtant, il n’est ni de haine, ni d’esprit de vengeance dans la décision de Cherea :

« Ici, tu te trompes, Caïus. Je ne te hais pas. Je te juge nuisible et cruel, égoïste et vaniteux. Mais je ne puis pas te haïr puisque je ne te crois pas heureux. Et je ne puis pas te mépriser puisque je sais que tu n’es pas lâche. »

Acte III, scène 6

 

Ainsi, Michel Onfray explique comment l’oeuvre « démonte les rouages du pouvoir », - un pouvoir tyrannique, exercé sans éthique, en réponse à une souffrance aigue devant l’absurde - et il « présente les mécanismes de la sujétion, de la soumission », « une analyse de la servitude volontaire » (citations de M.Onfray, L'Ordre libertaire, page 305). Car, comme le constate Caligula, lorsqu’il abandonne ses discours aux accents lyriques, et se remet à justifier de manière éhontée son cynisme : « tout disparaît devant la peur. » 

 

 Finalement, dans le bruit des armes, avec l’amertume d’avoir raison, avec la lâcheté et la peur, Caligula s’apprête lui-même à « retrouver ce grand vide où le cœur s’apaise »

 

D'autres avis :

Sur  Caligula ("La Culture se partage"), L'Homme et l'oeuvre ("Bonheur de lire"). Denis propose également un récapitulatif des hommages rendus à Albert Camus, à l'occasion de ce centenaire.

 

Belles lectures camusiennes !

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 21:33

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albert-camus-noces

"Noces à Tipasa",

établissement du texte définitif : fin de l'été 1937


Au début de ma lecture de La Tentation libertaire. La vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray, je me suis dit que je devais absolument lire "Noces à Tipasa", ce "chef d'oeuvre de la littérature philosophique" (M. Onfray) . Je souhaitais faire l'expérience de cette transformation intérieure dont parle Onfray.

Ce texte sublime a des allures de poème tant Camus joue avec les mots et les figures de style pour servir le lyrisme de ses descriptions : comme cet oxymore présent au tout début du texte pour évoquer Tipasa au printemps "A certaines heures, la campagne est noire de soleil" alors que "la mer [est] cuirassée d'argent". Dès l'incipit, on se laisse porter par la beauté des images , symboles de la "vérité du soleil", seul message philosophique, sans "leçon" autre que celle des sens.

 

Premier des quatre essais du recueil Noces, "Noces à Tipasa" est un hymne vibrant au "grand libertinage de la nature et de la mer qui accapare tout entier." Camus décrit un endroit paradisiaque où les fleurs poussent au milieu des ruines, exaltant leurs couleurs chatoyantes, "bougainvilliers rosat", "hibiscus au rouge encore pâle"  , "roses thé épaisses comme de la crème", "iris bleus". Il en parle comme d'un endroit à offrir en cadeau à ceux qu'on aime pour surprendre dans leurs regards éblouis la joie de l'émerveillement. Camus se rendit fréquemment, en 1935 et 1936, dans ce petit village de bord de mer, situé à 70 km à l'ouest d'Alger.


Alors, que nous apprend un tel endroit où "les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils" ? Camus nous dit que ce lieu magique nous apprend à VOIR, à être totalement soi-même, authentique, sans "aucun masque".

Alors intervient l'une des réflexions-phare de "Noces à Tipasa " :


" Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est,

de retrouver sa nature profonde."

 

 

Cette phrase de Camus fait écho à l'aphorisme de Pindare - et de Nietzsche aussi, je crois, que Camus a toujours lu :


"Deviens qui tu es."


Mais pour Albert Camus, nous avons le "devoir d'être heureux", au moins lorsque nous vivons "un jour de noces avec le monde."


Camus, qui se savait atteint d'une forme sévère de tuberculose, considère dans cet essai qu'"il n'y a pas de honte à être heureux", à jouïr de la vie pour soi-même et soi seul. Michel Onfray analyse la joie de vivre de Camus, qui aime offrir son corps au soleil ou se fondre dans la mer, comme une propension à l'hédonisme (doctrine philosophique qui considère que l'objectif essentiel de l'existence humaine est la recherche du plaisir). Plus tard, dans La Peste, Camus reviendra sur cette conception un peu égoïste du bonheur à travers l'affirmation de Rambert : "Il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul." (Source : note 9, page 1348 de La Pléiade)

 

Alors Michel Onfray a bien raison d'écrire qu'il faut lire "Noces à Tipasa", en particulier parce qu'il nous donne à voir tout le talent de poète d'un homme qui a été assimilé à "un philosophe pour classes de Terminale" alors qu'il était surtout un philosophe de la vie, un philosophe "existentiel" (Onfray) à défaut d'être un philosophe existentialiste mondain.

 

Je vous invite à lire les articles de Denis et de Laure. J'ajouterai les liens demain soir.

 

Belle lecture et bon voyage philosophiques !

 

Heide

Tipasa.jpgTipasa

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 18:36

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Dans L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus - un essai passionnant que je présenterai plus longuement en juillet -, Michel Onfray cite un passage du dernier roman d'Albert Camus, Le Premier homme, publié à titre posthume et inachevé. Onfray y voit "un programme existentiel" - et non existentialiste, d'ailleurs.

 

"Essayer de vivre enfin ce que l'on pense en même temps que l'on tâche à penser correctement sa vie et son temps."

Albert Camus

 

En effet, comment ne pas considérer cette pensée "existentielle" de Camus comme une voie à suivre, un chemin de sagesse ?


 Ce programme philosophique profondément authentique et vivant, nous pourrons en saisir la richesse en lisant ou relisant Noces, comme nous y invite Michel Onfray, avec force et conviction. C'est "une oeuvre qu'on ne reprend jamais sans un tremblement de bonheur" sachant ce qui nous attend, en particulier "Noces à Tipasa", qui ouvre l'essai et constitue "un chef d'oeuvre en littérature philosophique." (Michel Onfray)  

Alors, je vais profiter des vacances pour me plonger dans le bain de jouvence de ces six pages en pléiade et je vous en reparlerai. Si d'ores et déjà vous voulez savoir comment "vivre selon Noces", lisons ensemble cette oeuvre de Camus (elle est très courte) et discutons-en ! Nous pourrons parler également de la vision hédoniste qui se dégage de l'analyse de Michel Onfray.

Avec la lecture de "Noces à Tipasa", il faut se préparer semble-t-il, à ce que notre existence soit bouleversée, à l'instar des Essais de Montaigne, des Pensées de Pascal et du Gai savoir de Nietzsche (oeuvres citées par Onfray, page 138 de l'édition de poche J'ai lu).

N'est-ce pas une très belle motivation ?


albert-camus-noces.jpg

 

Pour en savoir plus, voici le lien vers l'émission de France culture consacrée à Camus et à Noces (février 2013) : CLIC.

Présentation de France culture (émission Le Gai savoir) :
Noces est le plus beau texte de Camus, le plus léger, le plus dense, le plus chatoyant et le plus profond. Faut-il que cet homme ait du génie pour avoir commencé son oeuvre par un texte qui en est aussi le dernier mot ! Faut-il adorer la vie pour mêler à ce point la saveur et le savoir... Mais est-ce en nous le sage ou l’adolescent qui aime tant ces textes et leurs sanglots de soleil ? C’est indécidable, et quelle importance ?

 

Lecture d'un extrait de "Noces à Tipasa" :  

   


 

Bonne lecture et bon voyage philosophiques.

 

Heide

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 16:28

une-albert-camus.jpg

 

     Mer était l'un des dix mots préférés de Camus (voir ses Carnets, rédigés entre 1935 et 1959). A la fin de L'Eté, que je suis en train de lire avec bonheur, se trouve "La mer au plus près", journal de bord d'un voyage sur l'Océan. Plus qu'un journal, il s'agit d'une sorte de long poème en prose dans lequel transparaît l'amour que Camus portait à cet élément, la "grande mer", "[sa] religion avec la nuit", celle qui "nous libère et nous tient debout", celle qui "viendrait [le] soutenir au-dessus de [lui-même] et [l']aider à mourir sans haine".


L'Eté Camus

     L'ensemble du recueil L'Eté est de cette veine : ce sont des essais aux accents lyriques dans lesquels Camus dépeint son Algérie natale. Et comme nous sommes dimanche et que je consacre ce jour à la poésie, comme j'ai aimé passionnément lire "La mer au plus près", je ne résiste pas à l'envie de partager deux extraits, qui ont résonné très fort en moi :

 

"La lune s'est levée. Elle illumine d'abord faiblement la surface des eaux, elle monte encore, elle écrit sur l'eau souple. Au zénith enfin, elle éclaire tout un couloir de mer, riche fleuve de lait qui, avec le mouvement du navire, descend vers nous, inépuisablement, dans l'Océan obscur. Voici la nuit tiède, la nuit fraîche que j'appelais dans les lumières bruyantes, l'alcool, le tumulte du désir.

Nous naviguons sur des espaces si vastes qu'il nous semble que nous n'en viendrons jamais à bout. Soleil et lune montent et descendent alternativement, au même fil de lumière et de nuit. Journées en mer, toutes semblables comme le bonheur..."

 

"Au juste milieu de l'Atlantique, nous plions sous les vents sauvages qui soufflent  interminablement d'un pôle à l'autre. Chaque cri que nous poussons se perd, s'envole dans des espaces sans limites. Mais ce cri, porté jour après jour par les vents, abordera enfin à l'un des bouts aplatis de la terre et retentira longuement contre les parois glacées, jusqu'à ce qu'un homme, quelque part, perdu dans sa coquille de neige, l'entende et, content, veuille sourire."


Albert Camus, "La mer au plus près (Journal de bord)", 1953,

L'Eté, Gallimard, 1959

 

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Au large d'Etel (Photo : Justine)


A l'écoute, un morceau de Rachmaninov, l'une de mes pièces favorites : Rhapsodie sur un thème de Paganini, variation n°18.

 

Bonne lecture !

 

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 15:03

Toulouse capitole 2

La place du Capitole à Toulouse

 

On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve... Et c'était particulièrement vrai hier puisque nous avons improvisé en une heure, une sortie sur Toulouse (à 300 km de la maison, tout de même !) pour voir l'adaptation au théâtre, du roman La Chute de Camus. Le déplacement fut un moment très agréable, très joyeux ! Je n'en ferai pas le récit complet, mais on peut dire que la traversée de Toulouse au pas de course et l'arrivée sur les lieux furent rocambolesques ! Ce voyage est à marquer d'une pierre blanche pour le moment de complicité et de fous rire avec mes deux aînés.

 

Quelques mots sur Le Théâtre de poche ...


Théâtre de poche 4Alors, si vous avez l'occasion de réserver un spectacle dans cet endroit, surtout ne passez pas votre chemin quand vous arriverez sur les lieux... L'extérieur ne paye pas de mine : pas de grande enseigne lumineuse, ni d'affiche imposante annonçant l'événement. Non, juste un trépied en bois, sur lequel on a punaisé une minuscule affiche...

Il faut passer la première porte et là déjà, tout change : une dame très souriante nous accueille avec quelques mots aimables, ravie de voir que nous venons de si loin. "Vous ne serez pas déçus !", nous dit-elle. Effectivement, je ne le serai pas, mais la philosophie du texte et le jeu de l'acteur, Alain Daumer, qui campait à merveille le Jean-Baptiste Clamence de Camus, n'ont pas vraiment passionné mes enfants...


Le Théâtre de poche, c'est donc un lieu grand comme un mouchoir de poche : l'endroit compte 60 places assises dans un espace très convivial puisque même le bar est prévu pour servir le verre de l'amitié à la fin du spectacle.

Apparemment, de nombreuses expérimentations se tiennent dans ce théâtre, cher au coeur du comédien Alain Daumer et des organisateurs d'"Images en scène".

Théâtre en poche 1 

 

L'adaptation

 

C'était remarquable ! La performance d'Alain Daumer, avec sa voix rauque et ses allures de dandy, est époustouflante. Aucune erreur de diction, aucune hésitation dans la mémorisation de ce texte si compliqué à jouer à cause de sa dimension philosophique. Ce juge pénitent aurait sans doute fait le bonheur de Camus tant l'acteur fait passer d'idées dans son jeu toujours parfaitement juste.


Sur scène, une table ronde de bistrot sur laquelle sont posées une bouteille et une tasse, bien utiles pour qu'Alain Daumer puisse s'hydrater régulièrement (d'ailleurs, ce besoin de boire, l'acteur l'intègre tellement bien dans son jeu que le spectateur ne le distingue pas du besoin de s'alcooliser du personnage). Derrière la table, une simple chaise et un filet accroché au mur noir, figurant un bar de pêcheurs. Au mur, le portrait d'un homme et d'une femme noirs qui semblent se donner un baiser (c'est un passage important du roman qui est commenté dans la pièce). Quelques tableaux sont déposés çà et là.


Théâtre en poche 2Les jeux de lumière, peu nombreux, interviennent pour souligner une réflexion importante ou marquer l'évolution du personnage vers l'aveu de "sa culpabilité et de son impossible rédemption". Ce long monologue est bien la mise en scène (dans tous les sens du terme) d'une "confession publique", jusqu'au moment fatidique de l'aveu... L'intensité dramatique est alors à son comble... La confession, très théâtralisée, se fait dans une lumière bleutée, sur une gnossienne de Satie (je n'ai pas trouvé la bonne interprétation, mais c'est celle qui est à l'écoute).

 

C'est donc un spectacle exigeant car très littéraire et je pense que mes enfants sont restés "en marge" parce qu'ils n'avaient pas lu le roman et n'avaient pas une idée très précise de la philosophie camusienne. Et puis, la réflexion morale implicite apparaît surtout derrière les mimiques et le cynisme du personnage et il faut bien connaître le texte pour percevoir toutes les dimensions du jeu de l'acteur.

A mon avis, lire ou relire le roman est un préalable indispensable pour profiter pleinement de cette adaptation très fine et très fidèle au roman de Camus.

 

La presse en a parlé

alain-daumer.jpg

Alain Daumer interpète La Chute de Camus

 

C’est évidemment la chute ; la chute d’un égo ! Le personnage se croyait réalisé, en haut, il croyait être arrivé et il se découvre bas, tel qu’il est vraiment !
Ce « dialogue à une voix » implicite, parsemé de formules percutantes et d’anecdotes piquantes, est la dernière œuvre de fiction achevée par Albert CAMUS.
Un an après il recevra le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre.

PRESSE :

Un voyage au centre du moi, une plongée étouffante dans l’égoïsme, une lucidité féroce, une volonté d’évasion pétrifiée, un surplace tragique et infernal !
PHİLAGORA

Source : Théâtre de poche - Toulouse

 

D'autres dates sont prévues en France et notamment au festival d'Avignon cet été.

N'hésitez pas à prendre contact avec Théâtre en poche en suivant le lien !

 

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 23:39

      http://54.img.v4.skyrock.net/54e/moijelis/pics/1568262352_small.jpg C’est dans le cadre du challenge "j’aime les classiques" de Marie L. (un grand merci !! ) que j’ai lu cette pièce de théâtre publiée en 1950 et dont la première représentation date de 1949. Elle était dans ma PAL depuis très longtemps et cette excellente idée de challenge lui a fait gagner la première place, sans regret ! L’œuvre m’a accompagnée aux pieds des montagnes ariégeoises, pour mon plus grand plaisir.


       L’histoire


      Pour résumer cette pièce en cinq actes, autant se référer directement à son auteur : « en février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des Justes. » Albert Camus.

                                

       Mes impressions


       J'ai vraiment apprécié cette pièce qui donne tellement à réfléchir ! J'ai aimé suivre les destinées tragiques de personnages, unis comme des frères par le même engagement envers la Russie. Dévoués corps et âme,  ils tentent de libérer  leur peuple, opprimé par le despotisme, ce qui les rend ô combien attachants malgré leurs actes terribles.

     L''oeuvre est intéressante à plus d'un titre  mais, en particulier, parce qu'elle met en avant leurs contradictions :  en effet, si leurs motivations sont celles du sacrifice de leur individualité au nom de l’Organisation et pour une certaine idée de la liberté, les limites de chacun ne sont pas les mêmes. Par exemple, la cause de la révolution vaut-elle que des enfants – le neveu et la nièce du grand duc, en l’occurrence – soient assassinés sous les bombes ? Les positions divergent : en particulier, celle de Dora et de Yanek, dit aussi « le Poète » et celle de Stepan, endurci par trois années au bagne, d’où il s’est échappé. C’est d’ailleurs souvent dans les échanges virulents entre les deux hommes que le débat philosophique prend racine.

      D’autres personnages gravitent autour de ces trois protagonistes : Annenkov, le responsable ; Voinov qui évoque la difficulté de tuer de sang froid et renonce à lancer la bombe ; la grande duchesse et Skouratov, personnages qui joueront un rôle dans le renforcement de la figure tragiquement « héroïque » de Yanek.

       Et puis il y a l’amour entre Dora et Yanek, tragique lui aussi car il ne peut trouver sa pleine expression que dans l’action révolutionnaire. L’amour est-il possible au milieu de tant de violence ? L’amour pour le peuple, oui car il est la raison d’être de l’Organisation et la cause juste pour laquelle chacun consent au sacrifice suprême – et ce, malgré les doutes de Dora. Mais l’amour entre un homme et une femme suppose de la tendresse, cette capacité à « se laisser aller enfin » (Dora, page 85), de la légèreté et de l’insouciance. Or, comme le dit Dora, « il faut du temps pour aimer. Nous avons à peine le temps pour la justice. » (p.90) Pourtant, ces deux êtres s’aiment, « du même amour un peu fixe, dans la justice et les prisons ». Mais, simplement, « il y a une chaleur qui n’est pas pour [eux] » (p. 88)

       Le dénouement, que je ne révèlerai pas ici, donne la mesure de la force de l’engagement qui anime Yanek puis Dora.

 

      Florilège


      « Stepan - La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre » (p. 17)

      « Voinov - J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre » (p. 25)

      « Stepan – L’orgueil est un luxe réservé à ceux qui ont des calèches

Kaliayev (Yanek) – Non. Il est la dernière richesse du pauvre » (p. 65)

 

      « Skouratov – Une idée peut tuer un grand duc, mais elle arrive difficilement à tuer des enfants. […] Alors une question se pose : si l’idée n’arrive pas à tuer les enfants, mérite-t-elle qu’on tue un grand duc ? » (p.113)

 

      « La grande duchesse – Beaucoup de choses meurent avec un homme. » (p. 115)

 

      « Kaliayev, avec désespoir – Il y a quelque chose de plus abject encore que d’être un criminel, c’est  de forcer au crime celui qui n’est pas fait pour lui. Regardez-moi. Je vous jure que je n’étais pas fait pour tuer. » (p. 121)

 

Sur ce, je suis juste à l'heure pour le challenge de décembre 2009 et il est presque temps de vous souhaiter à tous une excellente année 2010 !

 

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A lire absolument ! Efflorescences IsmaëlBilly

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Mon rendez-vous philo

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Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

Anis ?

Coccinelle

Denis

Lee Rony

Sophie ?

Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

Challenge Marguerite Duras

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