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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 21:15

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Augustin d'Hippone

vu par Sandro Botticelli, vers 1480.

 

Pour commencer, quelques mots sur Augustin d'Hippone, dit Saint-Augustin, ce grand penseur, qui a vécu entre 354 et 430. Il est né à Thagaste, l’actuelle Algérie. Sa mère l’élève à la fois dans la culture païenne et dans le christianisme. Ce n’est qu’en 386 qu’il se convertit définitivement à la foi chrétienne, consacrant sa vie à la méditation. Il mènera cependant une vie active d’évêque, de directeur de conscience et de polémiste. Son œuvre est immense, mais on a surtout retenu La Cité de Dieu et Les Confessions, une sorte d’autobiographie spirituelle. (Source : La Pratique de la philosophie de A à Z, Hatier)

 

Qu’est-ce que le temps ? Dans ses Confessions, Saint-Augustin en parle comme d’une énigme, mettant en doute la réalité même de la notion. Il tente de définir les trois temps - passé, présent, futur – mais s’empresse de constater que le premier n’est plus, que le second s’enfuit et que le troisième n’est pas encore. Pour lui, il s’agit donc d’un « abus de langage » et il serait plus juste de parler de « présent du passé » pour la mémoire, de « présent du présent » pour « la vision directe » et de « présent du futur » pour l’attente. (Les Confessions, Livre XI, chapitre XX)

Pour Saint-Augustin, le temps ne représente plus la seule mesure du mouvement des astres, contrairement à ce que défend la tradition philosophique. Ainsi, le temps n’est plus une donnée objective, il ne tient plus sa structure du cosmos, mais uniquement d’une disposition de l’âme. C’est elle qui définit les trois dimensions du temps : l’avenir correspond à l’attente inquiète de l’âme, le passé est effort de l’âme pour se souvenir. Le présent en tire une stabilité toute relative. Le temps est donc une notion humaine, définie uniquement par l’activité de l’esprit.

 

Voici un extrait très éclairant des Confessions, à mettre en relation avec les Pensées de Pascal et les très belles Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau :

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Si quelqu’un pose la question et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus.

Toutefois, j’affirme avec force ceci : si rien ne passait, il n’y aurait pas de passé ; si rien n’advenait, il n’y aurait pas de futur ; si rien n’était, il n’y aurait pas de présent. Mais ces deux temps – le passé et le futur -, comment peut-on dire qu’ils « sont » puisque le passé n’est plus, et que le futur n’est pas encore ? Quant au présent, s’il restait toujours présent sans se transformer en passé, il cesserait d’être « temps » pour être « éternité ». Si donc le présent, pour être « temps », doit se transformer en passé, comment pouvons-nous dire qu’il « est », puisque son unique raison d’être, c’est de ne plus être – si bien que, en fait, nous ne pouvons parler de l’être du temps que parce qu’il s’achemine vers le non-être ? »

Augustin, Les Confessions, Livre XI, chapitre 14

Augustin_Confessions.jpg

 

Les interrogations de Saint-Augustin sur le temps donnent matière à réflexion. Sa logique est implacable : incontestablement, définir les modalités du temps, - que l’on reconnaît bien pourtant - est presque une gageure. Sans parler de nos difficultés à nous inscrire dans un moment aussi fugace que le présent ! Existe-t-il d’ailleurs ?

On retrouve l’écho de ces questions fondamentales chez Pascal, grand lecteur des Essais de Montaigne. Pascal interprète notre tendance à nous projeter dans le passé et dans l’avenir comme le signe d’une profonde angoisse : car si nous valorisons tant le passé qui n’est plus et l’avenir qui n’existe pas encore, c’est pour supporter un présent douloureux, le seul temps dont nous disposons vraiment et que nous cherchons pourtant à fuir.

 

«  Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » (Pascal, 1670)


Plus tard, dans ses Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau montre que la rêverie est un exemple de l’expression de la plénitude, de l’existence pure du moment présent par laquelle nous sommes pleinement là, puisant le bonheur en nous-mêmes :  

« Mais s’il est un état où l’âme trouve une assiette assez solide pour s’y reposer tout entière et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d’enjamber sur l’avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation  ni de jouissance, de plaisir ni de peine, dé désir ni de crainte que celui de notre seule existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entière ; tant que cet état dure, celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux […] »

Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire, 1776-1778

 

Les billets de Coccinelle, Denis, Lee Rony.


Un peu plus tard, Anis de Litterama nous proposera un très beau sujet sur "Virginia Woolf et le temps".

 

Belles lectures et bon voyage philosophiques !

 

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 00:01

Jankele-Berlowi-Quelque-Part-Dans-L-inacheve-Livre-94084983.jpg

Vladimir Jankélévitch,

Béatrice Berlowitz,

Quelque part dans l'inachevé,

NRF, Gallimard, 1978 (Entretiens, 265 pages)

 

Ce rendez-vous thématique des Lundis philo ne sera pas le dernier de ce mois de septembre ! Voici une première présentation de l’œuvre du philosophe Vladimir Jankélévitch, que je vais lire pendant quelques jours encore tant il me passionne. D’autres articles viendront donc compléter celui-ci chaque lundi.

 

Quelque part dans l’inachevé  qui fait l’objet de notre lecture commune est un long entretien mené par Béatrice Berlowitz dans lequel Jankélévitch présente les grandes caractéristiques de son œuvre, mais aussi ce qui le révolte – l’antisémitisme de gauche, par exemple. J’ai lu la moitié de l’ouvrage et c’est vraiment une lecture passionnante ! Jankélévitch analyse la précarité de l’existence sans négativisme et sa pensée me touche profondément tant elle est lumineuse. Sa sincérité et la simplicité avec laquelle il développe ses idées, évidemment d’une grande érudition, ont fait de lui un professeur très admiré, soucieux d’être compris par les « profanes, employés, étudiants désintéressés, […] les vrais défenseurs de la philosophie. » (104)

jankelevitch_dates.jpg

 

Vladimir Jankélévitch est né en 1903 à Bourges, de parents russes.  Il est mort en 1985. Formé à l’Ecole Normale supérieure, il devient professeur de philosophie morale à la Sorbonne après la Seconde guerre mondiale durant laquelle il s’est engagé dans la Résistance.

Jankélévitch est un « philosophe-poète » fascinant. Il développe ses idées en s’appuyant sur des images, mais aussi sur ce que provoque en chacun de nous la musique, qui touche à l’universalité. « Seules la musique et la poésie peuvent se permettre  de ne pas enseigner… » Car l’émotion, les sensations que nous ressentons parlent alors mieux que les mots dont la puissance est toute relative. Au début de ces entretiens, il est longuement question du temps et de la temporalité, de la difficulté de le cerner sans en faire un espace « localisable » alors qu’il est aussi fugace que le « Vent dans la plaine, dont la chanson immémoriale n’a jamais commencé, dont la chanson perpétuelle jamais ne finira. » (99)

Jankélévitch écrit aussi que « tout esprit libre est un peu poète : car le poète lui aussi lutte contre les stéréotypes et les images mortes du langage pour en raviver la splendeur. » (109) Dans le chapitre « La philosophie étranglée », il rappelle que « la nécessité de lutter pour la philosophie est presque aussi vitale que le combat de naguère pour la liberté. » Philosopher nous conduit à ne pas être dupe de tout ce que nous tenons pour vérité incontestable : par exemple, « nous sommes à la remorque du langage alors que nous croyons le conduire », car à notre insu, tous nos discours sont dictés par notre inconscient. J'ai lu quelque part qu'il était "attentif aux mille nuances de la vie psychique." C'est exactement cela !

Et puis, Jankélévitch a une façon bien particulière de présenter les concepts-clés de sa pensée : le je-ne-sais-quoi et le presque-rien ; la conscience-de-mourir ; le  tout-ou-rien  de l’existence...

Le je-ne-sais-quoi peut être appliqué à la moralité, dont l’essence si fragile intéresse beaucoup le philosophe : la fugace intention morale risque à tout moment de sombrer dans la déchéance qu’elle combat. Jankélévitch analyse comme cela toutes les contradictions inhérentes à la vie humaine : par exemple, la conscience que nous avons des choses fait  toute notre grandeur, mais peut aussi nous rendre superficiels : dès que nous nous regardons en train d’agir, nous perdons notre authenticité et notre innocence - Qu’est-ce d’ailleurs que l’innocence et à quelle condition se déploie-t-elle ?

Seul l’amour est inestimable car il donne une valeur à tout ce qui est. Le presque-rien n’est pas dénué de valeur, puisqu’on le retrouve dans la musique, qui est « plénitude exaltante de l’être », donc essentielle, mais en même temps elle est une image de ce qu’il y a d’irrévocable et d’éphémère dans la vie humaine...

 

J’ai également beaucoup aimé le passage où il oppose mémoire et réminiscence. La réminiscence a « [une] sonorité poétique et nostalgique » pour Jankélévitch. Au contraire, la mémoire est absence de légèreté. Elle est décrite comme « un coffre-fort » ou l’on enferme les souvenirs comme des biens capitalisables. « La mémoire ainsi entendue est le lieu des pensées lourdes, alors que la réminiscence est une apparition fugitive dans le ciel du présent. » Et cette apparition est comme une « brèche » dans l’espace-temps, une brèche précieuse, qui nous saisit en plein vol et nous laisse sans voix, bouleversés. Qui n’a jamais été comme happé de l’intérieur, saisi jusqu’aux larmes par un parfum, une mélodie ? « Une simple bouffée, une effluve olfactive suffisent à ranimer, et parfois de manière presque hallucinatoire, tel ou tel âge de notre vie dans sa vérité vécue. Une mélancolie pénétrante poétise alors notre présent. […] C’est le vague à l’âme ! » Mais ce vague à l'âme est précieux. La fameuse madeleine de Proust…   

 

Quelques œuvres de Jankélévitch (liste non exhaustive) :

La Mauvaise Conscience, 1933

L’Ironie ou la bonne Conscience, 1936

Traité de vertus, 1949

Debussy et le mystère de l’instant, 1950

Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957

Le Pur et l’impur, 1960

La Mort, 1966

L’Imprescriptible, 1970

 

Si pour cause de rentrée scolaire je n’avais pas le temps lundi soir d’indiquer les liens vers vos articles et de venir vous lire, je le ferai mardi soir sans faute. Quant à mon article d'août sur le temps, je le publie dès que j'ai une heure pour le mettre en page sur le blog. Plus le temps ce soir (cette nuit), décidément ! Mais on n'est plus à un jour près !


Les billets d’Alexandra, Coccinelle, Denis, Lee Rony (d’autres ?)

 

Belles lectures et bons voyages philosophiques !

 

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 23:06

Onfray L'ordrelibertaire

Edition de poche : J'ai Lu (799 pages)

 

 

L’essai de Michel Onfray s’ouvre sur une citation de Nietzsche que Camus a beaucoup lu dans sa jeunesse :  

« J’estime un philosophe dans la mesure où il peut donner un exemple. »

(Considérations intempestives, III, 3)

 

Voilà qui permet d’introduire le grand projet de Michel Onfray dans ce livre : « mettre fin à la légende créée par Sartre, celle d’un Camus « philosophe pour classes terminales », d’un homme de gauche tiède, d’un penseur des petits Blancs pendant la guerre d’Algérie » (Quatrième de couverture) De ce point de vue, l’objectif est atteint : « Camus sait qu’on ne connaît pas le monde, mais qu’on l’expérimente », nous dit l’auteur et il le démontre avec cœur dans cet essai-fleuve. Mais à vrai dire, je n’avais guère besoin d’être convaincue. Michel Onfray en fait un peu trop sans doute.


L'ouvrage comporte deux grandes parties :

I. Le royaume méditerranéen.

II. L'exil européen.


A partir de la deuxième partie surtout, il y a un peu trop de politique, un peu trop d’histoire de la philosophie, un peu trop de tout en fait. On en apprend beaucoup sur Proudhon, par exemple et sur quantité d’autres penseurs, écrivains ou hommes politiques mais au final, j'ai regretté qu'il n'y ait pas de mise en lumière des écrits de Camus seulement : sa pensée limpide, ses écrits contestataires ou poétiques se suffisent à eux-mêmes. Les pages les plus intéressantes de l’essai sont celles que Michel Onfray consacre à l’enfance, puis au théâtre, espace de militantisme et de fraternité, "le plus haut et le plus universel des genres" selon Camus. Concernant l’enfance, Onfray explique dans quelle mesure « Albert n’était pas sociologiquement préparé pour devenir Camus. » (56) Camus n'a jamais oublié d'où il venait et c'est au peuple qu'il s'adresse dans ses oeuvres, non à l'élite des cercles parisiens. C'est pour les gens de peu qu'il a voulu avec ferveur une démocratisation de la culture, car il savait à quel point le savoir est l'instrument d'émancipation par excellence.


L’analyse de Caligula est également passionnante : cette pièce, publiée en mai 1944, est le premier texte libertaire de Camus. On trouvera également une réflexion très riche sur le roman La Peste, publié en juin 1947, son deuxième texte libertaire. Michel Onfray explique que le portrait du tyran Caligula doit être lu en relation avec ce roman qui fonctionne comme une allégorie de tous les totalitarismes. « La Peste est le roman de ceux qui ne s’empêchent pas – autrement dit le roman de ceux qui ne sont pas des hommes parce qu’ils tuent d’autres hommes – des hommes compagnons des rats, sinon des rats eux-mêmes. » (M. Onfray, page 318) Camus montre par la fiction les conséquences du mal qu’entrevoyait déjà son père, mort au combat lors du premier conflit mondial, en affirmant  

« un homme, ça s’empêche ».

Personnellement, je trouve cette phrase extrêmement parlante et juste, bien plus que tout ce délayage politico-philosophique qui ressemble à un égarement et qui finit par lasser, notamment lorsque Michel Onfray expose sa théorie sur l’opposition entre la philosophie apollinienne, bourgeoise de Sartre - diabolisé à l’extrême d’ailleurs – et la philosophie dionysienne de Nietzsche et de Camus. Derrière la sentence du père, se mêlent la négativité de l’homme et sa part de lumière. Rien n’est définitif et la pensée de Camus lui-même n’est pas manichéenne. Sa philosophie consiste à dire oui au pôle positif et non au pôle négatif, un combat à l’œuvre dans chaque homme.


L’entreprise de Michel Onfray, qui retrace le parcours de Camus en tant qu’  « intellectuel de la gauche libertaire », est louable et l’érudition de son analyse force le respect. La première partie est vraiment passionnante, mais très vite, l’impression de redondance est trop forte pour que le plaisir de la lecture soit complet. Le livre a fini par me tomber des mains et je dois avouer que je n’ai pas lu les 200 dernières pages (sur 729 tout de même !) J’espère ne rien avoir manqué d’incontournable ! Finalement, je me dis que l’essentiel est de lire et relire Camus : L’Etranger, La Peste, Caligula, Les Justes… des œuvres littéraires et philosophiques majeures, plus éclairantes que les théories et les concepts, comme le souligne à juste titre M. Onfray.


Merci à tous d’avoir participé à ce rendez-vous mensuel malgré ma « désertion ». Vos messages chaleureux m’ont beaucoup touchée… Merci encore !


Voici les liens vers les contributions de Coccinelle (alias Catherine), Denis, Lee Rony.

Rendez-vous le lundi 5 août sur la thématique du temps.

En septembre, nous parlerons de Jankélévitch.

En octobre, je vous propose de découvrir Jung et ses fameux archétypes - L'Âme et la vie par exemple - ou de lire Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estès, qui propose aux femmes d'apprendre à vivre en harmonie avec leur nature profonde, à partir d'une analyse de contes traditionnels. Psychothérapeute américaine, "elle a été directrice de l'Institut C.G. Jung de Denver, et est à l'origine de la création du concept de femme sauvage, un des archétypes féminins." (Source : Wikipedia)

En novembre, pour fêter l’anniversaire des lundis philo, à vous de choisir votre thème !


En attendant, bonnes lectures et bons voyages philosophiques !

 

Heide

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 19:11

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Les « Lundis philo », un mardi ? C’est peu conventionnel, mais cela ne manque pas d’originalité !  Je suis désolée d’avoir manqué notre rendez-vous mensuel, mais je me rattrape aujourd’hui avec quelques réflexions sur le voyage, à partir des Essais, écrits entre 1572 et 1592, par Michel de Montaigne (1533-1592). 


Montaigne-Dumonstier.jpg

Portrait dit "de Chantilly" (auteur anonyme)

 

Ce grand penseur de la Renaissance, moraliste et philosophe, a vécu non loin de chez moi, à Saint-Michel-de-Montaigne, en Dordogne. Il fut aussi maire de Bordeaux. Le château familial a entièrement brûlé, mais il est possible de visiter encore la tour dans laquelle se trouvait sa bibliothèque, un refuge où il rédigea ses Essais. C’est un  endroit « mythique » à visiter à l’occasion d’un voyage dans notre belle région !

Tour_Montaigne.jpg

Château de Montaigne,

Saint-Michel-de-Montaigne (24)

 

Montaigne a beaucoup voyagé et il l’a fait pour des raisons variées : pour se soigner – il souffrait de la gravelle (coliques néphrétiques) -,  mais aussi pour le plaisir d’aller à la rencontre de l’inconnu. Outre le Journal de voyage, une collection de notes sur sa traversée de la Suisse, de l’Allemagne et de l’Italie, qui n’était pas destinée à la publication, on lira avec intérêt le chapitre des Essais intitulé « De la vanité »  consacré à ses voyages, aux us et coutumes des pays traversés. Il s’agit à la fois d’un éloge de la diversité et d’une satire d’un profil particulier de voyageurs « enivrés de cette sotte humeur de s’effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. » Montaigne explique ensuite que ces voyageurs répugnent à se mêler à ceux qui leur sont étrangers  et dont les mœurs sont jugées « barbares », au sens où l’entendaient les Romains.

 

Comment ne pas retrouver dans la critique de Montaigne l’image des habitudes touristiques d’aujourd’hui ? Quand nous voyageons dans des pays dont la culture est très différente de la nôtre, au lieu de nous regrouper dans des complexes hôteliers – ce qui nous rassure sans doute –, peut-être pourrions-nous lorsque la situation géopolitique le permet, séjourner au cœur même des contrées inconnues que nous visitons, au contact de la population locale le plus souvent extrêmement accueillante.

 

« Faire des voyages me semble un exercice profitable. L’esprit y a une activité continuelle pour remarquer les choses inconnues et nouvelles, et je ne connais pas de meilleure école pour former la vie que de mettre sans cesse devant nos yeux la diversité de tant d’autres vies, opinions et usages. » (Essais, III, 9)


Dès le livre I, dans le chapitre intitulé « De l’institution des enfants » (chapitre XXVI), Montaigne loue la valeur éducative des voyages, qui nous permettent de « limer et frotter nostre cervelle contre celle d’autrui. »  Ainsi, les voyages forment la jeunesse, comme le dit l’adage – qui n’est pas de Montaigne quoiqu’on le lui attribue souvent -, mais à condition de se laisser traverser et d’avoir aussi un peu l’âme d’un aventurier.

 

Cependant, toujours dans ses Essais, Montaigne avoue une chose surprenante, qui le concerne plus directement et qui donne matière à réflexion :


« Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche. »


Ainsi les motivations qui poussent au départ pourraient être moins positives qu’il n’y paraît si le voyage répond à un besoin de fuir, de s’absenter de ce qui nous déplaît dans notre vie pour embrasser une vie plus vaste, plus colorée, plus excitante. Par le dépaysement, par la richesse des expériences sensorielles, des rencontres qu’il procure, le voyage serait une sorte d’exutoire. Il n’est pas nécessaire d’avoir parfaitement conscience de ce que nous espérons trouver ailleurs pour que s’opère ce mouvement vers un possible autre. Dans tous les cas, Montaigne fait l’éloge de l’ouverture, de la curiosité, mais sa remarque présuppose aussi qu’il est difficile de trouver un lieu où poser ses bagages quand dans sa vie, on ne se sent pas tout à fait à sa place.

 

Par l’ouverture qu’il génère, le voyage est un formidable élan vers la découverte de notre identité profonde, que nous apprenons à mieux connaître. Voyager implique nécessairement l’idée de retour : retour vers ce qu’on a fui si l’on a fui, retour à la maison après de belles vacances, retour au pays natal, retour sur soi… Oui, l’ailleurs peut être aussi un retour aux sources et l’étranger, un lien vers soi-même. Quand je suis allée au Maroc, j’ai senti que le désert faisait partie de mon paysage intérieur, qu’il en faisait déjà partie avant même de le contempler pour la première fois. Ses couleurs et sa lumière ont brillé dans les yeux de mes ancêtres et je l’ai reçu en héritage. J’aurais pu ne jamais le savoir. Au retour, j’ai ressenti le besoin d’explorer ces sensations nouvelles en moi et c’est inépuisable.


Enfin, il est toujours possible de voyager sans quitter sa chambre avec un bon livre par exemple, mais le rêve est encore meilleur, la contemplation plus épanouissante, l’identification plus forte lorsque l’on y retrouve l’écho bruissant et chatoyant de nos souvenirs.

 

Voici les liens vers les billets d'Anis, Catherine, Denis, Lee Rony, Sophie.

 

Rendez-vous le mois prochain, lundi 1er juillet, autour du philosophe Albert Camus.

Une lecture commune de l'essai de Michel Onfray, L'Ordre libertaire. La vie philosophique d'Albert Camus est proposée, si vous le souhaitez.

 

Bon voyage philosophique !

 

Heide

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 19:30

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« Une seule certitude suffit à celui qui cherche. »

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe

 

Cet aphorisme de Camus m’inspire deux réflexions : notre destin s’inscrit dans le cheminement discontinu et douloureux d’une quête, qui ne cessera qu’à notre mort. Celle du bonheur en est l’élément essentiel même si les moyens pour y parvenir peuvent nous paraître, à torts ou à raison, inadaptés voire obscurs.


Chercher est alors la seule réponse possible à l’angoisse et, si nous ne cherchons pas tous la même chose au même moment, nous engageons toujours toute notre personne dans la recherche de certitudes. Que sont-elles ?


Pour moi, la certitude, cette certitude unique dont parle Camus, loin de renvoyer à une vérité universelle – vaine utopie aux contours illusoires – serait comparable à l’apparition soudaine d’un halo lumineux au fond de la nuit noire. Une lueur diffuse dont les nuances et la puissance varient pour chacun, mais qui renvoie pour tous à la disparition momentanée du doute, une invitation à s’arrêter un moment, attentif et le cœur plus léger. Et dans ce moment suspendu, rien n’est plus nécessaire que de laisser couler en soi l’onde précieuse et réconfortante, cette source d’eau vive, cet apaisement que confère le bonheur d’avoir peut-être trouvé.

 

Bon voyage philosophique et bonne semaine !

 

Heide

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 22:01

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Madame du Châtelet, Discours sur le bonheur

Rivages poche / Petite Bibliothèque Payot, 1997

(75 pages, avec la préface d'Elisabeth Badinter)

 

Tout d'abord, je suis ravie d'avoir pu convaincre Anis de participer à ces Lundis philo et je suis doublement ravie d'avoir découvert cette semaine, sur son idée, le Discours sur le bonheur de Madame du Châtelet, un essai qui devrait être lu dans les lycées notamment, tant il est riche d'enseignements et source de réflexion. De plus, en publiant ce petit traité (44 pages), l’éditeur a répondu à l’un des désirs les plus forts de Mme du Châtelet : passer à la postérité, « faire parler de soi quand on ne sera plus ».

 

A une époque où l’éducation intellectuelle des filles est loin d’être la priorité, Mme du Châtelet incite à se laisser aller au plaisir de l’étude, « une ressource sûre contre les malheurs et une source de plaisirs inépuisable. » (16) Scientifique passionnée, elle fut aussi une femme libre partageant avec Voltaire une passion intense entre 1735 et 1740. Après cette date, Voltaire s’éloigne, mais Emilie lui aura transmis son goût pour les mathématiques et la physique, et avec lui, elle aura vulgarisé les thèses novatrices de Newton. Emilie a traduit les œuvres du physicien anglais – notamment les Principia, « dont le latin rendait l’accès au public difficile » (Badinter) -  tandis que Voltaire publiait un traité sur le sujet (Eléments sur la physique de Newton).

Ainsi, Emilie du Châtelet est reconnue par le monde scientifique de son époque. Dans sa préface, Elisabeth Badinter explique qu’elle fut la représentante officielle de Leibniz en France après la publication des Institutions de physique, en 1740. Elle fut pourtant souvent vilipendée par les mauvaises langues, des hommes offusqués qu’une femme ait l’audace de "se mêler de sciences" ; mais aussi de façon plus surprenante, des femmes qui critiquaient sa laideur et son affreux caractère, par jalousie peut-être.

220px-Le_Tonnelier_de_Breteuil-_Emilie.jpgMarianne Loir (1715-1769),

Portrait de Emilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet


Dans le Discours sur le bonheur, rédigé entre 1746 et 1747 et publié pour la première fois à titre posthume en 1779, Mme du Châtelet développe, sans aucun dogmatisme, sa conception épicurienne de la vie. Son projet est très généreux : le sens de sa démarche est de nous faire gagner du temps pour que nous n’ayons pas à attendre, pour être heureux, d’être nous-mêmes à l’âge où l’on tire des leçons de la vie.

Forte de son expérience de femme d’âge mûr, elle nous donne quelques conseils simples, d’un bon sens pratique très féminin et souvent amusant de surcroît – je pense au développement sur la gourmandise, que j’ai trouvé vraiment très drôle et si juste. Je pense aussi à son analyse des idées de Montaigne sur la mort, cette sorte d’accoutumance à l’idée, de préparation à sa propre fin, qu’elle ne partage pas du tout.

Pour elle, « nous n’avons rien à faire dans ce monde qu’à nous y procurer des sensations et des sentiments agréables » (33), mais toujours avec l’idée de rechercher un équilibre harmonieux entre nos désirs et l’effet qu’ils auront sur nous, ceci afin d’en tirer le meilleur parti possible.

 

Pas de recettes miracles mais pour être heureux, il faudrait :

- « se contenter de son état » et chercher à progresser, à l’améliorer plutôt que de vouloir à tout prix en changer. Mieux vaut une progression mesurée qu’une révolution en somme.

- prendre soin de sa santé : c’est là qu’elle développe une argumentation pétillante pour obtenir « une jouissance plus délicieuse de la gourmandise »(37 – 38)

- agir en accord avec soi-même et ne pas tromper « l’œil vigilant de sa propre conscience. » (44)

- être vertueux bien sûr.

- savoir s’émerveiller en se prêtant à l’illusion, mais se garder des préjugés, ce qui est constant dans l’esprit des Lumières, en particulier en ce qui concerne la religion, à l’égard de laquelle on doit faire preuve d’esprit critique.

 

D'autres idées sont développées et il faut lire Madame du Châtelet surtout. Pour finir, ce que je retiendrais tout particulièrement est un conseil des plus précieux : « être bien décidé à ce qu’on veut faire et à ce qu’on veut être […] » afin d’éviter de "[nager] perpétuellement dans une mer d’incertitudes » et de "[détruire] le matin ce qu’on a fait le soir […] » Et puis aussi « s’épargner les petits malheurs de détail. » (49)

 

Finalement, alors qu’elle prônait la mesure en toutes choses, Emilie a succombé à la démesure en aimant à la folie un homme plus jeune qu’elle, Saint-Lambert : enceinte à un âge déjà avancé, elle est morte des suites de son accouchement, à 43 ans, en 1749.


C’est aussi cette « entorse », dans la vie d'une femme libre, capable de démesure, qui confère à ces Discours sur le bonheur toute leur modernité.

 

Pour lire l'avis passionnant d'Anis sur Litterama : CLIC.

 

Belle lecture et bon voyage philosophiques !

 

Heide

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 16:52

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CatherineClement_MatinHannah.jpg

(302 pages dans cette édition)

Existe en Livre de poche

 

Martin et Hannah est l’histoire réelle de trois personnages complexes dont les destins furent étroitement imbriqués et emportés dans le mouvement tragique de l’histoire, de la montée du nazisme aux procès des grands criminels nazis, à Nuremberg et en Israël, après la guerre.

Pour écrire son roman, Catherine Clément explique qu’elle s’est inspirée d’Elisabeth Young-Bruehl, biographe d’Hannah Arendt, qui écrivait ceci à propos de la dernière rencontre entre Hannah et Martin :

« Malgré le fiasco de sa visite à Martin Heidegger en 1974, Arendt décida de se rendre à Fribourg avant de gagner Tegna. Il était malade et du coup, Elfride Heidegger, fort préoccupée par son mari, reçut Hannah Arendt cordialement et une trêve intervint entre les deux femmes, une réconciliation. » (Propos cité par C. Clément, dans ses « Précisions », en appendice du roman, p. 307)

 

 Le roman débute donc le 15 août 1975. Hannah a  69 ans et Martin bien davantage. Lorsqu’« Elfride Heidegger l’Allemande, la légitime » (10) autorise Hannah à se rendre seule auprès de Martin, très souffrant, les deux anciens amants ne se sont pas revus depuis un an. Quant à un tête-à-tête entre eux, cela n’est pas arrivé depuis 25 ans ! Elfride s’y est farouchement opposée. La raison de Martin l’abandonne, mais Hannah refuse de le laisser s’enfoncer dans un mutisme sénile sans lui avoir dit une dernière fois son amour, un amour qui n’a jamais cessé « depuis 1924 à Marbourg » (14) malgré la dérive du philosophe vers le nazisme. « Un mot naquit en elle. Escapade. Martin avait fait une escapade dans le nazisme. Voilà. Elle l’aimait encore. » (80)

Comment ne pas se demander comment Hannah a pu lui pardonner cette grave « escapade » ? Car même lors de leurs retrouvailles en 1950, alors qu’elle croit voir du repentir derrière la détresse, Hannah prend conscience avec amertume de l’aveuglement de son amant : « la tragédie de Martin, c’était leur rupture. Sa lâcheté dans l’amour, son silence. Le rôle d’Hannah dans la tragédie de Martin se limitait à celui d’une mortelle abandonnée par son Dieu. » (80)

Il y aurait tant à dire encore sur l’amour de Martin et Hannah. Qu’elle était « la patrie perdue. […] la mer, l’Orient de l’aube et Martin, l’Occident du coucher, le contact entre le soleil et l’être. » (80) Que « Martin n’est pas un homme qu’on peut attendre sans souffrir » car «  Il est là. Ou pas là. Il surgit. » Comme « […] un train en partance avec Hannah en passagère, destination nulle part. » (133)  Mais là n'est pas l'essentiel et l'intérêt du roman est tout autre.

 

Grâce aux dialogues rythmés entre Elfride et Hannah, dans lesquels leur rivalité est manifeste, le fil conducteur du roman s’élabore progressivement dans de multiples retours en arrière, nés de leurs questionnements mutuels. Ainsi, la construction du roman se fait par touches successives autour de « tableaux » qui constituent autant d’éclairages sur une période donnée : « Hannah. Königsberg, Prusse orientale, Janvier 1916. Le jour du premier test » ou bien « Elfride. Fribourg-en-Brisgau, septembre 1945. Le jour des photographies » etc. Alternent les points de vue d’Elfride, d’Hannah et de Martin, tout en proie à ses rêves, encore.

Une première question s’impose en lisant le roman : comment un grand philosophe a-t-il pu prendre sa carte du parti, adhérer aux idées du national-socialisme et vénérer Hitler comme un Dieu ? En exposant ses thèses philosophiques autour de la question du temps notamment, Catherine Clément montre bien à quel point elles prennent racine dans les errances d’une personnalité torturée. Par exemple, à l’instar des oracles antiques tels la Pythie de Delphes à travers laquelle s’exprimait Apollon, Heidegger disait souvent que « ça pensait en lui » sans qu’il n’y puisse rien. « « L’Être-pour-la mort », peut-être était-ce le moment où Martin tournait son regard en dedans, tête basse sur l’angoisse. Le « Dasein », l’Être-le-là », ce maître-mot qui enchantait les collègues philosophes de Martin, Elfride en comprenait l’absurde apesanteur. C’était le point du vide où se fixait l’œil de Martin. Et la « béance de l’être », elle en connaissait les dangers. Un nœud de vipères tordait ensemble le Dasein, la mort et l’échappée, dans une complète obscurité. Quand il pensait, Martin dansait au-dessus des serpents avec une invulnérable ivresse. Mais dans la vie, il pouvait en chemin se risquer sur le bord d’un précipice, et là, en somnambule, se quitter lui-même. Au fond du gouffre attendait la détresse. » (121)

Catherine Clément a compulsé une bibliographie impressionnante pour que la matière fictionnelle puisse éclairer le biographique. Les idées philosophiques d’Heidegger ainsi que la réflexion que suscite sa très grave dérive sont ainsi à la portée de tous.


D’un point de vue philosophique, outre le « cas Heidegger », l’une des problématiques philosophiques les plus intéressantes du roman est soulevée par l’évocation de la controverse Eichmann : Hannah Arendt fut accusée d’avoir mis en cause les juifs en posant une question bien délicate « pourquoi n’avez-vous pas résisté ? » (169) Cela fit scandale au point qu’un hebdomadaire français titra l’une de ses pages « Hannah Arendt : est-elle antisémite ? » (213)

Sur ce sujet, Hannah explique à Elfride la « banalité du mal » : « le mal, c’est l’exaltation des valeurs collectives au détriment de l’individu. L’embrigadement. » Et d’ajouter, toujours dans le dialogue romanesque qui présente l’analyse très documentée de Catherine Clément : « C’est trop facile ! On pend Adolf Eichmann, on a éradiqué une bonne fois le mal radical qui menace depuis toujours le peuple élu ! […] Mais il n’y a pas de mal radical. Il n’y a que des rouages consciencieux. Il n’y a que l’indifférence. Il n’y a que la banalité. Elles recommenceront à tuer ! «  (192)

Jérusalem, 1961. Au procès d’Adolf Eichmann, « l’organisateur nazi des voyages sans retour vers les camps de la mort », Hannah Arendt était correspondante de presse. Elle devait écrire un compte-rendu pour le New-Yorker. Elle s’indigne à juste titre devant les mensonges de « cet homme épouvantablement banal » qui affirme « qu’en organisant les chambres à gaz, il n’a fait qu’obéir à la philosophie de Kant. » (65) En soutenant ceci, il détourne complètement la réflexion philosophique d’Emmanuel Kant, qu’il n’a pas lu, bien entendu. « Pour rendre compte du procès, Hannah se fera un devoir d’expliquer la source de l’abominable obéissance. De ce malentendu allemand qui ne laisse aucune place au repentir. « Tu dois parce qu’il faut ». La loi de Kant est dans l’humanité. Eichmann, lui, est en dehors. Il n’en sait rien. » (65-66)

 On ne pardonnera pas à Hannah Arendt cette prise de position ni surtout sa critique récurrente de la passivité du peuple juif pendant l’holocauste, un mot qui aurait été inventé à cause de son livre sur Eichmann « pour désigner l’extermination des juifs d’Europe » et qui signifie « sacrifice ». Cette idée de « sacrifice » éternel défendu par les plus hautes autorités juives, Hannah Arendt la récusait au nom de l’absolue nécessité de se battre contre l’ennemi. Certes... Mais j’avoue avoir été surprise par la thèse d’Hannah Arendt : que pouvaient faire ces femmes, ces enfants en marche vers les chambres à gaz ? Comment, affaiblis par des mois de persécutions et de terreur, auraient-ils pu se révolter en grand nombre jusqu’à lever une armée juive contre la barbarie nazie et l’effroyable machine de l’extermination ? Catherine Clément nous rappelle, dans ses «Précisions » en appendice, que « les innombrables faits de résistance des Juifs pendant l’extermination n’étaient pas connus » à l’époque où se situe le roman, en 1975. Il n’existait pas d’études à ce sujet, d’où la méconnaissance d’Hannah Arendt comme de ses contemporains.

 

C’est donc un roman très riche et intéressant dans sa construction que je vous invite à lire surtout si vous souhaitez avoir un éclairage simple sur la vie philosophique d’Hannah Arendt, si difficile à lire par ailleurs. On y rencontre aussi Karl Jaspers, son ami de toujours. Des personnages historiques avec lesquels on entre, pour quelques heures de réflexion, dans le tourbillon de la page la plus tragique de l’histoire de l’humanité.

 

J'ai hâte de lire les avis de mes amis blogueurs : Catherine, Lee Rony, Denis et Sophie sur le sujet "Littérature et philosophie". Je complèterai les liens et j'écrirai un petit mot à chacun dans la soirée.

 

EDIT : Sur le même sujet, vous pouvez lire l'avis de Denis sur l'essai

Hannah Arendt et Martin Heidegger par Elzbieta Ettinger

( Le Seuil - 160 pages - novembre 1995) 

(publication du 22 avril)

EssaiHannahArendtHeidegger.jpg

Et le mois prochain,


Lundi 3 juin 2013, rendez-vous autour du thème  "Au bout du monde"


Deux orientations pour ce rendez-vous : soit le voyage, soit philosophes/philosophies du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie… principalement.)

 

Belle lecture et bon voyage philosophiques !

 

Heide

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 19:34

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Comme je l'avais promis à Catherine, voici les thèmes philosophiques que je vous propose pour les mois à venir : j’ai pensé que ce serait une bonne chose de pouvoir anticiper afin de s’organiser au mieux car un mois, c’est court tout de même, avec tous les challenges à honorer ! Bien évidemment, ce sont des suggestions, si vous avez des envies, d’autres idées, faites m’en part !

On pourra peut-être programmer jusqu’en octobre : ensuite, la boucle sera… bouclée puisque nous arriverons déjà à la date du 1er anniversaire des Lundis philo !

 

Lundi 6 mai 2013 : Littérature et philosophie

Lecture commune proposée : Martin et Hannah de Catherine Clément

Ou tout roman dont l’un des personnages est un philosophe, ou encore un roman contenant dans son titre les mots « philosophie » ou « philosophe ». Vous pouvez également présenter un essai traitant des rapports entre la littérature et la philosophie, etc.martin-et-hannah-catherine-clement-9782253147985


Lundi 3 juin 2013 : Au bout du monde

Je pensais à deux orientations pour ce rendez-vous : soit le voyage, soit philosophes/philosophies du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie… principalement.)

 

Lundi 1er juillet 2013 : Le philosophe Albert Camus

Lecture commune proposée : Michel Onfray, L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus.

Toute autre lecture autour de Camus est possible. On peut aussi lire Camus lui-même, ce n’en est que mieux !

Onfray_L-ordrelibertaire-copie-1.jpg 

Lundi 5 août 2013 : le temps.

Un thème assez classique.

 

Lundi 2 septembre 2013 : Vladimir Jankélevitch , le philosophe musicologue

Lecture commune proposée : Quelque part dans l’inachevé

On peut élargir le thème à la musique, abordée d'un point de vue philosophique (si vous ne souhaitez pas lire Jankélévitch).

Jankelevitch-copie-1.jpg

 

En attendant ces prochains rendez-vous,

 

bonnes lectures et bons voyages philosophiques !

 

Heide

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 17:38

 

chouette-300x211Bergson LeRire

Essai 157 pages

Dossier critique (pages 161 à 359)

 

Pourquoi rions-nous ? Le Rire est un essai sur la signification du comique, publié en 1900. Bergson y « décortique » la mécanique du rire, en analyse les ressorts, tout en passant en revue les situations qui le déclenchent. Par exemple, « qu’est-ce qu’une physionomie comique ? D’où vient une expression ridicule du visage ? Et qu’est-ce qui distingue ici le comique du laid ? » (p. 17, chapitre 3). Bergson nous propose également une réflexion très concrète sur l’art, à travers des caractères et des types, dans la comédie par exemple.


L’argumentation philosophique de Bergson, qui suit les catégories classiques du comique, commence par trois remarques préliminaires : tout d’abord, « il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain ». Ensuite, « le comique exige […] pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure. » Enfin, « notre rire est toujours le rire d’un groupe ». Ainsi, « on ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé », ce qui implique une « complicité avec d’autres rieurs réels ou imaginaires. »


Le milieu naturel du rire est donc la société et Bergson insiste beaucoup sur la dimension sociale du rire. Le rire collectif rappelle à la norme un individu comique. Il indique un dérèglement que la personne à l’origine du rire s’empressera d’enrayer dès qu’elle en aura conscience.  « Un défaut ridicule, dès qu’il se sent ridicule, cherche à se modifier, au moins extérieurement. »


Ainsi, Bergson s’intéresse à la fois aux ridicules et aux rieurs : il porte sur chacun un regard critique de moraliste. Il explique que le rire cruel – par opposition au rire joyeux - est le châtiment d’une raideur comique et que, par conséquent, l’opposé du comique est la grâce car le comique est raideur plus que laideur. Dans le chapitre 3, qui porte sur le comique des formes, Bergson analyse aussi le travail du caricaturiste. A propos du comique des gestes et des mouvements, il affirme que « les attitudes, gestes et mouvements du corps humain sont risibles dans l’exacte mesure où ce corps nous fait penser à une simple mécanique. » (23) Et d’ajouter que l’imitation fait souvent rire, parce que « imiter quelqu’un, c’est dégager la part d’automatisme qu’il a laissé s’introduire dans sa personne. »

L’inconscient n’est pas notre allié car on rit de la part inconnue de nous-mêmes, qui s’exprime dans notre attitude et peut être involontairement une source de comique. Lorsque nous sommes distraits par exemple : le distrait est sur « une des grandes pentes naturelles du rire » !

 

Petite biographie :

Bergson est né à Paris en 1859. Agrégé de philosophie en 1881, il poursuit une carrière exemplaire jusqu'à obtenir un poste de Maître de conférences à l'Ecole Normale Supérieure, puis une chaire au Collège de France, en 1900.

Prix Nobel de littérature en 1928, les oeuvres-phare de Bergson sont :

Le Rire, 1900

L'Evolution créatrice, 1907

L'Energie spirituelle, 1919

Les Deux sources de la morale et de la religion, 1932

Il est mort le 4 janvier 1941.


Je vous invite à lire les contributions de Catherine, Denis, Lee Rony et Sophie (mais le blog ne semble pas exister ! )


Et pour le plaisir de rire - comme je l'ai fait moi-même -, il faut écouter Marguerite Duras nous parler du fou rire et rire elle-même dans cette vidéo You tube :

 


 


En mai, je vous propose le thème « Littérature et philosophie » une lecture commune, si cela vous tente : il s’agit du roman Martin et Hannah de Catherine Clément. Vous pouvez également choisir tout roman dont l’un des personnages est un philosophe ou un roman contenant les mots « philosophie » ou « philosophe » dans son titre. Vous pouvez également lire un essai traitant des rapports entre la littérature et la philosophie ou encore nous surprendre…

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J’espère que cette petite récréation du lundi 6 mai 2013 vous fera plaisir !

 

Belle lecture et bon voyage philosophiques !

 

Heide

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 16:21

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Ce mois-ci, je vais jouer les prolongations sur le thème passionnant des femmes philosophes. D’abord parce qu’il mérite d’être exploré, mais aussi parce que je n’ai malheureusement pas eu le temps de lire l’essai que j’avais prévu de vous présenter aujourd’hui : je viens seulement d’entamer la lecture de La Crise de la culture d’Hannah Arendt et je chroniquerai donc cet essai lundi prochain, le 11 mars.

De plus, comme j’avais très envie de lire Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, je consacrerai un troisième lundi philo (sans doute à la fin du mois) au tome 1 de cet essai existentialiste et féministe, paru en 1949.

Un programme de lectures philosophiques qui devrait me permettre d’attendre agréablement les premiers jours du printemps !


Pour être au rendez-vous aujourd’hui et en guise de préambule à l’article qui suivra la semaine prochaine, je me suis documentée sur la vie d’Hannah Arendt et sur la notion de crise de la culture.


Hannah-Arendt.jpgHannah Arendt (1906-1975) est une philosophe allemande, puis américaine, disciple de Heidegger et de Jaspers notamment. Ses origines juives l’obligent à fuir l’Allemagne nazie : réfugiée d’abord à Paris, de 1933 à 1941, elle rejoint ensuite les Etats-Unis dans des conditions extrêmement précaires. Elle y poursuit sa carrière universitaire, rédigeant ses articles et ses ouvrages en anglais. Ses recherches portent principalement sur la société contemporaine et les phénomènes totalitaires.

 

Ses essais les plus importants sont les suivants :

Les Origines du totalitarisme, 1951

Le Système totalitaire, 1951

Condition de l’homme moderne, 1958

Eichmann à Jérusalem, 1963

Essai sur la révolution, 1963

La Crise de la culture, 1968

Du mensonge à la violence, 1972

 

Dans son manuel Les Chemins de la pensée, publié en 1999, Jacqueline Russ, philosophe contemporaine de renom, décédée en 1999, souligne l’influence considérable de cette femme philosophe, pourtant reconnue tardivement en France :

«  Reconnue très tard en France, en raison de l’influence considérable qu’exerçait alors le marxisme, H. Arendt est une figure marquante de la pensée politique des Etats-Unis. Elle a démontré les mécanismes implacables du totalitarisme et a su comprendre en profondeur la dimension de l’homme moderne. »(page 507)

 

Pour la petite histoire, Hannah Arendt fut l’élève et l’amante de Martin Heidegger. Or, Catherine Clément, une autre femme philosophe en a fait le sujet d’un roman qui se trouve dans ma PAL depuis quelques temps et qui me tente vraiment beaucoup : Martin et Hannah débute en Allemagne, en 1975.


« Deux femmes au soir de leur vie se retrouvent au chevet d’un vieil homme, après avoir lutté cinquante ans pour occuper la première place dans son cœur. Tandis que dans la pièce voisine somnole, hanté pas ses cauchemars, le plus grand esprit de son siècle, les deux ennemies font une trêve : duel de deux mémoires à fleuret moucheté, temps suspendu des réminiscences et des rêves perdus. »


Autant aller au bout de ma petite digression ! La quatrième de couverture (éditions Calmann-Lévy) se poursuit ainsi :

 

« Martin et Hannah : il était professeur, elle était son élève ; près de vingt ans les séparent, le philosophe génial consumé par son « escapade » nazie et l’intellectuelle juive brûlée par sa lucidité. Mais pendant cinquante ans, leur passion les tient. […] Martin, Hannah, Elfride [il s’agit de l’épouse de Martin] : dans cette vaste partition, chacun a son thème, et chacun détient un peu de la mémoire de l’autre. Mais cette fugue à trois voix est d’abord frappée du sceau de la plus grande tragédie du siècle : parce que Martin est Heidegger, et Hannah, Arendt. »

martin-et-hannah-catherine-clement-9782253147985.gifSeriez-vous partant(e)s pour une lecture commune du roman Martin et Hannah en avril ou en mai ?


Je reviens à la philosophie et je terminerai cet article par quelques remarques sur la notion de crise de la culture.

En médecine, une « crise » correspond au moment paroxystique d’une maladie. Ce n’est pas le point culminant signalant sa fin, mais plutôt un instant critique qui en modifiera le cours. La crise est donc à l’origine d’une discontinuité dans un processus. Elle introduit une rupture tout en conservant le sens profond de ce qu’elle vient bousculer : quand on parle de « crise d’adolescence », on évoque un temps de révolte et de rupture contre l’ordre établi qu’incarnent les parents et les adultes en général. C’est une étape dans la construction de tout individu.

Cependant, quand on parle de « crise de la culture », cela va beaucoup plus loin que la seule remise en cause d’une tradition. Pourquoi ? La notion de crise est inhérente à la culture – les mouvements naissent par opposition à ceux qui ont précédé. Il s’agit donc surtout, dans ce cas, d’une impossibilité à définir la culture et à la transmettre.


Nous verrons comment Hannah Arendt répond à la question épineuse de l’évolution politique et sociale de la culture à l’heure où elle est devenue synonyme de loisir. Est-ce la culture de masse qui se trouve à l’origine de cette crise ? Comment ne pas soumettre l’art à la logique de la société de consommation ?


Je vous en dirai un peu plus lundi prochain (si je parviens à tout comprendre car la lecture promet d’être passionnante, mais ardue…)


J’attends avec impatience de lire vos billets.


Edit du soir - Vos liens :

Catherine nous présente Cléobouline, poétesse grecque, l'une des premières femmes philosophes.

Lee Rony a écrit un poème satirique sur le thème, poème dont les idées auraient pu inspirer Simone de Beauvoir en son temps... Quel talent !

Denis évoque la vie et l'oeuvre de Simone Weil, en attendant son article de lundi prochain sur La Pesanteur et la grâce.

En attendant, on peut déjà penser à la prochaine thématique, pour le lundi 1er avril 2013, lundi de Pâques et poisson d’avril en plus – ce qui devrait donner quelque idée amusante à Lee Rony… Une proposition ?

 

Prochain thème : LA PHILOSOPHIE ET LE RIRE

Si tout le monde est d'accord !


Belle lecture et bon voyage philosophiques !


Heide

 

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Mon rendez-vous philo

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Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

Anis ?

Coccinelle

Denis

Lee Rony

Sophie ?

Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

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