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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:37

            Mais-le-fleuve-tuera-l-homme-blanc.jpg   Ce roman de Patrick Besson, était dans ma LAL depuis sa sortie, en 2009, chez Fayard et j'avais écouté, avec grand intérêt, Patrick Bunel en faire un vibrant éloge dans son émission La Grande librairie.

 

           L'histoire :

 

         Christophe, jeune cadre dans une compagnie pétrolière et passionné d'espionnage, entreprend de suivre Blandine de Kergalec, ancienne espionne au service de la DGSE. Cela se passe au Congo, à Brazzaville avec en toile de fond, comme une blessure lancinante, le génocide rwandais.


          Je vous livre la quatrième de couverture car, je vous l'avoue, il m'est difficile de résumer ce roman tant j'ai trouvé l'intrigue complexe :

"A bord de l'avion Paris-Brazzaville, Christophe, cadre dans une grande compagnie pétrolière, reconnaît une passagère : Blandine de Kergalec, officier de la DGSE, ayant quitté le service Action deux décennies plus tôt après un scandale. Passionné d'espionnage, Christophe la suit dans la capitale congolaise. Il surprend sa rencontre, dans un dancing au bord du fleuve, avec un militaire rwandais. Le jeune homme se trouve alors impliqué dans un réglement de comptes brutal, à multiples facettes. Par un jeu troublant de flash-backs et de points de vue alternés, l'auteur piège son lecteur dans un labyrinthe qu'il ne sera pas prêt d'oublier."

 

                Mes impressions :

 

              Autant le dire tout de suite, j'ai flanché à la page 349 (sur 484). Voilà ! Le règlement de comptes ? Je ne sais pas, il s'agit sans doute du dénouement car j'ai abandonné avant qu'il en soit vraiment question ...  Je me suis dit que ce n'était peut-être pas le bon moment, comme ça arrive parfois quand un roman ne correspond pas à votre humeur du moment ... Mais non, c'est plus qu'un rendez-vous manqué : l'intrigue, les personnages, tout a glissé sur moi sans me toucher. Effectivement, le roman foisonne de personnages et le même moment est abordé plusieurs fois sous des angles différents. Le lecteur prend connaissance des événements et l'action progresse en suivant cette alternance de points de vue. Alors, il est vrai que ce roman est prodigieusement bien structuré, c'est même peut-être "l'oeuvre la plus accomplie" de Patrick Besson, comme le dit son éditeur. Mais, pour moi, ce travail de construction est le défaut majeur du livre parce que cela complique considérablement la lecture et déshumanise les personnages, d'une certaine façon.  Sans compter que j'ai dû revenir en arrière plusieurs fois pour retrouver l'identité de certains, leur rôle dans l'action...  En tant que lectrice, je n'ai jamais vu en eux que des êtres de papier et , à aucun moment, ils n'ont pris l'épaisseur des figures "du romanesque intense" qui semblent se hisser hors du livre et s'asseoir à côté de vous sur le canapé.  

Un ou deux passages m'ont tout de même profondément touchée, notamment lorsqu'il est question du récit du génocide rwandais et du destin de Tessy, violée treize fois à treize ans et sauvée d'une mort certaine "grâce à la brillante idée qu'elle [a] eu de transporter sa mère décapitée dans une brouette" ...

Et puis, la réflexion autour de la situation géopolitique et du rôle de l'"Or noir", convoité par le monde occidental, est approfondie et éclairante pour qui s'y connaît un peu. En revanche, moi qui ne connais l'Afrique que par le prisme des journaux occidentaux, je n'y ai pas entendu grand chose ...


Suite au commentaire de Tatiana, je corrige mon erreur initiale : honte à moi qui ai confondu Patrick et Philippe (il est vrai que je n'avais jamais vu de photographie de Philippe Besson !) Je maintiens mon conseil de lecture pour En l'absence des hommes - un immense coup de coeur - ou Se résoudre aux adieux de Philippe Besson et je comprends mieux ma surprise finalement ... Si tu repasses par là, merci Tatiana !


            Un extrait :

 

"Le samedi 19 décembre 1998, ayant traversé Brazza du sud-ouest au nord-est pendant les rares moments où les Ninjas de Ntumi et les Cobras de Sassou ne se tiraient pas dessus, Tessy atteignit Moukondo. Elle poussait devant elle une brouette dans laquelle se trouvait le cadavre de sa mère, moins la tête. Les Ninjas et les Cobras encore vivants, aujourd'hui militaires réguliers ou employés d'administrations en sureffectifs, se souviennent de cette adolescente qui, lorsqu'on lui demandait quelque chose, se contentait de soulever la couverture qui recouvrait le corps incomplet de Scholastique Estio. Et de dire : "Mama na ngaï". Ma mère. Littéralement : la mère à moi. On la laissait passer. Tata-mwassi Elisabeth me décrivit alors Tessy telle qu'elle la vit ce jour-là : durcie par son malheur, on l'eût dit de pierre. Du sang avait séché sur ses cuisses. Ses cheveux trempés de sueur étaient aplatis sur son crâne. Sa robe était déchirée en plusieurs endroits. Elle était pieds nus." (page 53)

 

Et un très beau poème de Bigaro Diop, "best-seller des enterrements subsahariens francophones" (page 42) :

 

Souffles

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis,

ils sont dans le sein de la femme,

ils sont dans l'enfant qui vagit

et dans le tison qui s'enflamme.

Les morts ne sont pas sous la terre,

ils sont dans le feu qui s'éteint,

ils sont dans les herbes qui pleurent,

ils sont dans le rocher qui geint,

ils sont dans la forêt,

ils sont dans la demeure : les morts ne sont pas morts. [...]

 

                                      Bigaro Diop (cité dans Mais le fleuve tuera l'homme blanc)

 


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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 15:23

 

      http://storage.canalblog.com/49/60/161675/70503493.jpg      L'histoire  

 

        Le roman s'ouvre à Frankfurt sur "un terrible drame familial". Alors qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même, Kurt Krausmann embarque son désespoir et sa vie désormais en miettes sur le voilier de son ami Hans Makkenroth, direction les Comores où Hans a le projet d'"équiper un hôpital au profit d'une organisation caritative dont il [est] membre". Attaqués par des pirates au large de la Somalie, les deux hommes sont pris en otage. Commence alors pour eux une longue descente aux enfers, dans "un monde de soif et d'insolation "...


            Mes impressions


           L'Equation africaine est un roman entêtant, d'abord parce que, comme toujours, Yasmina Khadra est un virtuose lorsqu'il s'agit d'immerger son lecteur dans une situation de crise. J'ai noté un passage qui m'a fait penser immédiatement au chapitre 1 du Dernier jour d'un condamné de Victor Hugo, avec sa structure close, en forme de cercueil - "Quatre jours !" comme un écho à "Condamné à mort !"- Mais, singulièrement, l'écriture métaphorique de Yasmina Khadra confère une forme de douceur à ce récit d'un voyage ultraviolent, sans doute parce qu'elle sublime les émotions du narrateur.  Kurt subit un destin qu'il n'a pas choisi, à deux reprises, dans des mondes opposés qui évoluent en parallèle et dont les imbrications politiques sont réelles. ll en oublie sa vocation de médecin tant il est sous le choc des deux tragédies qu'il a subies malgré lui. Et nous avons le point de vue d'un homme meurtri, révolté jusqu'à l'inconscience - lorsqu'il brave ses geoliers ou lorsqu'il s'enfuit dans le désert, fort de sa détermination et de sa colère, marchant droit devant lui, sous un soleil de plomb qui finira par écraser son corps meurtri par les blessures et la dénutrition ... De ce fait, dans les deux premières parties du roman, les descriptions de l'Afrique sont particulièrement péjoratives : les mots, durs et secs comme le désert, dessinent l'incompréhension et la peur, nées d'une situation jugée parfaitement injuste et arbitraire. Kurt n'en saisit pas la logique et estime, à juste titre, que seul le hasard en commandera l'issue.

       Séparé de son ami Hans, qui sera l'objet d'une transaction, Kurt poursuit son périple avec un nouveau compagnon d'infortune, Bruno. Prisonnier depuis de longs mois, ce français qui se dit africain, contribuera à faire évoluer le point de vue du narrateur-médecin, notamment en ouvrant sa conscience à la réalité africaine où tous les hommes sont frères et où rien n'est plus sacré que la vie. Ainsi,  la sauvagerie des pirates n'efface pas l'Africain, "un être splendide" car "son coeur est son royaume". Le roman propose ainsi, à travers le parcours des deux hommes, mais aussi par l'ambivalence de personnages comme le pirate Joma Baba-Sy et son "disciple" Chaolo dit Black Moon, une analyse des différences fondamentales entre la culture africaine et la culture occidentale, tout en soulignant que ce sont sans doute nos excès qui entraînent le continent africain vers sa propre perte.


             Florilège


       "Ce qui me dérange, chez mes ravisseurs, ce n'est ni leur désinvolture décatie ni la clochardisation à laquelle les voue leur statut de horde sauvage ; il y a dans leur façon d'exister au jour le jour une absence de conscience manifeste qui rend leur dangerosité aussi naturelle que la morsure d'un serpent, et rien qu'à les sentir autour de moi, je me sens naître et mourir dans un purgatoire où il n'est pas nécessaire d'avoir fauté puisque le seul fait d'y échouer constitue un crime." (page 112)

        "Lorsque le soleil a disparu, l'obscurité se jette sur les ombres comme un prédateur sur sa proie, et une nuit sénescente, sans romance ni attraits, complètement usée par les âges, s'apprête à faire du désert son tombeau." (page 114)

        "Devant nous la file de rescapés se traîne comme elle peut, un balluchon sur la tête, un bébé sur le dos me livrant en vrac la hideur d'un monde dont je ne mesurais guère l'infamie et auquel, à aucun moment de ma vie, je ne m'étais préparé. Un monde où les dieux sans miséricorde n'ont plus de peau aux doigts à force de s'en laver les mains. Un monde sisyphin livré à la lâcheté des hommes et aux ravages des épidémies, avec ses supplices, ses escalades et ses guets-apens, et ses contingents de morts-vivants nomadisant à travers mille tourments, l'espoir crucifié sur le front et l'échine croulante sous le poids d'une malédiction qui ne décline ni ses codes ni son nom." (page 208)

       "C'est un être splendide, l'Africain. Qu'il soit assis sur le seuil de sa case, ou sous un caroubier, ou sur la berge d'une rivière infestée de crocodiles, il est d'abord en lui. Son coeur est son royaume. Personne au monde ne sait mieux que lui partager et pardonner. Si je devais mettre un visage sur la générosité, ce serait le visage d'un africain. Si je devais mettre un éclat sur la fraternité, il aurait celui d'un rire afriacain." (Bruno à Kurt, page 219)

Le site officiel de Yasmina Khadra.


Bonne lecture !
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 10:31

 

          J’ai lu ce roman, chaleureusement recommandé par ma libraire, durant un après-midi de sieste intensive (que je n’ai pas faite, du coup, tellement j’étais absorbée par ma lecture …) Je connaissais l’univers de Delphine de Vigan, pour avoir lu No et moi, magnifique roman sur la rencontre et l’adolescence. Je me précipiterai sur ses autres romans dés que j’en aurai le temps !


          L’histoire


         Je ne dirai pas grand-chose sur l’intrigue car, finalement, l’intérêt est ailleurs. Les histoires contées par Delphine de Vigan sont toujours très simples et très actuelles. Mais elles puisent toute leur force, toute leur puissance d’évocation, dans cette simplicité apparente.  

         C’est donc l’histoire de Mathilde et Thibault. Elle est cadre dans une entreprise. Il est médecin. Ils ne se connaissent pas, mais le cheminement douloureux de leur vie les pousse l’un vers l’autre, dans la ville « cette superposition de mouvements. Ce territoire infini d’intersections, où l’on ne se rencontre pas ».


          Mes impressions


          Décidément, j’adore ! Les thèmes développés et le style avec lequel Delphine de  Vigan les aborde, cette pudeur touchante qui se dégage des mots et qui frappe comme un coup de poing, cette virtuosité de la trame narrative, qui permet que toute la logique des événements se cristallise dans un dénouement attendu et inattendu à la fois, mais jamais décevant. Pour moi, Delphine de Vigan est une écrivaine majeure de ce début de XXIe siècle dont elle saisit, avec une écriture très pure, vraiment très belle, les dérives inquiétantes et la violence. Elle le fait avec d’autant plus d’émotion qu’elle s’inspire, semble-t-il, la plupart du temps, de sa propre vie. Cela donne des romans d’une force incroyable car, au-delà des situations, Delphine de Vigan évoque des sentiments universels : à chaque page, on se dit qu’on aurait pu dire, vivre, ressentir exactement la même chose que ses personnages …


         Florilège


         "Ou bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, posez votre sac, ne restez pas debout, c’est fini, vous n’irez plus, ce n’est plus possible, vous allez vous battre, je serai à vos côtés. Un homme ou une femme, après tout, peu importe. Quelqu’un qui comprendrait qu’elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l’essentiel." (4e de couverture)


         "Combien de fois a-t-elle pensé qu'on pouvait mourir de quelque chose qui ressemble à ce qu'elle vit, mourir de devoir survivre dix heures par jour en milieu hostile." (page 48)


         "Quel adulte devient-on d'avoir su si tôt que la vie peut basculer ? Quel genre de personne, armée de quoi, à quel point désarmée ?" (page 148)


          "La ville est un mensonge assourdissant" (page 181)

 

         "Il lui a semblé que cette femme et lui partageaient le même épuisement, une absence à soi-même qui projetaient le corps vers le sol." (page 299))

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 13:43
                                                                                    
       J'ai ressorti ce livre de ma bibliothèque après avoir écouté Daniel Auteuil évoquant l'adaptation qu'en a faite Zabou Breitman au cinéma. "Mamie lunettes" m'avait prêté ce court roman au moment de sa sortie, mais n'ayant pas réussi à lire Ensemble, c'est tout, malgré plusieurs tentatives, j'en avais finalement conclu que je ne serais jamais réceptive à l'univers d'Anna Gavalda. Et bien, pour tout vous dire, je n'avais pas tort ...



       L'histoire

       Chloé vient d'apprendre que son mari la quitte pour une autre femme, la laissant seule avec leurs deux filles. Bouleversée, elle accepte de suivre Pierre, son beau-père dont elle est très proche, dans la maison de campagne familiale. Le lendemain, après un diner en tête-à-tête, Pierre se livre à une longue et surprenante confession ...


       Mes impressions

       Le roman se lit très vite (217 pages aux éditions Le Dilettante) et sans la moindre difficulté car il est construit sur la base d'un long dialogue entre Pierre et Chloé, entrecoupé de moments avec les filles dont la narration est malheureusement trop vite expédiée. L'essentiel n'est pas là bien sûr, mais décrire la mère aurait été l'occasion de donner de la profondeur au personnage de Chloé et de la rendre plus attachante qu'elle ne l'est au final avec son agacement de femme trompée. Agacement partagé je dois dire, car la douleur de Chloé, je ne l'ai pas ressentie : la jeune femme ne dégage que mauvaise humeur et agressivité alors que ce qu'elle vit aurait dû me la rendre sympathique... C'était peut-être le souhait de l'auteure à qui il faut reconnaître le talent de brosser les portraits à merveille, sans le moindre recours à la description, mais j'ai trouvé Chloé insupportable, voilà tout !
Pierre, dont la personnalité est également très bien dessinée, ne relève pas vraiment l'ensemble avec son histoire assez banale et tellement prévisible !

Vous l'aurez compris, je me suis vraiment ennuyée à la lecture de ce roman... Il aurait fallu un style affirmé et de l'originalité dans le traitement du sujet pour susciter l'émotion, absente pour moi. Le choix du dialogue exclusif, embrouillé dés le début, n'était pas forcément une bonne idée, à mon sens.
Par contre, il n'est pas impossible que l'émotion, étouffée dans le roman, surgisse avec force, à l'écran, portée par le jeu des acteurs. Daniel Auteuil, avec sa sensibilité et ses silences suggestifs, est sans aucun doute parfait dans le rôle de Pierre. Ce roman, qui a plus le profil d'un scénario, pourrait retrouver une intensité par la mise en scène : si les silences justement trouvent une place au milieu des mots, on aura peut-être une idée de la douleur provoquée par ce drame intimiste qui se joue ou s'est joué...


       Florilège

       Le seul "épisode" qui véhicule, pour moi, une émotion vraie et qui m'a donc beaucoup touchée est celui où Pierre évoque la maladie de Françoise, son assistante. Dans ce flash-back, la description très réaliste des ravages physiques de la maladie et l'évocation des liens qu'elle peut créer font écho avec le mal-être de Pierre. Comme quoi, le roman pâtit de l'absence de ces descriptions où s'exprime mieux la créativité de l'auteure.

En voici deux extraits :

" Pourtant j'ai eu un choc en la revoyant. Ce n'était plus my fair lady, c'était un petit poulet jaune. Son cou, ses joues, ses mains, ses bras, tout avait disparu. Sa peau était jaune et un peu épaisse, ses yeux avaient doublé de taille et ce qui me choquait le plus, c'était sa perruque. Elle avait dû la mettre un peu vite et la raie n'était pas au milieu." (page 177-178)

" Tu sais pourquoi je chancelais ainsi ? Ce n'était pas à cause d'elle, ni de ses cathéters ou de sa souffrance, bien sûr que non. C'était ...
Il avait relevé la tête.
- C'était le désespoir. Oui, c'était le boomerang qui me revenait dans la figure ...

Silence." (page 181)

Pour finir, un lien intéressant à propos du film (que je n'ai pas encore vu) :
link


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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 17:51

                                                                                   En attendant les billets sur mes lectures en cours, voici un article sur un magnifique roman de Yasmina Khadra, un auteur dont j’aime particulièrement l’écriture. Grâce à ses talents de conteur, je m’évade à chaque fois, portée par l’empreinte de sa culture. Je ne dois pas être la seule, car Ce que le jour doit à la nuit a obtenu le prix Roman 2008 et a été élu « Meilleur livre de l’année 2008 » par le magazine LIRE. L’Attentat, roman passionnant dont je vous parlerai une prochaine fois, a également été récompensé par le Prix des Libraires 2006. D’ailleurs, pratiquement  tous ses romans ont été primés, en France ou à l’étranger, c’est dire à quel point Yasmina Khadra est aujourd’hui un écrivain majeur.


L’histoire

        Younes a dix ans au début de ce roman, qui a pour cadre l’Algérie coloniale, entre 1936 et 1962. Il en a quatre-vingts lorsque l’ histoire s’achève, à Aix-en -Provence. Le narrateur raconte son enfance et les événements marquants de sa vie alors qu’il est devenu un vieillard. Enfant, il vit à Jenane Jato avec ses parents et sa petite sœur Zahra. Jenane Jato est un quartier  pauvre d’Oran. La famille ruinée s’y est installée après le désastreux incendie qui a ravagé leurs terres, déjà hypothéquées par le père. Cette première partie à Jenane Jato est vraiment savoureuse car on y découvre, à travers le regard d’un petit garçon de dix ans, la vie quotidienne dans les années 30. Les dialogues sont souvent teintés d’humour et les personnages sont pittoresques et bien campés (le barbier, Jambe-de-bois, El Moro, Ouari …). Cette partie nous permet de comprendre pourquoi le père consent au sacrifice suprême – dont il ne se remettra d’ailleurs pas – en acceptant de confier son fils à son frère, pharmacien dans la ville européenne et marié à Germaine, afin de lui assurer un avenir. Younes est rebaptisé Jonas et, grâce à ses yeux bleus et à son joli minois, il s’intègre parfaitement bien dans la communauté pied-noir. Il se lie d’amitié avec quatre garçons de son âge, tous colons et les jeunes gens, inséparables, grandissent dans l’insouciance jusqu’à ce qu’éclate la Seconde guerre mondiale, que naissent les idées nationalistes et qu’ils fassent la connaissance d’Emilie …


Mes impressions

       Voilà la trame de ce roman, mais tant d’événements se produisent, tant de liens se font et se défont que le livre se lit avec passion et se referme avec nostalgie. J’ai été d’autant plus touchée par le destin de ces personnages que je suis moi-même issue d’une famille pied-noir. Au cours de ma lecture, je cherchais au détour d’une description ou des événements évoqués, l’atmosphère des histoires  que ma grand-mère me racontait petite. J’ai également trouvé très juste l’évolution du regard du narrateur en fonction de son âge et de sa conscience politique car Younes, élevé entre deux communautés, est sans cesse rappelé à cette réalité lorsqu’il doit faire des choix…

       Sur le site de l’éditeur, on peut lire cette analyse très juste de ce qui fait l’intérêt majeur du roman : « la grande originalité de cette saga qui se déroule de 1930 à nos jours repose sur une courageuse défense de cette culture franco-algérienne que l’Histoire a, de part et d’autre, trop souvent cherché à renier. » (Julliard).


Florilège

       Il y aurait beaucoup à dire encore sur ce merveilleux roman, mais je ne voudrais pas trop dévoiler les ressorts de l’intrigue, alors voici quelques morceaux choisis pour vous mettre en appétit !

       Tout d’abord, Yasmina Khadra nous régale de belles phrases à méditer :

« La vie est un train qui ne s’arrête à aucune gare. Ou on le prend en marche ou on le regarde passer sur le quai, et il n’est pire tragédie qu’une gare fantôme. » (385)


« A quatre-vingts ans, notre avenir est derrière. Devant, il n’y a que le passé. »(403)


« Le malheur est un cul-de-sac. Il mène droit dans le mur. Si tu veux t’en sortir, rebrousse chemin à reculons. De cette façon, tu croiras que c’est lui qui s’éloigne pendant que tu lui fais face. » (282)


       Il apporte un éclairage fort sur cette période historique tourmentée :

« L’Algérie algérienne naissait au forceps dans une crue de larmes et de sang ; l’Algérie française rendait l’âme dans de torrentielles saignées. Et toutes les deux, laminées par sept ans de guerre et d’horreur, bien qu’au bout du rouleau, trouvaient encore la force de s’entredéchirer comme jamais. »(359)


       Tout ceci avec une écriture d'une infinie poésie :

« Quant aux hommes - ces drames itinérants – ils se diluaient carrément dans leurs ombres. » (28)


« Elle n’était pas de chair et de sang ; elle était une éclaboussure de soleil. » (218)


Bonne lecture !

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 22:24
    

     Pour mon premier billet consacré à un coup de cœur, j’ai choisi de vous présenter Moka de Tatiana de Rosnay, un très beau roman, paru en poche début avril et que j’ai littéralement dévoré !


L’histoire
 
     Un mercredi après-midi, en rentrant de son cours de musique, Malcolm Wright, 13 ans, est renversé sur un passage piéton, par une Mercédès de couleur moka. Plongé dans le coma, son pronostic vital est engagé. Alors que les parents bouleversés doivent faire face - chacun avec ses armes - à un quotidien désormais chaotique et pesant, la police débordée peine à retrouver le chauffard. Justine, la maman de Malcom, promet alors à son fils inconscient de retrouver le coupable, à n’importe quel prix …


Mes impressions
 
      J’ai été captivée par l’histoire de cette famille franco-britannique, d’abord parce que, maman de trois enfants, je me suis sentie touchée par le sujet, ensuite grâce au talent de Tatiana de Rosnay qui évite intelligemment l’écueil du mélo et nous projette au cœur du drame avec une écriture à la fois fluide et dense. Le roman s’ouvre sur l’appel du SAMU. Justine, traductrice free-lance, est concentrée sur son travail lorsque sa vie bascule. Dés la première page, le lecteur est ainsi projeté au cœur de l’action comme Justine au cœur du drame. L’émotion est d’autant plus présente que c’est un drame banal, susceptible de toucher n’importe quelle famille et qui nous rappelle la fragilité de la vie face à un affreux concours de circonstances. Le processus d’identification opère donc sans délai et, par le choix judicieux d’une narration à la première personne, la voix maternelle, vibrante de sensibilité et de courage, accompagne le lecteur jusqu’au dénouement. Les réactions diverses des membres de la famille - Andrew, le père, Georgia, la petite sœur, les grands-parents maternels et paternels - n’échappent pas à l’acuité de son regard et nous sont présentées à travers le prisme de sa douleur et de sa colère. Dés lors, je n’ai pu refermer le livre avant de savoir.

       SAVOIR, l’obsession de Justine, devient donc celle du lecteur. Quel monstre a pu renverser un enfant sur un passage piéton, un mercredi après-midi, prendre la fuite et poursuivre paisiblement sa vie ? Devant l’inertie des services de police, Justine décide de prendre les choses en main. « Petit Poucet désespéré égaré sur un chemin de larmes » (p.112), elle choisit l’action pour ne pas sombrer dans le désespoir et le récit prend très vite la forme d’un roman policier, ce qui devrait séduire les amateurs du genre. La résolution de l’enquête nous réserve ainsi bien des surprises …

       Mais la force de ce roman, c’est aussi de proposer une analyse très fine de la différence avec laquelle hommes et femmes abordent les drames de la vie. Même s’il serait hasardeux de généraliser, je pense que les particularités de la psychologie masculine et de la psychologie féminine sont très bien cernées. Dans un roman poignant et criant de vérité, Tatiana de Rosnay rend un vibrant hommage aux mères, à leur courage, à leur force vitale presque animale tant elle est instinctive.


Extrait

       J’ai choisi un passage qui m’a particulièrement touchée, pour vous donner un avant-goût de la très belle lecture qui vous attend :

"Pourquoi personne ne vous prévient, le matin, d’une horreur pareille ? Pourquoi ne se doute-t-on de rien, tandis qu’on se lave sous la douche, qu’on fait bouillir l’eau pour le Earl Grey, qu’on ouvre son courrier, qu’on lit ses mails ? Pourquoi ne reçoit-on pas de signe, pourquoi ne ressent-on rien de particulier, alors que le ciel va vous tomber sur la tête, alors que le téléphone va sonner, et qu’on va vous annoncer le pire ? Pourquoi, quand un enfant sort de vous, après l’effort, la douleur, et qu’on vous le pose sur le ventre, encore chaud, mouillé, on ne pense qu’au bonheur, à la joie, on ne pense pas aux drames à venir, à ces moments qui transpercent une vie ? Pourquoi est-on si mal préparé ? Mais comment pourrait-il en être autrement ? Fallait-il se répéter chaque matin en se brossant les dents : c’est peut-être aujourd’hui, ou ce sera demain ? Fallait-il se blinder, se dire qu’à tout moment on peut perdre un enfant, un parent, un mari, une sœur, un frère, une amie ? Être prêt ? Prêt au pire ? Mais comment vivre, alors ? » (Moka, Le Livre de poche, pp. 31-32)"
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A lire absolument ! Efflorescences IsmaëlBilly

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Mon rendez-vous philo

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Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

Anis ?

Coccinelle

Denis

Lee Rony

Sophie ?

Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

Challenge Marguerite Duras

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