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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 21:03

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Freud-avenir-illusion gPour ce rendez-vous de février, j'ai lu un essai de Freud que j'avais étudié en 1989, année du bac : L'Avenir d'une illusion ne m'a pas vraiment passionnée, je l'avoue. Freud s'interroge sur le fondement de la religion. Il montre que son extinction  est possible car le dogme religieux est une illusion dérivée du désir d'être protégé, comme l'enfant recherche l'apaisement dû à la présence du père. Cette illusion, qui est une croyance d'ordre affective liée à l'enfance, apaise l'angoisse humaine. C'est pourquoi selon Freud, à travers l'illusion religieuse, l'homme angoissé s'accroche à un père protecteur tout-puissant.

 

Freud-Introductionàlapsychanalyse

 

J'ai ressorti de ma bibliothèque Introduction à la psychanalyse et je me suis intéressée aux trois instances de l'appareil psychique, le ça, le moi et le surmoi, élaborées par Freud dés 1920.


nouvelles-conferences-d-introduction-a-la-psychanalyse-sigm.gifDans la XXXIe conférence des Nouvelles Conférences d'introduction à la psychanalyse (1933), Freud définit ces notions et analyse leurs relations. En voici un extrait :

 

"Un proverbe met en garde de servir deux maîtres à la fois. Le pauvre moi est dans une situation encore pire, il sert trois maîtres sévères, il s'efforce de concilier leurs revendications et leurs exigences. Ces revendications divergent toujours, paraissent souvent incompatibles, il n'est pas étonnant que le moi échoue si souvent dans sa tâche. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on suit les efforts du moi pour les satisfaire tous en même temps, plus exactement pour leur obéir en même temps, on ne peut regretter d'avoir personnifié ce moi, de l'avoir présenté comme un être particulier. Il se sent entravé de trois côtés, menacé par trois sortes de dangers auxquels il réagit, en cas de détresse, par un développement d'angoisse. [...]

Poussé par le ça, entravé par le surmoi, rejeté par la réalité, le moi lutte pour venir à bout de sa tâche économique, qui consiste à établir l'harmonie parmi les forces et les influences qui agissent en lui et sur lui, et nous comprenons pourquoi nous ne pouvons très souvent réprimer l'exclamation : "la vie n'est pas facile !" Lorsque le moi est contraint de reconnaître sa faiblesse, il éclate en angoisse, une angoisse réelle devant le monde extérieur, une angoisse de conscience devant le surmoi, une angoisse névrotique devant la force des passions logées dans le ça."

 

Freud, Nouvelles Conférences d'introduction à la prsychanalyse,

p. 107, coll. Folio essais, Gallimard

 

Ainsi "[Le] moi [...] n'est pas maître dans sa propre maison." (Freud)

 

Que représentent ces trois instances de l'appareil psychique ?

Le moi a une fonction de liaison des processus psychiques. Il instaure le principe de réalité.

Le surmoi est l'intériorisation des exigences et des interdits parentaux. L'ensemble de ces interdits, une fois intériorisés, deviennent les représentants de l'autorité extérieure. Le surmoi est en fait le siège de notre conscience morale.

Le ça est le réservoir de nos émotions pulsionnelles. Il est totalement inconscient et la tâche de la psychanalyse est donc d'essayer de l'atteindre.

 

Je n'ai pas eu le temps d'aller plus loin dans mes investigations, mais les textes que j'ai pu lire autour du lapsus lingae, du refoulement de nos représentations mentales dans l'inconscient et de l'interprétation des rêves m'ont beaucoup intéressée.


Voici quelques ouvrages qui permettent de découvrir le champ d'application des théories freudiennes. Ce sont ses oeuvres majeures :

Totem et tabou, 1913

Introduction à la psychanalyse, 1917

Au-delà du principe du plaisir, 1920

L'Avenir d'une illusion, 1927

Le Malaise dans la culture, 1930

 

Signalons également la parution, en octobre 2012, chez Fayard, de la correspondance inédite de Freud avec sa fille Anna.

Freud_Correspondance-inedite.jpg

Je vous invite à lire les contributions de Catherine, Denis et Lee Rony. Un grand merci à tous les participants !

 

Prochain rendez-vous le lundi 4 mars 2013, avec le thème 

 

Femmes philosophes

 Qu'en dites-vous ?

 

Belles lectures et bons voyages philosophiques !

 

Heide

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 19:24

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     En octobre, j'ai relu avec intérêt L'Existentialisme est un humanisme de Sartre, un essai fondamental dont on retrouve l'écho dans un grand nombre de ses romans, dans ses pièces de théâtre aussi.

 Sartre_l-existentialismeestunhumanisme.jpg

 

Deux citations incontournables


   La première, "L'homme est condamné à être libre" signifie que sa liberté le rend entièrement responsable de ses choix. L'homme n'a à se soumettre à aucun "artisan supérieur", aucune nature préétablie. C'est notre dignité, notre humanité qui est en jeu et cette condamnation à être libre est le sens de l'existentialisme.

 

   Ce courant philosophique affirme aussi que "l'existence précède l'essence", ce qui signifie que l'homme a pour tâche de se réaliser, de s'auto-déterminer. Or, pour Sartre, c'est dans les difficultés, au coeur de l'épreuve que nous faisons vraiment l'expérience de la liberté, l'obstacle fonctionnant non comme une entrave, mais comme un stimulant. Ainsi, a-t-il pu écrire dans La République du silence "jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande", libres d'exercer notre libre-arbitre, libres d'agir en pleine conscience de nos actes.

Aucune excuse pour éluder le poids terrible de notre liberté, sinon la mauvaise foi, sorte d'auto-tromperie explorée dans des oeuvres littéraires comme Huis-clos (1944) ou Les Mains sales (1948), deux pièces représentatives de la philosophie existentialiste.

 

Dans Huis-clos"L'Enfer, c'est les autres"

 

    huis closDans un salon Second Empire, trois morts, Garcin, Estelle et Inès, se trouvent réunis pour l’éternité, condamnés à ressasser leur passé dans une infernale promiscuité. L’un est un révolutionnaire lâche qui a été fusillé, l’autre une infanticide dont l’amant s’est tué, la troisième une lesbienne qui s’est suicidée au gaz. Parabole frappante pour l’esprit : chacun juge les deux autres, mais doit en retour supporter leur regard sans pouvoir changer quoi que ce soit à une vie désormais accomplie. De plus, aucun ne peut plus se sauver par un acte quelconque, la mort ayant mis fin à l’exercice de son libre-arbitre.

Huis-clos est une pièce que j'ai adorée et que je vous recommande vivement. D'ailleurs, la critique en a souvent fait le chef d'oeuvre dramaturgique de Sartre, du fait de sa densité et de son efficacité.

 

Belles lectures et bon voyage philosophiques !

 

Heide

 

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 07:30

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       Pour ce rendez-vous des Lundis philo consacré ce mois-ci à l’art, j’avais prévu de partir d’un extrait de Ma Vie et la psychanalyse de Freud, mais finalement,  j’ai choisi de vous proposer un texte de Soseki Natsume, extrait de Oreiller d’herbes, sa 4e œuvre, publiée en 1906.


220px-Natsume_Soseki_photo.jpgQui est Soseki Natsume ? Romancier et nouvelliste, né en 1867 et mort en 1916,  à Tokyo, son œuvre traduit l’entrée du Japon dans une ère nouvelle, l’ère Meiji une période historique du Japon qui s’étend de 1868 à 1912 et marque le début de la modernisation du pays. Il est aussi l’auteur de nombreux essais et de plus de 2500 haïkus (Source : Babelio).


Ce texte nous invite à réfléchir sur le désintéressement inhérent à l’art véritable, ce détachement des choses matérielles qui élève par essence l'œuvre d’art et lui confère une beauté pure, abstraite, bien au-delà des considérations d’ordre purement esthétique.

Implicitement, il pose aussi la question de l’identité de l’artiste et de la reconnaissance publique, une problématique sur laquelle il y aurait beaucoup à dire aujourd'hui, à l'ère de l'audimat et de la rentabilité à tout prix. Soseki Natsume nous rappelle les enjeux si essentiels de l'art et comment les poètes, les peintres, les écrivains, en nous invitant à poser comme eux un regard direct sur le monde, peuvent nous aider à mieux vivre. Ayons un coeur d'artiste à défaut d'en avoir le talent !

Personnellement,  je trouve ce texte très beau, très poétique : l’écriture  de Soseki Natsume illustre à merveille son propos lorsqu'il évoque le regard de l'artiste.

Et je vous avoue que cette découverte me ravit car je me suis promis de découvrir la littérature japonaise en 2013. Alors, je prévois de lire, dans l’année, un ouvrage de cet auteur, tellement fondamental au Japon que des billets de banque furent imprimés à son effigie !

Oreiller-dherbes.jpgPuisqu’il est difficile de vivre dans ce monde que l’on  ne peut quitter, il faut le rendre un tant soit peu confortable, afin que la vie éphémère y soit vivable, ne fût-ce qu’en ce laps de temps éphémère. C’est alors que se déclare la vocation du poète, c’est alors que se révèle la mission du peintre. Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le cœur des hommes.

Ce qui débarrasse de tout ennui ce monde, où il est difficile de vivre et projette sous vos yeux un monde de grâce, c’est la poésie, c’est la peinture. Ou encore, c’est la musique et la sculpture. Pour être exact, il ne s’agit pas de projeter le monde. Il suffit d’y poser son regard directement, c’est là que naît la poésie et c’est là que le chant s’élève. Même si l’idée n’est pas couchée par écrit, le son du cristal résonne dans le cœur. Même si la peinture n’est pas étalée sur la toile, l’éclat des couleurs se reflète dans le regard intérieur. Il suffit de contempler le monde où l’on vit, et de contenir, avec pureté et clarté, dans l’appareil photographique de l’esprit, le monde d’ici-bas, futile et chaotique. C’est pourquoi un poète anonyme qui n’a pas écrit un seul vers, un peintre obscur qui n’a pas peint une seule toile, sont plus heureux qu’un millionnaire, qu’un prince, que toutes les célébrités du monde trivial, car les premiers savent observer la vie, peuvent s’abstraire de toute préoccupation, sont en mesure d’entrer dans le monde de la pureté, de construire l’univers unique et de balayer les contraintes de l’égoïsme.


Soseki Natsume, Oreiller d’herbes, 1906 (trad. R. de Ceccatty, Rivages, 1987)


N'hésitez pas à partager vos impressions sur ce texte.

J'attends aussi vos suggestions pour le prochain rendez-vous mensuel des Lundis philo, le lundi 4 février : quels thèmes vous intéressent ? Quels auteurs ? Le temps ? J'avais pensé aussi à "La philosophie sort de la bouche des enfants". Qu'en dites-vous ?

 

Belles lectures et bon voyage philosophiques !


Heide

 

EDIT DE LUNDI SOIR :

Je vous invite à lire les articles de Catherine sur Platon, Denis sur Kandinsky et Lee Rony sur l'interprétation, la distorsion des sens et la beauté artistique.

 

Le mois prochain, sur une idée de Denis, le thème sera Freud et la psychanalyse. Alors rendez-vous le lundi 4 février !


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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 16:49

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     Pour ce lundi philo de Noël, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant de proposer une bibliographie d’ouvrages très simples qui permettent de se faire une idée plus précise de ce qu’est la philosophie, des particularités de sa démarche et des étapes-clés de son histoire.

De nombreux commentaires ici ou là sur les blogs montrent des réticences face à la lecture d’ouvrages philosophiques, jugés trop complexes. Il est vrai que souvent, nous n’avons de la philosophie que le souvenir de nos difficultés face aux textes très complexes, étudiés en Terminale. Mais chaque jour nous donne l’occasion de philosopher, tout simplement car nous cherchons tous au quotidien les chemins de la vérité - que nous ne connaîtrons jamais d’ailleurs ! - comme ceux de "la vie bonne" des philosophes grecs. Il nous faut juste des idées de pratique et des références non rébarbatives, accessibles aux non-spécialistes, afin d'enrichir notre réflexion.


Ainsi, pour dédramatiser l’abord des textes philosophiques, les essais à destination des plus jeunes peuvent être d’une aide précieuse, à condition qu’ils soient de qualité bien sûr : en effet, accrocher l’intérêt des adolescents demande beaucoup de pédagogie, un propos clair et des choix thématiques judicieux.

Les ouvrages de cette bibliographie me semblent incontournables de ce point de vue et se révèlent passionnants pour les adultes également.

 

Pour définir la philosophie, on peut commencer par :

  • laphilo_amafille.jpgRoger-Pol Droit, La Philosophie expliquée à ma fille, Seuil, 2004 (96 pages).

Cet ouvrage très court propose une approche intéressante, qui a connu d'ailleurs un franc succès sur d’autres sujets également. Roger-Pol Droit, chercheur au CNRS et journaliste, retranscrit le dialogue qu’il a eu avec sa fille de 16 ans pour lui expliquer, de la manière la plus pédagogique possible, ce qu’est la philosophie, ce que cherchent les philosophes et de quelles manières ils pratiquent cette discipline. L’intérêt de ce petit essai très synthétique est de permettre à ceux que la philosophie inquiète ou rebute de prendre contact « en douceur » avec ses objectifs et ses enjeux et bien sûr de dédramatiser cette activité de réflexion essentielle.

   

En voici un extrait :

   

"- Alors, c’est quoi, la philosophie ?
- Nous allons chercher.  Et j’espère bien que nous trouverons. Mais ne t’attends pas à une réponse immédiate. Ça ne peut pas s’expliquer en une phrase.
- Essaie!
- Non, ça n’arrangerait rien. Un dictionnaire te dira, par exemple, que le mot « philosophie » peut vouloir dire, en grec ancien, « amour de la sagesse ». Tu penseras probablement que ça doit être très ennuyeux. Parce que « sagesse » évoque forcément le « sois sage ! » que les enfants détestent entendre. Tu ne seras donc pas bien avancée, parce qu’il faudra se demander ce qu’on appelle « sagesse », en quoi ça consiste. Tu auras appris ce que veut dire le mot « philosophie », mais tu ne sauras toujours pas ce qu’est réellement la philosophie.
- Si le sens du mot m’est donné, je sais forcément ce que c’est !
- Pas du tout. Quand tu apprends que le mot « Japon » est le nom d’un pays d’Asie, ce n’est pas pour ça que tu connais le Japon. Ou bien, imagine un enfant ne sachant pas ce que veut dire le mot « mathématiques ». Tu lui donnes une définition : « une science des nombres et des figures ». Maintenant, l’enfant connaît le sens de ce mot. Il peut éventuellement s’en servir. Diras-tu qu’il sait ce que sont les mathématiques ?
- Non, bien sûr.
- Tu vois… le mot ne suffit pas ! Connaître quelque chose, ce n’est pas seulement savoir un mot, c’est aussi, forcément, faire une expérience. Tu connais ce qu’on appelle « mathématiques » quand tu commences à faire des calculs et des démonstrations, de l’arithmétique, de l’algèbre ou de la géométrie. Et le Japon, tu vas le connaître en lisant des livres, en voyant des expositions et des films et bien sûr en y allant !
- Alors on peut dire que pour connaître la philosophie, il faut y aller ?
- Absolument ! Tu as très bien saisi. La philosophie, il faut y aller. Pourtant, ce n’est pas un pays, un lieu où l’on pourrait se rendre. C’est plutôt, comme les mathématiques, une activité."
 

Roger-Pol Droit, La Philosophie expliquée à ma fille, Seuil, 2004

 

Roger-Pol-Droit.jpg

 

Roger-Pol Droit a publié en août un ouvrage que Catherine avait présenté sur son blog : il s’agit de Petites expériences de philosophie entre amis (son article ICI). Dans la même veine, on notera 101 expériences de philosophie quotidienne, Odile Jacob, collection poche 2003.

RP-Droit_Petitesexperiencesdephiloentreamis.jpg 101-experiences-de-philosophie-quotidienne-248942-250-400.jpg

 

Pour aller plus loin, on pourra lire :

  • FerryApprendreavivrepoche.jpgLuc Ferry, Apprendre à vivre, Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations, Plon, 2006 (302 pages). Edition de poche J’ai Lu Essai, n° 8735.

Voici le projet de l’auteur tel qu’il apparaît au début de l’essai :

"Je vais te raconter l'histoire de la philosophie. Pas toute, bien sûr, mais quand même ses cinq plus grands moments. Chaque fois, je te donnerai l'exemple d'une ou deux grandes visions du monde liées à une époque afin que tu puisses, si tu le souhaites, commencer à lire par toi-même les œuvres les plus importantes. Je te fais, d'entrée de jeu, une promesse : toutes ces pensées, je te les exposerai d'une façon totalement claire, sans le moindre jargon, mais en allant à l'essentiel, à ce qu'elles ont chaque fois de plus profond et de plus passionnant. Si tu prends la peine de me suivre, tu sauras donc vraiment en quoi consiste la philosophie, comment elle éclaire de façon irremplaçable les multiples interrogations qui portent sur la façon dont nous pourrions ou devrions conduire nos existences..."

SOMMAIRE

  1. Qu'est-ce que la philosophie ?
  2. Un exemple de philosophie antique -L'amour de la sagesse selon les stoïciens
  3. La victoire du christianisme sur la philosophie grecque
  4. L'humanisme ou la naissance de la philosophie moderne
  5. Ma postmodernité -Le cas de Nietzsche
  6. Après la déconstruction -La philosophie contemporaine

 

Ce volume est suivi de deux essais, qui abordent également des thèmes passionnants, dont :

  • Ferrysagessedesmythes.gifLa Sagesse des mythes, Apprendre à vivre 2, Plon, 2008 (408 pages) : dans ce tome 2, Luc Ferry raconte les grands mythes fondateurs de l’antiquité et nous explique, sur un plan philosophique, de quelle façon ils éclairent la question antique de « la vie bonne ».

" Quel est le sens profond des mythes grecs et pourquoi faudrait-il aujourd'hui encore s'y intéresser ? La réponse se trouve à mes yeux dans un passage d'une des oeuvres les plus connues et les plus anciennes de la langue grecque, l'Odyssée d'Homère. On y mesure d'emblée à quel point la mythologie n'est pas ce qu'on croit si souvent de nos jours, une collection de "contes et légendes"... Loin de se réduire à un divertissement littéraire, elle constitue en vérité le coeur de la sagesse antique, l'origine première de ce que la grande tradition de la philosophie grecque va bientôt développer sous une forme conceptuelle en vue de définir les contours d'une vie réussie pour les mortels que nous sommes. "

SOMMAIRE

  1. La mythologie grecque : pour qui et pourquoi ?
  2. La naissance des dieux et du monde
  3. De la naissance des dieux à celle des hommes
  4. La sagesse d'Ulysse ou la reconquête de l'harmonie perdue
  5. Hybris : le cosmos menacé d'un retour au chaos ou comment le manque de sagesse gâche l'existence des mortels
  6. Dikè et cosmos : la mission première des héros ; garantir l'ordre du cosmos contre le retour du chaos
  7. Les malheurs d'Œdipe et de sa fille Antigone ou pourquoi les mortels sont souvent " punis " sans avoir pêché
  8. Mythologie et philosophie, la leçon de Dionysos et la spiritualité laïque

 

Joyeux Noël à tous, belles lectures et bons voyages philosophiques !


Heide

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 20:21

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       Qu’est-ce qu’un sage ? Pour les Grecs qui connaissaient Sept sages, les philosophes présocratiques Stilpon, Chilon, Thalès, Pythagore, Empédocle, Phérécyde et Anarchis, la figure du sage représente celui qui sait et dont le jugement est sûr.

Dans l’acception contemporaine, le sage est celui qui a la connaissance juste des choses, celui qui, par son art de vivre, échappe aux tourments réservés au commun des mortels et connait bonheur et sérénité.

plaidoyerpourlebonheurRicard        Pour ce rendez-vous mensuel sur la sagesse, j’ai commencé avec grand intérêt l’essai Plaidoyer pour le bonheur de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, interprète français du Dalaï-lama et chercheur en génétique cellulaire. J’avais déjà évoqué le parcours de Matthieu Ricard lorsque j’ai présenté il y a quelques mois La Citadelle des neiges.

J’avoue que je n’ai pas encore achevé la lecture de Plaidoyer pour le bonheur, par manque de temps uniquement, car mon intérêt va croissant au fil des pages : en effet, comme chacun d’entre nous, j’espère faire l’expérience du Soukha, cette plénitude sereine et durable, ce « profond équilibre émotionnel issu d’une compréhension subtile du fonctionnement de l’esprit ». J’ai choisi cet essai pour m’imprégner de la sagesse bouddhiste. Je connaissais l’esprit des ouvrages de Matthieu Ricard, l’altruisme - fondement même du bouddhisme- dont il fait preuve et que l’on ressent très nettement à la lecture de ses textes (et aussi derrière son sourire !) De nombreux passages de Plaidoyer pour le bonheur évoquent la sagesse et ses liens évidents avec le bonheur.

« En résumé, Soukha est l’état de plénitude durable qui se manifeste quand on s’est libéré de l’aveuglement mental et des émotions conflictuelles. C’est aussi la sagesse qui permet de percevoir le monde tel qu’il est, sans voiles ni déformations. C’est enfin la joie de cheminer vers la liberté intérieure, et la bonté aimante qui rayonne vers les autres » (page 23)

Pour répondre aux philosophes – dont Schopenhauer et Pascal Bruckner – qui pensent que le bonheur est impossible, Matthieu Ricard déclare : « La principale leçon que j’en tire est que, si le sage peut être heureux, c’est que le bonheur est possible. » (Page 88).

Il ajoute que « la personne du sage (et la sagesse qu’il incarne) ne représente pas un idéal inaccessible, mais un point de repère. » Ainsi, « il ne s’agit pas de renoncer à la vie qui est la nôtre, mais de bénéficier de l’éclairage de ceux qui ont élucidé la dynamique du bonheur et de la souffrance. » (page 89)

Un peu plus loin, Matthieu Ricard cite André Comte-Sponville expliquant que selon ce dernier « le sage n’a plus rien à attendre ni à espérer. Parce qu’il est pleinement heureux rien ne lui manque. Et parce que rien ne lui manque, il est pleinement heureux. » (Conférence Le Bonheur désespérément)

Alors, pour nous tous qui recherchons le bonheur, « le sage représente une note d’espoir : il me montre ce que je pourrais devenir. » (Page 90)

Et il rappelle que « du point de vue du bouddhisme, chaque être porte en lui un potentiel de perfection » : la « nature du Bouddha ».


Il me tarde de me replonger dans la pensée très éclairante de Matthieu Ricard. Un sage ? Peut-être. En tous cas, il rayonne de cette paix intérieure qu’il nous enjoint de rechercher pour être heureux. La sagesse, c’est aussi une forme de lucidité.

 

Ce mois-ci, Catherine présente un album lié au thème philosophique de la sagesse : Oh non George ! de Chris Haughton. Je l'ai ajouté in extremis sur la liste du Père Noël.

Lee Rony a écrit un "poème lexical" très émouvant sur la sagesse. Je trouve ce poème très juste et vraiment magnifique !

Demain, je complèterai avec le lien de Denis.


Le mois prochain, pour le premier lundi philo de l’année 2013, le lundi 7 janvier 2013, je vous propose le thème de l’art, de la beauté dans l’art, dans la vie… si cela vous tente !

 

Belle lecture et bon voyage philosophiques !

 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 22:14

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    La communauté La littérature au féminin ainsi que mes discussions avec Anis m’ont donné envie de présenter aujourd’hui cinq femmes philosophes dont je compte aborder les écrits dans les mois qui viennent. Comme je suis « neuve » en la matière, pour rédiger cet article, j’ai consulté quelques sites internet dont Wikipedia, à partir du portail « Femmes philosophes ».


dans_les_pas_de_hannah_arendt20100424.jpgHannah Arendt (1906-1975)

Philosophe allemande naturalisée américaine, elle a écrit sur la politique, le totalitarisme et la modernité. Les Origines du totalitarisme et La Crise de la culture font partie de ses œuvres majeures.

Aborder les essais de la phénoménologue Hannah Arendt est sans doute très ardu, alors je commencerai par la biographie que Laure Adler lui a consacrée : Dans les pas de Hannah Harendt, Gallimard, …(Lien France culture)

 

 
Petite parenthèse : Laure Adler est une journaliste de référence pour moi, une femme de lettres que j’apprécie beaucoup depuis que j’ai lu son émouvant récit autobiographique A ce soir où elle raconte la mort de son bébé et sa biographie de Marguerite Duras.

 

Elisabeth Badinter (née en 1944).

Agrégée de philosophie et spécialiste du siècle des Lumières, elle est très connue pour son engagement féministe.

J’aimerais lire Fausse route : Réflexions sur 30 années de féminisme, paru en 2003 et désormais édité en poche ainsi que Le Conflit, la femme et la mère, paru en 2010.

Badinter Fausse route  elisabeth-badinter-Conflitmereenfant.jpg

 

Simone de Beauvoir (1908-1986)

Théoricienne du féminisme, elle a participé au mouvement de libération des femmes dans les années 70. Elle était déjà engagée sur ce sujet dans les années d’après-guerre : son essai philosophique Le deuxième sexe a été vivement critiqué au moment de sa parution en 1949. La citation « On ne naît pas femme, on le devient », extraite de cet essai, est très connue. Existentialiste comme Sartre dont elle partagea la vie, son approche est cependant plus concrète et sa réflexion plus ancrée dans le vécu.


le-deuxieme-sexe1.jpg  beauvoir.jpg Le-deuxieme-sexe-tome-2.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catherine Clément (née en 1939)

Au début de sa carrière, sa rencontre avec Claude Lévi-Strauss l’a beaucoup influencée. Son premier essai est consacré à ce philosophe anthropologue : Levi-Strauss ou la structure du malheur, Seghers, 1970 (2e édition en 1974 et parution en Livre de poche, « Biblio Essais, en 1985). En 2003, elle lui a consacré un Que sais-je ?

Je ne connaissais pas Catherine Clément en tant que philosophe, mais comme romancière et j’avais beaucoup aimé La Valse inachevée et Pour l’amour de l’Inde, lus il y a quelques années.

Je crois qu’elle anime une émission sur France culture, il faudra que je vérifie.67532_une-catherine-clement.jpgclaude-levi-strauss-50272-250-400.jpg

Elisabeth de Fontenay (née en 1934)

Maître de conférences à la Sorbonne, elle a d’abord travaillé sur Karl Marx avant d’orienter ses recherches sur la problématique des rapports entre l’homme et l’animal dans l’Histoire. Elle s’interroge sur ce qui fait le « propre de l’homme » et défend l’idée qu’il n’existe pas de différence tranchée entre les deux.

Son ouvrage-phare s’intitule Le Silence des bêtes (Fayard, 1998). Elle y expose les conceptions de l’animal depuis l’Antiquité (à partir des présocratiques) et jusqu’à nos jours, en passant par "l’animal-machine" de Descartes. Merci à Anis de me l’avoir conseillée.

E. de Fontenay le silence des bêtes

 

Si vous souhaitez m’accompagner dans des lectures communes, j’en serais ravie !

 

L'article de Denis sur Les Essais de Michel de Montaigne.

 

Belles lectures et bons voyages philosophiques !


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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 22:44

 

1-Nietzsche.jpg

Friedrich Nietzsche

Philosophe allemand

1844- 1900

 

 

"Deviens ce que tu es. Fais ce que toi seul peut faire."


Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885

 

Trouver qui nous sommes, laisser émerger notre véritable identité, et agir toujours en accord avec notre nature profonde. Ôter le vernis social sous lequel nous nous cachons pour pouvoir être pleinement nous-même, agir toujours en accord avec nous-même et ne pas hésiter...

 

Voilà ce que m'inspirent ces deux conseils de Niestzche. Et vous ?

 

Bonne semaine et bon voyage philosophique !

Heide

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 17:35

chouette-300x211    Comme promis, ce 5 novembre, un petit article sur le thème du bonheur chez les Stoïciens notamment.


N'oubliez pas d'aller lire les articles passionnants de mes amis bloggeurs :

Catherine : des pensées autour de mots qui participent au bonheur.

Denis : un challenge philosophique pour créer au fil des mois sa pyramide du bonheur (autour du livre de Bruno Fabre)

Lee Rony : sensible à la vision kantienne du bonheur (et qui analyse avec humour d'autres approches philosophiques).

Et n'hésitez pas à nous rejoindre chaque lundi si vous le souhaitez ou le premier lundi de chaque mois autour d'une thématique particulière. Le mois prochain, sur une proposition de Denis, le thème sera la sagesse. Rendez-vous le 3 décembre !


 

    Le bonheur auquel nous aspirons tous et qui s'enracine en chacun de nous est à l'horizon de toute la réflexion philosophique. Ce que nous demandons à la vie, c'est de nous rendre heureux et de rendre heureux ceux que nous aimons. De plus, nous ressentons de l'empathie pour toute personne qui souffre car il nous paraît légitime que l'humanité entière puisse accéder au bonheur.  On se souvient de cette belle déclaration de Boris Vian dans L'Ecume des jours :


"Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le bonheur de tous les hommes, c'est celui de chacun".

 

Belle façon d'exrimer que l'accès au bonheur est un droit essentiel et universel.


    Mais qu'est-ce vraiment que le bonheur et peut-on y accéder si facilement ? A cette question, les philosophes ont répondu de façon plus ou moins optimiste en fonction des écoles : pour Aristote, le bonheur consiste dans la plus haute vertu, la contemplation. Et la contemplation peut être définie comme un état de méditation où l'âme considère un objet et s'abssorbe en lui, en dehors de toute action et de toute finalité pratique.

Pour Epicure, le bonheur se confond avec l'ataraxie, c'est-à-dire l'absence de trouble, la sérénité et la paix de l'âme.

Pour Epictète qui nous apprend les principes du stoïcisme, pour être heureux, il faut adopter une conduite conforme à la nature du réel et exercer sa liberté de jugement.

 

Globalement les philosophes de l'Antiquité avaient une vision assez positive du bonheur dans le sens où ils préconisaient des méthodes simples et rationnelles, justes aussi dans leur évidence, même s'il n'est pas toujours si simple de les mettre en pratique. Je pense à Epictète qui affirmait :


"Il n'y a qu'un chemin pour le bonheur, c'est de cesser de nous tracasser pour des choses qui ne dépendent pas de notre volonté."

 

Et puis, avec plus ou moins de force et de vivacité, nous avons tous en nous l'extraordinaire faculté de toujours chercher à surmonter les difficultés d'accès au bonheur. L'expérimentation de l'angoisse, la prise de conscience de ce déséquilibre permanent qui est le nôtre, qu'il faut négocier et qui nous fait chuter parfois,  c'est précisément ce qui fait de nous des hommes. Nous ne pouvons qu'approuver Confucius (551-479 av. JC) qui a écrit :

 

"Notre plus grande gloire n'est pas de ne pas tomber, mais de nous relever chaque fois."


Il n'est donc pas facile d'accéder au bonheur (ni de le conserver !), d'autant qu'il ne correspond pas à un état de satisfaction statique. Être heureux, c'est avoir atteint un état de plénitude et de coïncidence avec soi-même, avec nos aspirations propres, individuelles. C'est comme cela que je comprends la précision voulue par Boris Vian, dans le passage de "tous" à "chacun", dans la citation de L'Ecume des jours.


    Pour limiter l'angoisse et profiter des petits moments de bonheur au quotidien, nous pouvons essayer de nous focaliser sur ce qui dépend de nous, ce que nous pouvons faire ici et maintenant pour être bien. Et puis "faire retraite en soi-même", non pas pour nous isoler de la communauté des hommes car nous avons besoin d'interactions sociales, d'amour et d'amitié pour nous accomplir pleinement, mais pour chercher à l'intérieur de nous-même, par la méditation par exemple, ce dont nous avons besoin pour que nos tourments nous abandonnent.

 

Les stoïciens pensaient que ce n'est pas dans la possession des choses que nous expérimentons notre liberté, mais par la maîtrise de nous-même, par l'exercice d'un jugement qui dépend strictement de nous.

Dans le texte qui suit, Marc-Aurèle (121- 180), empereur romain, disciple d'Epictète,  et qui a lui-même inspiré Montesquieu, Renan, Sartre, explique que c'est de vivre en paix avec soi-même qui constitue notre vrai refuge. Il écrivit ses Pensées au cours de ses nombreuses expéditions contre les Barbares, dans la région du Danube. Après sa mort, elles furent réunies sous le titre A lui-même.

Cependant, il faut relativiser les thèses stoïciennes assez pessimistes parfois, comme le sont les Pensées de Marc-Aurèle. Mais ce qui m'intéresse dans l'approche de cette école, c'est la valeur du présent conçue comme seule réalité temporelle concrète véritable car le passé et le futur nous échappent. Et chacun sait comme il est difficile de vivre à fond le moment présent ! Et puis, on trouve chez Marc-Aurèle, le concept de "génie" intérieur présent en chacun de nous et conçu comme guide de l'homme, le rendant plus libre face aux vicissitudes externes.

 

 

marcaurele.jpgFaire retraite en soi-même


"Les hommes se cherchent des retraites, chaumières rustiques, rivages des mers, montagnes : toi aussi, tu te livres d'habitude à un vif désir de pareils biens. Or, c'est là le fait d'un homme ignorant et peu habile, puisqu'il t'est permis, à l'heure que tu veux, de te retirer dans toi-même. Nulle part l'homme n'a de retraite plus tranquille, moins troublée par les affaires, que celle qu'il trouve dans son âme, particulièrement si l'on a en soi-même de ces choses dont la contemplation suffit pour nous faire jouir à l'instant du calme parfait, lequel n'est pas autre, à mon sens, qu'une parfaite ordonnance de notre âme. Donne-toi donc sans cesse cette retraite, et, là, redeviens toi-même. Trouve-toi de ces maximes courtes, fondamentales, qui, au premier abord, suffiront à rendre la sérénité à ton âme et à te renvoyer en état de supporter avec résignation tout ce monde où tu feras retour.
Car enfin, qu'est-ce qui te fait peine ? La méchanceté des hommes? Mais porte la méditation sur ce principe que les êtres raisonnables sont nés les uns pour les autres; que se supporter mutuellement est une portion de la justice, et que c'est malgré nous que nous faisons le mal; enfin, qu'il n'a en rien servi à tant de gens d'avoir vécu dans les inimitiés, les soupçons, les haines, les querelles: ils sont morts, ils ne sont plus que cendre. Cesse donc enfin de te tourmenter.
Mais peut-être ce qui cause ta peine, c'est le lot d'événements qu'a créé l'ordre universel du monde ? Remets-toi en mémoire cette alternative : ou il y a une Providence, ou il n'y a que des atomes ; ou bien rappelle-toi la démonstration que le monde est comme une cité.
Mais les choses corporelles, même après cela, te feront encore sentir leur importunité ? Songe que notre pensée ne prend aucune part aux émotions douces ou rudes qui tourmentent nos esprits animaux, sitôt qu'il s'est recueilli en lui même et qu'il a bien reconnu son pouvoir propre, et toutes les autres leçons que tu as entendues sur la douleur et la volupté, et auxquelles tu as acquiescé sans résistance.
Serait-ce donc la vanité de la gloire qui viendrait agiter dans tous les sens ? Regarde alors avec quelle rapidité l'oubli enveloppe toutes choses, quel abîme infini de durée tu as devant toi comme derrière toi, combien est vain chose un bruit qui retentit, combien changeants, dénués de jugement, sont ceux qui semblent applaudir, enfin la petitesse du cercle qui délimite ta renommée. Car la terre tout entière n'est qu'un point; et ce que nous en habitons, quelle étroite partie n'en est-ce pas encore ? Et dans ce coin, combien y a-t-il d'hommes, et quels hommes ! Qui célébreront tes louanges ?
Il reste donc que tu te souviennes de te retirer dans ce petit domaine qui est toi-même. Et, avant tout, ne te laisse point emporter çà et là. Point d'opiniâtreté; mais sois libre, et regarde toutes choses d'un oeil intrépide, en homme, en citoyen, en être destiné à la mort.
Puis, entre les vérités les plus usuelles, objets de ton attention, place les deux suivantes : l'une, que les choses extérieures ne sont point en contact avec notre âme, mais immobiles en dehors d'elle, et que le trouble naît en nous de la seule opinion que nous nous en sommes formés intérieurement ; l'autre, que tout ce que tu vois va changer dans un moment et ne sera plus. Remets-toi sans cesse en mémoire combien de changements se sont déjà accomplis sous tes yeux. Le monde, c'est transformation ; la vie, c'est opinion."

 

Marc-Aurèle, Pensées.

 

Bon voyage !

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 22:25

    chouette-300x211    Ce 3e rendez-vous des Lundis philo est l’occasion de présenter deux ouvrages d’Alexandre Jollien, un jeune philosophe que l’on a pu écouter à la Grande Librairie le 11 octobre 2012 (de mémoire), à l’occasion de la parution de son nouvel essai dont je vous laisse savourer le titre : Petit traité de l’abandon. Ce soir, ce n’est pourtant pas celui-ci que je vais présenter dans le détail car je viens tout juste de le recevoir.  


  eloge-de-la-faiblesse-copie-1.jpg  Ce week-end, j’ai lu Eloge de la faiblesse, son tout premier livre, paru aux éditions du Cerf en 1999, puis chez Marabout en 2011. Depuis ce premier récit-témoignage dans lequel l’auteur dialogue avec Socrate, Alexandre Jollien a écrit d’autres essais, largement médiatisés dont, en 2006, La Construction de soi. Un usage de la philosophie, que je lirai et présenterai très prochainement.

 

  Mais qui est Alexandre Jollien ? Victime d’athétose (asphyxie due au cordon ombilical enroulé autour du cou) au moment de sa naissance en 1975, ce jeune Suisse que l’on peut qualifier de « philosophe joyeux » (une référence au philosophe catalan Raymond Lulle),  souffre d’un handicap neuromusculaire, qui va bouleverser son existence.

Dans Eloge de la faiblesse, il raconte les dix-sept années passées dans un institut pour personnes souffrant d’une IMC (Infirmité Motrice Cérébrale), la douleur de quitter ses parents – sa mère surtout lorsqu’il était enfant - et son frère chaque dimanche, la solitude malgré l’extraordinaire fraternité et l’amitié profonde qui l’unit pour la vie  à ses camarades pensionnaires, les difficultés avec les éducateurs.

Les anecdotes dont il se souvient lui permettent de développer sa réflexion et d’analyser comment les épreuves ont forgé sa personnalité.

 

    Comme je l’ai dit, il s’entretient avec Socrate qui, dans l’Antiquité, se mêlait à la foule de l’Agora à Athènes, pour dispenser son enseignement. Il s'opposait aux sophistes, professeurs de rhétorique contre une forte rétribution alors que Socrate questionnait gratuitement : il estimait  qu’il fallait accoucher les esprits, que chacun avait les réponses et les ressources à l’intérieur de lui-même, et donc que son rôle était de faciliter l’éclosion de ce savoir, de le mettre en lumière. C’est la maïeutique et le fameux appel socratique « Connais-toi toi-même » en est l’expression philosophique la plus populaire.

Mais revenons à Alexandre Jollien dont Socrate est le maître depuis que, dans une librairie, il a rencontré « Dame philosophie », à travers l’un de ses écrits. C’est ensuite, avec toute la volonté et la force intérieure qui l’animent, qu'Alexandre Jollien s’est battu pour suivre un cursus universitaire et qu'il a obtenu sa licence de philosophie.

 

    Son parcours remarquable, mais aussi sa lucidité sur le handicap et sur la vie en général nous invite d’abord à changer notre propre regard, à abandonner nos préjugés. Par son expérience, il nous montre comment on peut « tirer profit même de la situation la plus destructrice ». Dans son essai, il s’interroge sur la normalité, il remet en question ce que la société considère comme normal et anormal. Il apporte ses réponses aux questions Qu’est-ce qu’un homme ? Qu’est-ce que la sagesse ? L’amitié ? Quel est le profil d’un bon éducateur ?

Citant Aristote, il nous invite à nous étonner de ce qui nous entoure pour philosopher et donc dépasser les clichés. Comme Pascal, il nous conseille de gérer l’harmonie entre le corps et l’esprit, pour être un être accompli.


Voici les deux citations qui m’ont le plus marquée :


«  Il faut toujours se dépasser, sans cesse aller au-delà de soi-même, s’engendrer, parfaire ce qui est déjà réalisé en soi. Cette intuition revêtit très tôt une importance radicale. Le bonheur, s’il existe, s’oppose ainsi diamétralement à un confort quiet, tranquille, tiède. Il réclame une activité intense, une lutte sempiternelle ; il s’apparente à une plénitude désintéressée acquise dans un combat permanent. »

 Et Socrate de répondre : « Voici précisément la tâche du philosophe. »


« Je dis simplement qu’il faut tout mettre en œuvre pour parvenir à tirer profit, même de la situation la plus destructrice. J’insiste sur les épreuves parce que celles-ci restent inévitables. Rien ne sert de discourir, d’épiloguer des heures durant sur la souffrance. Il faut trouver des moyens pour l’éliminer et, si on ne le peut pas, l’accepter, lui donner un sens. »


Alexandre Jollien souhaitait que son essai puisse servir à « entrer en soi-même, découvrir ses aspirations profondes, sa quête véritable. » Il réussit en tous cas le pari de nous faire « regarder autrement », ce qui est l’objet même de la philosophie.


Bonne lecture et bon voyage  !

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 19:13

      chouette-300x211

 

       Pour ce deuxième rendez-vous autour de la philosophie, j’aimerais vous parler d’un essai d’André Comte-Sponville : l'édition de poche m’accompagne depuis plusieurs années, comme d’autres écrits du même auteur. J'aime beaucoup ce philosophe contemporain, qui explique que "philosopher, c'est penser sa vie et vivre sa pensée" et qui a l’art de rendre la philosophie accessible, de faciliter la lecture des grands auteurs du passé, qui sont des maîtres à penser, mais dont l'appoche n’est pas toujours aisée pour les non-spécialistes.


  presentation-de-la-philosophie-1480852-250-400.jpg  Dans l’avant-propos de Présentations de la philosophie, André Comte-Sponville explique que, pour ôter à la lecture des textes philosophiques son côté décourageant voire rébarbatif, il a publié ses « Carnets de philosophie » dans une collection d’initiation à la philosophie composée de douze petits volumes comportant chacun une quarantaine de textes courts sur douze thèmes-phare. Chaque volume comportait une présentation des principales notions avec leurs termes-clés.

Présentations de la philosophie n’est autre que la version revue et augmentée de ces douze présentations avec l’ambition de constituer une porte d’entrée, une voie d’accès plus facile car moins hermétique aux principales thématiques universelles : la morale, la politique, l’amour, la mort, la connaissance, la liberté, Dieu, l’athéisme, l’art, le temps, l’homme, la sagesse.

Ces douze chapitres sont suivis d’une bibliographie très complète pour que cette initiation remplisse parfaitement son rôle : inciter à la lecture des auteurs classiques ou contemporains, approfondir certains domaines de réflexion en fonction de ses goûts, de ses préoccupations du moment. Les ouvrages référencés sont classés par niveau de difficulté.


« Philosopher, c’est penser par soi-même, chercher la liberté et le bonheur, dans la vérité. Mais nul n’y parvient sans l’aide de la pensée des autres, sans ces grands philosophes qui depuis l’Antiquité ont voulu éclairer les grandes questions de la vie humaine. »

(Extrait de la quatrième de couverture)

 

Présentations de la philosophie risque bien de devenir votre livre de chevet tant son approche est efficace, concrète et convaincante. André Comte-Sponville accompagne à merveille nos premiers pas de philosophe et nous donne envie d’aller plus loin ! Dans tous ses ouvrages – je vous parlerai bientôt d’Impromptus -, il réussit le pari lancé par Diderot en son temps :

 

« Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ! »

Denis Diderot  (1713-1784), Pensées sur l'interprétation de la nature, 1753


Voici la fin de l'avant-propos dans lequel André Comte-Sponville explique pourquoi "il faut philosopher" :


"Il faut donc philosopher : penser aussi loin qu'on peut, et plus loin qu'on ne sait. Dans quel but ? Une vie humaine, plus lucide, plus sereine, plus raisonnable, plus heureuse, plus libre... C'est ce qu'on appelle traditionnellement la sagesse, qui serait un bonheur sans illusions ni mensonges. Peut-on l'atteindre ? Jamais totalement sans doute. Mais cela n'empêche pas d'y tendre, ni de s'en rapprocher. "La philosophie, écrit Kant, est pour l'homme effort vers la sagesse, qui est toujours inaccompli." Raison de plus pour s'y mettre sans tarder. Il s'agit de penser mieux, pour vivre mieux. La philosophie est ce travail ; la sagesse, ce repos.

Qu'est-ce que la philosophie ? Les réponses sont aussi nombreuses, ou peu s'en faut, que les philosophes. Cela n'empêche pas toutefois qu'elles se recoupent ou convergent vers l'essentiel. Pour ma part, j'ai un faible, depuis mes années d'études, pour la réponse d'Epicure : "La philosophie est une activité, qui, par des discours et des raisonnements nous procure la vie heureuse." C'est définir la philosophie par sa plus grande réussite (la sagesse, la béatitude), et cela vaut mieux, même si la réussite n'est jamais totale, que de l'enfermer dans ses échecs. le bonheur est le but ; la philosophie, le chemin. Bon voyage à tous !"

 

André Comte-Sponville, Présentations de la philosophie, Le Livre de poche, 2000

 

Pour terminer, je vous rappelle que vous pouvez vous inscrire à la communauté "Les Lundis philo" et je vous propose de publier vous aussi chaque lundi sur vos blogs, une citation philosophique, un petit texte de réflexion libre ou un compte-rendu de lecture. N'oubliez pas d'indiquer vos liens en commentaire. Et  nous conservons toujours notre rendez-vous thématique mensuel, le premier lundi de chaque mois. D'ailleurs, n'hésitez pas à proposer des thèmes sur lesquels vous aimeriez échanger !

 

Bonne soirée à tous et bon voyage !

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Présentation

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A lire absolument ! Efflorescences IsmaëlBilly

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Mon rendez-vous philo

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Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

Anis ?

Coccinelle

Denis

Lee Rony

Sophie ?

Heide

 

9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

Lundi 5 novembre 2012

Thème : le bonheur

Catherine : Le bonheur

Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

Lee Rony : Le bonheur

Heide : Le bonheur selon Marc-Aurèle

 

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