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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 23:15

Ecoutonsunlivre

 

Présentation de l'éditeur :


"Une île sauvage du sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, toute en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.


L'interprétation toute en maîtrise de thierry Janssen redouble la maléfique efficacité de ce roman inoubliable."

sukkewan-island-10.jpg

 

Sukkwan Island restera pour moi un choc littéraire. Par la force des descriptions, par la précision de l’analyse psychologique, ce récit sombre montre toute la puissance de la littérature, qui peut nous transporter au cœur d’une situation extrêmement tendue, que l’on pressent dangereuse immédiatement. Dés les premiers mots, on en ressent l’atmosphère  morbide et le malaise nous prépare à devenir, en moins d’une seconde, le témoin horrifié d’un événement que nul n’aurait pu prévoir.  

 

Durant environ 5 heures, j’ai écouté Thierry Janssen me livrer une histoire si vraisemblable que mon émotion devant l’horreur des faits s’en est trouvée décuplée. Ses talents de comédien et son excellente maîtrise des voix qui incarnent les différents personnages, servent extrêmement bien l’histoire. Je ne m’attendais pas du tout à ce qui s’est passé, c’était totalement imprévisible même si la tension extrême au moment où tout bascule nous montre que quelque chose de terrible va survenir.

Le danger est là, depuis le début du roman, il est palpable dans la détresse de Roy, le jeune adolescent, extrêmement perturbé par le comportement de son père, Jim, qui semble sur le point de perdre la tête : est-il schizophrène ? Suicidaire ? Tout permet de le penser. Mais Roy est obligé de s’en remettre à ce père défaillant, parce qu’il reste tout de même son père, parce qu’il est seul avec lui sur une île perdue au milieu de rien, - hébergeant quelques ours suffisamment agressifs pour devenir une menace... -, parce qu’il n’a que treize ans et qu’il a peur.

VannDavid.jpg

David Vann

 

David Vann est né sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français. (Source : audiolib.fr)


ThierryJanssen 01Thierry Janssen est né en 1972. Diplômé de l'IAD Théâtre en 1995, il est à la fois comédien, auteur et metteur en scène.

 

 

Sukkwan Island, premier roman de David Vann, a reçu le Prix Medicis 2010. J'inscris donc également ce billet dans le cadre des challenges A tous prix de Laure et Premier roman d'Anne.

 

Bonne écoute ! 

 

Heide


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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 09:41

Aragonetelsatriolet.jpg

Louis Aragon et Elas Triolet, février 1961 (Source : Le Figaro.fr)

 

"La Constellation" est extrait de la section "Cantique à Elsa" qui appartient au recueil Les Yeux d'Elsa, publié en 1942. Louis Aragon, poète surréaliste, né en 1897 et mort en 1982, chante dans ce recueil son amour pour Elsa Triolet, qu'il a rencontrée en 1928.

 

J'aime beaucoup le début du poème.

 

La Constellation

 

Aucun mot n'est trop grand trop fou quand c'est pour elle

Je lui songe une robe en nuages filés

Et je rendrai jaloux les anges de ses ailes

            De ses bijoux les hirondelles

Sur la terre les fleurs se croiront exilées

 

Je tresserai mes vers de verre et de verveine

Je tisserai ma rime au métier de la fée

Et trouvère du vent je verserai la vaine

            Avoine verte de mes veines

Pour récolter la strophe et t'offrir ce trophée

 

Le poème grandit m'entraîne et tourbillonne

Ce Saint-Laurent pressent le Niagara voisin

Les cloches des noyés dans ses eaux carillonnent

Comme un petit d'une lionne

Il m'arrache à la terre aux patients raisins

 

Voici le ciel pays de la louange énorme

C'est de tes belles mains que neige la clarté

Etoile mon étoile aux doigts de chloroforme

            Comment veux-tu que je m'endorme

Tout me ramène à toi qui m'en semble écarter

 

Et parlant de tes mains comment se peut-il faire

Que je n'en ai rien dit moi qui les aime tant

Tes mains que tant de fois les miennes réchauffèrent

            Du froid qu'il fait dans notre enfer

Primevères du coeur promesses du printemps

 

Tes merveilleuses mains à qui d'autres rêvèrent

Téméraires blancheurs oiseaux de paradis

Et que jalousement mes longs baisers révèrent

            Automne été printemps hiver

Tes mains que j'aime tant que je n'en ai rien dit

 

Le secret de ces mains au-delà de notre âge

Mènera les amants qui parleront de nous

Mais qu'est un beau soleil à qui n'a vu l'orage

            Sans le désert qu'est le mirage

On sait un pays grand lorsqu'il est à genoux

[...]

 

                                                    Louis Aragon, "Cantique à Elsa", Les Yeux d'Elsa,

                                                    pages 100-102, Seghers, 1942

 

aragon_les-yeux-d-elsa.jpg

 

Bon dimanche !

 

Heide

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Published by Heide - dans Poésie
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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 20:13

KennethCook_Acoupsredoubles.jpg

 

Kenneth Cook est un écrivain australien, né en 1929 et mort en 1987. A coups redoublés vient d’être réédité en poche, après une première publication en 1974 et une publication aux Editions Autrement, en 2008. Le titre original est Bloodhouse. C’est en flânant chez mon libraire que je suis tombée sur ce court roman de 140 pages dont la quatrième de couverture m’a intriguée. Je vous en livre le contenu.


Quatrième de couverture


« Que s’est-il passé le samedi 17 juin au Calpe, l’hôtel-bar-discothèque où viennent s’amuser les jeunes Australiens ? Par quel enchaînement en est-on arrivé à ce « tableau d’ignominie, d’effroi et de confusion » décrit par le procureur ? Les frustrations de John Verdon, après une dure semaine de travail aux abattoirs, ont sans doute pesé lourd… Mais il n’est pas le seul à s’être laissé entraîner par ses pulsions vers l’issue fatale. »


Les événements se déroulent dans un hôtel australien typique où le client trouve, en plus des chambres, un ou des restaurants, des salles de bar dont le public bar et le lounge, deux espaces qui n’accueillent pas la même population. On y trouve également un magasin de vente d’alcool à emporter,  entre autres. Cet hôtel est donc un lieu immense, tenu par Mick et son épouse Jenny. Mick est un homme cupide et malhonnête, à la limite de la misanthropie : s’il voue un amour inconditionnel à son chat prénommé Mol - le matou va jouer un rôle non négligeable dans l'histoire -, il n’a que faire de tous ces jeunes qui s’alcoolisent, parfois jusqu’à la limite fatale ou se prostituent dans les chambres de son établissement… Il leur refuse tout secours, toute assistance et se contente de les mettre à la porte, si cela risque de lui attirer des ennuis.


L’ambiance de cet hôtel est vraiment glauque. Kenneth Cook s’attache aux faits et uniquement à eux. Les personnages sont campés brièvement pour accentuer l’absence de sentiments, leur assimilation à des « brutes épaisses ». L’ivresse les désinhibe et leurs actes sont perpétrés froidement. La narration, efficace, presque mécanique est à l’image de la brutalité des relations entre ces hommes,  jeunes pour la plupart, ces très jeunes filles, que l’alcool transforme en automates, presque en zombies. L’impression d’ensemble est vraiment très déstabilisante pour le lecteur et certaines scènes ultra-réalistes font froid dans le dos.


Je dois dire que je ne m’attendais pas du tout au dénouement. Les chapitres de narration sont entrecoupés de projection dans l’avenir, au moment du procès et des différentes plaidoiries.  Nous savons donc dés le début qu’une personne a été tuée, mais nous ne savons pas qui est la victime, encore moins qui est le coupable. Tout au long du roman, le lecteur pose des hypothèses, mais Kenneth Cook nous promène jusqu’à la toute dernière ligne !


Voici l’avis de Telerama (Quatrième de couverture) :


«  A coups redoublés est une incursion foudroyante dans un univers de violence, une fin du monde annoncée. Pas de pathos, de compassion, rien que des faits. L’auteur casse sa narration de courts chapitres d’audiences au tribunal : qui est mort ? Qui a tué ? »


C’est un roman atypique, qui n’est pas vraiment un polar puisque toute l’intrigue, mis à part les extraits de plaidoiries, se situe en amont du décès de la victime. De plus, aucun policier ne figure parmi les personnages.

La lecture d'A coups redoublés m’a remuée et je trouve qu’elle nous engage à une réflexion sur les  ravages de l’alcool, la violence qu’il génère et l'extrême vulnérabilité des jeunes gens face à cette addiction.


L’incipit 

 

Le procureur :

Mesdames et Messieurs les jurés : les témoignages que vous venez d'entendre ont brossé un tableau d'ignominie, d'effroi et de confusion. Les faits, présentés sous forme de vignettes lors de l'audition, constituent un moyen de preuve. Il vous appartient maintenant d'étudier ces vignettes, de rejeter celles qui vous paraissent erronées, et d'assembler les autres pour établir la vérité. Vous rendrez votre verdict en fonction du tableau que vous reconstituerez, en toute honnêteté et objectivité.

Mon devoir n'est pas de garantir une inculpation, mais de vous aider à prononcer un verdict juste. Cette tâche est rarement simple, et, dans le cas qui nous intéresse, particulièrement complexe. Nous devons cette complexité à la nature des faits, à l'incohérence des dépositions et même aux limites du droit pénal car il est manifeste que l'accusé n'avait aucune intention de tuer, ni même de blesser la victime. Mais, comme M. le juge vous le dira, tout cela est hors de propos. J'y reviendrai.

Permettez-moi pour l'instant de récapituler les éléments de l'enquête, à l'issue de quoi, à mon avis, vous ne pourrez qu'opter pour le verdict de culpabilité : je vais retracer les événements survenus le samedi dix-sept du mois de juin dernier à l'hôtel Calpe."

 

Bonne lecture !

 

Heide 

Cook-KennethKenneth COOK

(1929-1987)

 

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 21:03

chouette-300x211

 

Freud-avenir-illusion gPour ce rendez-vous de février, j'ai lu un essai de Freud que j'avais étudié en 1989, année du bac : L'Avenir d'une illusion ne m'a pas vraiment passionnée, je l'avoue. Freud s'interroge sur le fondement de la religion. Il montre que son extinction  est possible car le dogme religieux est une illusion dérivée du désir d'être protégé, comme l'enfant recherche l'apaisement dû à la présence du père. Cette illusion, qui est une croyance d'ordre affective liée à l'enfance, apaise l'angoisse humaine. C'est pourquoi selon Freud, à travers l'illusion religieuse, l'homme angoissé s'accroche à un père protecteur tout-puissant.

 

Freud-Introductionàlapsychanalyse

 

J'ai ressorti de ma bibliothèque Introduction à la psychanalyse et je me suis intéressée aux trois instances de l'appareil psychique, le ça, le moi et le surmoi, élaborées par Freud dés 1920.


nouvelles-conferences-d-introduction-a-la-psychanalyse-sigm.gifDans la XXXIe conférence des Nouvelles Conférences d'introduction à la psychanalyse (1933), Freud définit ces notions et analyse leurs relations. En voici un extrait :

 

"Un proverbe met en garde de servir deux maîtres à la fois. Le pauvre moi est dans une situation encore pire, il sert trois maîtres sévères, il s'efforce de concilier leurs revendications et leurs exigences. Ces revendications divergent toujours, paraissent souvent incompatibles, il n'est pas étonnant que le moi échoue si souvent dans sa tâche. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on suit les efforts du moi pour les satisfaire tous en même temps, plus exactement pour leur obéir en même temps, on ne peut regretter d'avoir personnifié ce moi, de l'avoir présenté comme un être particulier. Il se sent entravé de trois côtés, menacé par trois sortes de dangers auxquels il réagit, en cas de détresse, par un développement d'angoisse. [...]

Poussé par le ça, entravé par le surmoi, rejeté par la réalité, le moi lutte pour venir à bout de sa tâche économique, qui consiste à établir l'harmonie parmi les forces et les influences qui agissent en lui et sur lui, et nous comprenons pourquoi nous ne pouvons très souvent réprimer l'exclamation : "la vie n'est pas facile !" Lorsque le moi est contraint de reconnaître sa faiblesse, il éclate en angoisse, une angoisse réelle devant le monde extérieur, une angoisse de conscience devant le surmoi, une angoisse névrotique devant la force des passions logées dans le ça."

 

Freud, Nouvelles Conférences d'introduction à la prsychanalyse,

p. 107, coll. Folio essais, Gallimard

 

Ainsi "[Le] moi [...] n'est pas maître dans sa propre maison." (Freud)

 

Que représentent ces trois instances de l'appareil psychique ?

Le moi a une fonction de liaison des processus psychiques. Il instaure le principe de réalité.

Le surmoi est l'intériorisation des exigences et des interdits parentaux. L'ensemble de ces interdits, une fois intériorisés, deviennent les représentants de l'autorité extérieure. Le surmoi est en fait le siège de notre conscience morale.

Le ça est le réservoir de nos émotions pulsionnelles. Il est totalement inconscient et la tâche de la psychanalyse est donc d'essayer de l'atteindre.

 

Je n'ai pas eu le temps d'aller plus loin dans mes investigations, mais les textes que j'ai pu lire autour du lapsus lingae, du refoulement de nos représentations mentales dans l'inconscient et de l'interprétation des rêves m'ont beaucoup intéressée.


Voici quelques ouvrages qui permettent de découvrir le champ d'application des théories freudiennes. Ce sont ses oeuvres majeures :

Totem et tabou, 1913

Introduction à la psychanalyse, 1917

Au-delà du principe du plaisir, 1920

L'Avenir d'une illusion, 1927

Le Malaise dans la culture, 1930

 

Signalons également la parution, en octobre 2012, chez Fayard, de la correspondance inédite de Freud avec sa fille Anna.

Freud_Correspondance-inedite.jpg

Je vous invite à lire les contributions de Catherine, Denis et Lee Rony. Un grand merci à tous les participants !

 

Prochain rendez-vous le lundi 4 mars 2013, avec le thème 

 

Femmes philosophes

 Qu'en dites-vous ?

 

Belles lectures et bons voyages philosophiques !

 

Heide

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Published by Heide - dans Philosophie
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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 20:49

 

higashino-keigo-le-dc3a9vouement-du-suspect-x.jpg

Roman traduit du japonais par Sophie Refle

Editions Actes sud, 2011 (pour la traduction française)

Collection : Babel noir

314 pages

 

HigashinoKeigoportrait.jpgPour commencer, un grand merci à Adalana car je n’aurais sans doute pas découvert Higahino Keigo, l’un des auteurs majeurs du polar japonais sans le challenge "Ecrivains japonais 2013" qu’elle a organisé.


 Le Dévouement du suspect X a reçu le prix Naoki, en 2005. C’est une récompense importante au Japon, amplement méritée à mon avis tant l’intrigue est passionnante et habilement construite. C’est un énorme coup de cœur, que je vous présente aujourd’hui et je ne tarderai pas à me plonger dans La Maison où je suis mort autrefois (2010, Prix polar international de Cognac) et Un café maison (2012), publiés dans la collection « Actes noirs ».


Difficile de résumer un tel polar ! Un meurtre est commis dés les premières pages. Le lecteur, qui connaît donc le coupable, se trouve happé par l’enquête de police, impatient de savoir comment tout cela va finir.  Ce que nous livre la quatrième de couverture et que je vais résumer selon mon propre ressenti, ne dévoile en rien le cœur de l’intrigue.  En fait, tout au long du roman, le lecteur ne se pose pas les mêmes questions que les enquêteurs car nous avons des données qu’ils n’ont pas : que s’est-il passé après le meurtre ? Quelles instructions précises Igashimi va-t-il donner à Yasuko ? En faveur de quel scénario ? 

C’est un peu comme si deux enquêtes étaient menées en parallèle et que les deux se rejoignaient à la fin. L’art de Higashino Keigo est de nous conduire tous, progressivement, vers un dénouement pour le moins inattendu…

 

L’histoire

 

Yasuko élève seule sa fille Misato. Ancienne entraîneuse dans un bar de nuit, elle a suivi Sayoko et son mari, qui ont monté un commerce de restauration, appelé « Bententei ». Igashimi, professeur de mathématiques achète ses boîtes repas chez ce traiteur, ce qui lui donne un prétexte pour voir Yasuko, sa voisine, dont il est amoureux. Yasuko n’est pas attirée par cet homme à la personnalité énigmatique : « elle avait conscience de son existence de la même manière qu’elle savait qu’il y avait des fissures sur les murs de son appartement. Elle n’y attachait aucune importance et ne voyait pas la nécessité de le faire. » (14) Mais un soir, à son domicile, Yasuko étrangle son ex-mari, qui ne cesse de la harceler et qui vient de s’en prendre à Misato.  Igashimi, qui a tout entendu, prend les choses en mains et propose à Yasuko de faire disparaître le corps. Il lui indique très précisément la conduite à tenir face à la police, lui fabrique un alibi et la jeune femme, dont la seule volonté est de protéger sa fille Misato, se conforme à ses instructions.

Un cadavre horriblement mutilé est retrouvé et identifié : la police établit qu’il s’agit de Togashi , l’ex-mari de Yasuko et celle-ci ne tarde pas à être questionnée voire soupçonnée du crime. Mais l’enquête piétine. L’inspecteur Kusanagi, chargé de l’affaire, consulte souvent son ami Yukawa, « un brillant physicien aux impressionnantes facultés de déduction logique » (4e de couverture). Yukawa a connu Igashimi à l’université. A l’époque, ils étaient tous deux fascinés par le problème P ≠ NP :  

« Est-il plus difficile de chercher la solution d’un problème que de vérifier sa solution ? » 


Tout est dans cet aphorisme scientifique auquel s’ajoute ce que Yasuka se rappelle avoir dit à Ishigami :  

« Dans notre monde, aucun engrenage n’est inutile, et c’est l’engrenage lui-même qui décide à quoi il servira. » (p. 275)

 

Un coup de coeur !

 

J’ai adoré ce polar, que j’ai lu en 24 heures, sans presque pouvoir m’interrompre tant j’avais hâte de connaître l’issue de toute cette sombre affaire. On se fait très vite aux noms de lieux et de personnages japonais, des sonorités dont on a peu l’habitude : je craignais d’être perdue, ce ne fut pas du tout le cas.

Higashino Keigo a beaucoup travaillé sur la psychologie de ses personnages pour les rendre attachants ou surprenants : à côté de Yasuko et de sa fille, criminelles malgré elles et pour lesquelles on ressent une vive empathie, la froideur calculatrice et les motivations d’Igashimi  m’ont paru effrayantes. Je n’en dirai pas plus, mais je vous conseille de vous précipiter chez votre libraire si vous êtes amateurs(trices) de polar noir : Le Dénouement du suspect X est magistral !

 

Cette chronique est donc ma première contribution au challenge « Ecrivains japonais 2013 » chez Adalana et  au challenge « A tous prix » chez Laure.

 

Belle lecture !

 

Heide

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 22:57

Les-impudentsMD-copie-1.jpgMarguerite Duras, Les Impudents, 1943

Folio, 246 pages

 

Marguerite Duras est entrée en littérature en 1943 avec Les Impudents. Les thèmes durassiens sont déjà bien présents dans ce premier roman : les souffrances générées par des relations familiales extrêmement violentes que cristallisent les angoisses maternelles,  son amour quasi-exclusif pour le fils aîné « si pourri qu’il en est aussi léger qu’une branche de bois mort » (p. 220). Nous avons là, en substances, l’enfance et l’adolescence douloureuses de Marguerite Duras, qui n’aura jamais pu « trouver sa place dans la constellation maternelle » (Laure Adler, Marguerite Duras, p. 27).

 

    L’histoire

 

Maud Grant, jeune fille secrète et tourmentée, très observatrice également, vit auprès de sa mère Mme Grant-Taneran, de son frère Jacques Grant et de son demi-frère Henri Taneran, sous le même toit que son beau-père M. Taneran, dont il sera très peu question dans l’histoire.

Au début du roman, Jacques vient de perdre son épouse Muriel et, à 40 ans, il est accablé de dettes. L’accumulation des traites Tavarès pousse la famille à fuir, pour échapper à l’obligation de les payer. Jacques, Henri, Maud et leur mère  rejoignent la propriété d’Uderan, qui se trouve « dans le sud-ouest du Lot, dans la partie âpre et dépeuplée du Haut-Quercy, aux confins de la Dordogne et du Lot-et-Garonne. » (p. 45)  Mais la demeure est inhabitable : ils logeront donc chez les Pécresse dont le fils Jean convoitera Maud alors qu’elle entretient une liaison secrète avec un dénommé Georges Durieux. L’histoire tourne autour du quotidien de la famille de Maud et des habitants du village, témoins des relations tumultueuses entre ces êtres liés par le sang, mais que tout désunit. Maud parviendra-t-elle à se libérer de l’emprise de sa mère, si injuste envers elle, de  Jacques de plus en plus violent et que Mme Taneran défend systématiquement tant son amour pour lui est exclusif ? Et par quel compromis pourra-t-elle échapper à leur impudence, à leur cynisme ?

 

    Quelques impressions personnelles

 

Les Impudents  est dédié à Jacques D., le demi-frère que Marguerite Duras n’a pas connu et qui est né du premier mariage de son père, Henri Donnadieu.

Mais un autre Jacques domine l’intrigue du roman : Jacques Grant en est le personnage négatif central, outre Mme Grant-Taneran, la mère, autour de laquelle tous gravitent.

 

Maud est le personnage le plus attachant, le plus complexe aussi. Si elle souhaite qu’une chose arrive, elle n’éprouve aucun bonheur dans sa réalisation. Marguerite Duras a sans doute mis beaucoup d’elle-même dans le tempérament de Maud. Solitaire, exaltée, elle est la seule à dormir au domaine d’Uderan : pour rejoindre la demeure familiale, elle passe des heures à marcher dans la campagne, qui symbolise sans doute la transgression, l’infidélité au clan. Alors, elle se ressource au cœur de cette nature accueillante et bienveillante, avec laquelle elle se sent en harmonie et qui lui permet de laver sa culpabilité. Les errances de Maud sont, pour le lecteur, de purs délices car elles donnent lieu à de superbes passages où la psychologie du personnage semble se déployer dans la description de la campagne environnante.

On retrouve aussi la complexité du personnage de Maud dans sa liaison avec Georges, qu’elle désire et dont elle pense être amoureuse, mais qu’elle cesse d’aimer très vite, dés que la relation est acquise. Cependant, Georges lui permet de libérer ses sentiments et dés lors, elle ne s’interdit plus d’éprouver du mépris pour Jacques ni de la pitié pour sa mère. Pourtant, le couple qu’elle formera avec Georges montre, qu’au-delà des conventions sociales qui maintiennent bien des couples, « il n’y a pas d’amour heureux » chez Marguerite Duras.

 

Extrait


    « Une lueur falote de lanterne tempête apparut à la hauteur du sentier qui reliait Uderan à la propriété des Pecresse. Si on la recherchait, elle aurait dix fois le temps de s’enfuir. L’idée que l’on s’inquiétait d’elle, l’émut un peu. Des larmes lui vinrent, qui traçaient sur ses joues de frais sillons. Ils n’étaient pas heureux eux non plus, là-bas. Personne ne l’avait jamais été chez elle. Ils vivaient dans le désordre et leurs passions donnaient aux événements les plus ordinaires un tour à part, tragique, et qui vous enlevait toujours davantage l’espoir de posséder jamais le bonheur.

Mais lorsqu’on vous avait trop fait souffrir, ensuite on vous recherchait et on vous ramenait de gré ou de force. Seul cet ultime remords prouvait qu’on tenait à vous d’une certaine façon et que, sans vous, quelqu’un eût manqué à la maison. Ces pensées la touchèrent d’abord, mais elle ne tarda pas à résister à son émotion.

Non, elle ne reviendrait pas. C’était bien inutile maintenant qu’elle avait parfaitement compris comment leur attachement se manifestait. Jacques prenait plaisir à vous humilier, puis il s’efforçait de vous rassurer lui-même, afin de ne pas perdre complètement ses victimes. Non, au grand jamais, elle ne reviendrait.  

Mais n’avait-on pas appelé ? Le fantôme de sa mère la frôla, si tendre dans son souvenir, bon comme l’été qui reviendra et auquel on pense alors qu’on est encore en hiver. Elle ne bougea pas, mais ne put empêcher ses larmes de couler. »(pp.182-183)

 

Je vous invite à lire l’article très intéressant et fouillé que Denis de  Bonheur de lire a publié le 30 décembre 2012, dans les temps ! Quant à moi, je démarre mon challenge avec un mois de retard et je vous donne rendez-vous le jeudi 28 février pour La Vie tranquille, le 2e roman de MD, dans l’ordre chronologique. N’hésitez pas à nous rejoindre pour cette lecture commune si vous le souhaitez et je vous rappelle l’existence de la communauté Marguerite Duras.

 

Je rattache également mon billet au challenge « Premier roman » chez Anne et au challenge « Un classique par mois » chez Stephie (cliquez sur les logos).

 

Belle lecture !

 

Heide

 

duras sourire    Classique-final-3 Defi-PR1

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 21:19

venuspoche.jpgProsper Mérimée, La Vénus d’Ille, 1837

Editeur : Le Livre de poche (24 août 1994)

Collection Libretti

Genre : nouvelle fantastique

94 pages

 

      « La Vénus d’Ille » a été publiée en 1837, dans la revue prestigieuse la Revue des Deux Mondes. Mérimée s’était vu confier des fonctions importantes dans les affaires culturelles tant son érudition en histoire de l’art était reconnue : ainsi, dés 1834, Mérimée est Inspecteur général des Monuments historiques. En 1837, année de publication de la nouvelle, il vient d’achever une tournée d’inspection des monuments du sud de la France. Cependant, même si tout porte à croire le contraire, Mérimée lui-même rappela dans une lettre que la Vénus d’Ille n’avait jamais existé.


    La nouvelle raconte les circonstances mystérieuses de l’assassinat d’Alphonse de Peyrehorade, jeune homme de bonne famille, fort peu sympathique au demeurant, au cours de sa nuit de noces. Le narrateur, présent au moment du crime, est l’invité du père d’Alphonse, un antiquaire auquel il a été recommandé par un ami, M. de P. et qu’il est venu solliciter pour le guider dans sa découverte des ruines de la région d’Ille, petite ville tranquille des Pyrénées Orientales. Or, à son arrivée à Ille, le narrateur apprend en discutant avec son guide catalan, qu’un antique, une Vénus de bronze a été découverte, sous un arbre mort, un vieil olivier que le Catalan et Jean Coll avait pour ordre de déraciner : une main noire est alors sortie de terre et les deux hommes l’ont d’abord prise pour un cadavre en décomposition. Puis l’ayant dégagée entièrement, ils ont été saisis par l’air méchant de cette « idole », qui semblait animée d’une conscience et douée de volonté. D’autres événements troublants, impliquant la Vénus, suivront jusqu’à cette fameuse nuit de noces dont le déroulement sera mis en avant par l’enquête de police. Alphonse a-t-il été victime d’une vengeance humaine – des éléments de l’intrigue permettent de l’envisager - ou de la passion destructrice d’une statue antique démoniaque ? Et que signifie l’inscription latine « Cave Canem » sur le socle de la statue ? La double interprétation, caractéristique du registre fantastique est bien présente et le lecteur oscille entre une explication rationnelle et une autre laissant la porte ouverte au surnaturel…


     "La Vénus d'Ille" est devenue un classique du genre. Ce fut une lecture très agréable tant la fiction est bien menée, mêlant plusieurs registres voire plusieurs genres : de la chronique pittoresque d’une petite ville du Roussillon, nous passons à une enquête policière au sujet d’un drame familial. Et au centre de tout cela se déploie le fantastique, entre ironie et tragique, nourrit de symboles tels les nombreuses occurrences du chiffre 2 et « l’inquiétante étrangeté » (Freud) de la Vénus, cette « divinité infernale » qui s’anime.


Extrait :


« Je m’habillai rapidement et j’entrai dans le corridor. De l’extrémité opposée partaient des cris et des lamentations, et une voix déchirante dominait toutes les autres : « Mon fils ! mon fils ! » Il était évident qu’un malheur était arrivé à Monsieur Alphonse. Je courus à la chambre nuptiale : elle était pleine de monde. Le premier spectacle qui frappa ma vue fut le jeune homme à demi vêtu, étendu en travers sur le lit dont le bois était brisé. Il était livide, sans mouvement. Sa mère pleurait et criait à côté de lui. M. de Peyrehorade s’agitait, lui frottait les tempes avec de l’eau de Cologne ou lui mettait des sels sous le nez. Hélas ! Depuis longtemps son fils était mort. Sur un canapé, à l’autre bout de la chambre, était la mariée, en proie à d’horribles convulsions. Elle poussait des cris inarticulés, et deux robustes servantes avaient toutes les peines du monde à la contenir. 

« Mon Dieu ! m’écriai-je, qu’est-il donc arrivé ? »

 

Pour conclure, Mérimée se serait inspiré du récit d’Hermann Corner, écrit en latin au XIe siècle et source de nombreuses reprises jusqu’au XIXe siècle. Dans la version de Corner, la statue est une incarnation de la déesse Vénus elle-même et non plus une simple sculpture qui s’anime. Le texte est effectivement très semblable et je m’en tiendrai à cette remarque pour ne pas dévoiler les éléments clés de l’intrigue et préserver le plaisir de la lecture.

 

J’inscris cet article dans le cadre du challenge « Fant'classiques » chez Iluze et du challenge « Un classique par mois » chez Stephie.

 

Belle lecture !

 

Heide

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 22:02

Ecoutonsunlivre

 

     Sur une proposition de Val aime les livres, je participe pour la première fois au challenge « Ecoutons un livre » avec Chagrin d’école de Daniel Pennac, un « essai narratif » selon les propres termes de l’auteur interviewé à la fin du disque audio.

Pennac_Chagrin-d-ecole_Gallimard.jpg

Le livre-papier a été publié chez Gallimard, en 2007. Il se trouvait dans ma PAL depuis sa sortie et j’en avais commencé la lecture sans l’achever, non par manque d’intérêt, bien au contraire, mais parce que je devais être dans une de mes périodes « butinage »…

Je précise que je rédige ce billet en jouant le jeu c’est-à-dire que je me fie uniquement à ma mémoire auditive et que je n’aurai donc pas recours au livre papier pour recopier des extraits, par exemple.

 

Pennac_Chagrin-d-ecole_Liredanslenoir.jpg

     Le livre audio a été enregistré, dans les studios de Radio France, par l’association « Lire dans le noir » et c’est Daniel Pennac lui-même qui s’est prêté à cette lecture à voix haute.  Quel régal ! 6h17 d’écoute exactement, toute une semaine de trajets quotidiens avec l’impression réjouissante d’avoir un passager de marque, un grand écrivain à mes côtés !

 

     Chagrin d’école  est donc un livre sur l’école et sur les cancres. Aucune arrière-pensée péjorative dans ce terme devenu obsolète. C’est celui qu’emploie Daniel Pennac quand il nous raconte les années d’échec scolaire du petit Pennacchionni, quand il évoque sa douleur, l’inquiétude de ses parents, le sentiment d’échec des professeurs. La souffrance de tous en somme. Un séjour de plusieurs heures dans une décharge publique de Djibouti est la seule explication rationnelle et psychologique, qui a pu être trouvée pour expliquer sa cancrerie, lui qui a grandi dans une famille cultivée et sans histoire, lui qui aimait tant la compagnie des livres par ailleurs.


     Certains passages sont à la fois drôles et émouvants : je pense en particulier au moment où il raconte la réaction de sa mère qui vient de regarder un reportage sur ce fils, devenu écrivain : « tu crois qu’il s’en sortira un jour ?», demande-t-elle à Bernard, le frère aîné de Daniel. C’est que l’inquiétude ne l’a jamais totalement quittée, comme toutes les mères de cancres.

Derrière l’humour, on entend bien la souffrance de l’enfant qui « n’Y comprend rien », qui « n’Y a jamais rien compris » et Daniel Pennac nous explique la nécessité absolue de découvrir ce que recouvre ce Y, source de tant de problèmes, de tant de blocages et d’échecs.

Quel professeur devait-il être ! De ceux qui marquent à vie tant ils sont passionnés par leur métier, tant ils ont à cœur de sauver de la noyade des élèves réputés définitivement irrécupérables. De ceux qui n’abandonnent jamais et retroussent leurs manches pour vider autant que possible ce cloaque infâme et insalubre qu’est la « poubelle de Djibouti », un lieu terrifiant et fantasmatique, devenu pour lui, en quelques sortes, le symbole de la désespérance des élèves abandonnés à leur échec.

Alors, Daniel Pennac raconte ses années de professorat, analyse le rôle des internats, donne des « trucs » pédagogiques passionnants et affirme que le seul remède à l’inculture est la fréquentation de la culture à très haute dose. Il était très exigeant avec ses élèves, allant jusqu’à leur demander d’apprendre par cœur de beaux textes de notre patrimoine et,  ces textes étant numérotés, d’être capables de réciter à n’importe quel moment de l’année, n’importe lequel de ces textes, appelé par son numéro, après en avoir donné le titre exact. Et il les invitait, à chaque heure de cours, à un plongeon dans la langue, la langue française qu’il adore, lui qui était profondément dysorthographique.


     A l’écoute, ce livre peut être divisé en trois grands moments – qui ne sont pas précisément les parties du livre-papier : la scolarité de Daniel Pennacchionni ; ses années d’enseignement, quand il est « devenu » - fierté discrète et pudeur touchante de son père qui ne commenta jamais ouvertement sa réussite, mais qui avait écrit sur l’enveloppe d’un courrier qu’il lui avait adressé au collège, « Daniel Pennacchionni, professeur » ; enfin l’école et son rôle dans la société contemporaine.


Dans ce troisième moment, il convoque « Maximilien » : c’est ainsi qu’il baptise tous les jeunes des cités auxquels il voue une tendresse particulière, sans qu’aucune mauvaise foi n’apparaisse dans son discours d’ailleurs. Celle qu’il accuse ouvertement, c’est « Grand-mère Marketing », qui ne tricote plus des chandails ou des tricots comme le faisaient les grands-mères d'antan, non, cette grand-mère-là, elle fait de Maximilien un enfant-client : elle le couvre de marques de la tête aux pieds et le transforme, à son insu, en panneau publicitaire ambulant.

Daniel Pennac compte cinq catégories d’enfants dans le monde, précisant que tous sont exploités. Son argumentation nous invite à la réflexion sur notre société de consommation et sur le mode de vie de cette génération d’enfants-clients. Le ton est grave, et j’ai ressenti une forte émotion en écoutant les dialogues entre l’auteur et les jeunes de cités qu’il est venu rencontrer dans leur lycée : « mais non, ce ne sont pas les profs qui te prennent la tête, elle est déjà prise ta tête, les profs essaient de te la rendre ! » C’était d’autant plus fort que la voix de l’écrivain lui-même portait le propos. Magie du livre audio !


Si je devais retenir un seul passage, une seule image de ce livre écouté, ce serait le dernier, la métaphore finale, dans laquelle il compare les élèves en échec, qu’il faut sortir du « coma scolaire » à ces hirondelles déviantes, qui volent en échappant à toute règle, comme prises de folie et viennent se fracasser contre les fenêtres de sa chambre,  chaque automne.


« Une hirondelle assommée est une hirondelle à ranimer, point final. »

 

On n'y parvient pas toujours, mais du moins aura-t-on essayé... C’est la dernière phrase du livre et elle en résume toute la philosophie.


Bonne écoute !


Heide

 

C'est mon premier article aussi pour le challenge de George.

 

challenge-daniel-pennac
Cliquez sur les deux logos pour lire d'autres contributions chez  Val aime les livres et chez George : vous pourrez lire sa chronique sur Le Roman d'Ernest et Celestine de Daniel Pennac, ICI.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 21:40

Challenge-Genevieve-Brisac-2013.jpg

Anis nous propose de « lire avec Geneviève Brisac » : dans ce challenge de Litterama, un blog superbe, consacré à la littérature au féminin,  il s’agira de « faire connaissance avec les auteures présentées par Geneviève Brisac dans son livre "La Marche du cavalier". Onze écrivains, onze voix singulières qui marquent selon elle la littérature écrite par les femmes. » Anis nous propose trois catégories selon notre appétit de découverte. Tous les détails en cliquant sur le logo.


Ecoutonsunlivre.jpg

Val aime les livres a eu l’excellente idée de mettre à l’honneur le livre audio : pour cela, les participants doivent publier un billet sur le livre audio de leur choix, le 16 de chaque mois. Ce mois-ci, je présenterai Chagrin d’école de Daniel Pennac.

 

challenge-daniel-pennac.jpgGeorge nous propose des challenges tous plus intéressants les uns que les autres et, alors que je comptais m’inscrire à ceux de Joyce Carol Oates et de George Sand, qui sont illimités, j’ai découvert aujourd’hui même son nouveau challenge consacré à Daniel Pennac : d’une durée d’un an, il prendra fin le 15 janvier 2014.

 

Classique-final-3 Stephie reprend la gestion du challenge « Un classique par mois » initié par Cess l’année dernière. Le principe est très simple : il s’agit de lire et de chroniquer au moins un classique par mois et de déposer le lien vers l’article en commentaire, chez Stephie donc. On ne retiendra que les œuvres antérieures à 1960.

 


camille-pissarro-the-louvre-and-the-seine-from-the-pont   Arsene.jpg

Et j’avais oublié les challenges de Sharon auxquels je me suis inscrite dés 2012 et que je compte poursuivre : le challenge Paris ainsi que le challenge Maurice Leblanc.

 

Tous les liens vers les blogs initiateurs en cliquant sur les logos.


Belles lectures et bons challenges !


Heide

 

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 21:30

homme-joie.jpgChristian Bobin, L’Homme-joie, L’Iconoclaste, 2012

183 pages

 

bobin.jpg

 

    Christian Bobin est né en 1951 au Creusot, où il mène une vie solitaire encore aujourd’hui. Il puise son inspiration au cœur de la nature, au milieu des jardins et les fleurs sont omniprésentes dans son œuvre : les fleurs sauvages, celles qui ne sont pas commercialisées comme le chèvrefeuille par exemple, sont pour lui « une réponse à quelque chose du néant et des ténèbres » (Christian Bobin sur France culture).

 

     Difficile de classer ses écrits : les essais poétiques côtoient des romans emprunts de poésie eux aussi, toujours courts (moins de 200 pages), mais si denses. Quand on lit Christian Bobin, on a envie de relever de belles phrases à chaque page. L’émotion circule et nous enveloppe d’une chaleur douce et apaisante, qui nous accompagnera longtemps. Ce sont des livres qui rendent heureux tant la générosité de leur auteur est authentique et palpable : à travers la musicalité des mots, la justesse des images, il nous invite à nous émerveiller d’un brin d’herbe ou de la plasticité d’un arbre, à ouvrir notre cœur, à affuter notre regard. Lui-même a des « Yeux d’or » et l’art de la métaphore !

Hier, je lisais un texte de Bergson dans lequel le philosophe répondait à la question « Qu’est-ce qu’un artiste ? » avec ces mots : « C’est un homme qui voit mieux que les autres car il regarde la réalité nue et sans voiles. » C’est ce que fait Christian Bobin, il observe la réalité nue et il l’habille de poésie. Il le fait avec une joie simple et communicative, d’où ce titre lumineux, L’Homme-joie. La vie ne l’a pas épargné et pourtant, il écrit :  

 

« Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse. » (155)

 

     L’Homme-joie est donc un recueil composé de quinze récits brefs, pensées-rêveries et souvenirs ou réflexions sur des sujets plus graves comme la solitude des anciens regroupés dans les maisons de retraite et la maladie d’Alzheimer qui atteignit son père. Dans ces textes poétiques, il est aussi question de personnalités – le pianiste Glenn Gould, Pascal, le peintre Soulages ou la petite gitane Maria -, de lieux, de situations en apparence anodines, de moments précis inscrits dans le temps et immédiatement jetés hors de lui par l’attitude contemplative du poète.


« La mort, l’amour, la beauté, quand ils surviennent par grâce, par chance, ce n’est jamais dans le temps que cela se passe. Il n’arrive jamais rien dans le temps – que du temps. » (42)


Avec l’écriture et la poésie, Christian Bobin nous mène ailleurs : pour lui, « la poésie défie la mort, le terme de ce qui nous est donné à vivre. » Il évoque souvent son rapport à la lecture et à l’écriture.

 

Entre chacun de ces quinze récits, le lecteur découvre une citation manuscrite comme un vers isolé, une pensée offerte, ouverte sur la vie. Certaines ne sont pas dénuées d’humour :  

 

« Les âmes sont des compas dont la pointe tremble à l’instant de se planter. Seuls les saints en tracent le cercle parfait. »


Et au centre du livre se trouve « Un carnet bleu », un joyau sous la forme d’une lettre d’amour manuscrite, adressée en 1980 à « la plus que vive », celle qu’il aima jadis et qui n’est plus – j’écrirai bientôt un article sur La Plus que vive, titre d’une longue lettre qu’il écrivit à sa compagne, au lendemain de sa mort brutale.

 

     Le livre se déguste dans le silence, un silence à réhabiliter. J’ai lu le recueil deux fois, à deux semaines d’intervalle environ : à la première lecture, la beauté de la langue accapare l’esprit et se suffit à elle-même. La deuxième lecture permet un plein accès au sens. Je crois que, comme pour tous les textes de Christian Bobin que j’ai pu lire,  chaque nouvelle lecture de L’Homme-joie mettra en lumière quelque élément resté dans l’ombre jusqu’alors. C’est toute la magie de l’écriture de cet auteur, pourtant décrié parfois : il répond d’ailleurs dans ce livre à l’accusation de mièvrerie qu'on a pu lui porter. Pour ma part, je ne vois dans le ton naïf de certaines de ses phrases qu’une tendresse infinie à l’égard de la vie, comparable à la joyeuse spontanéité des enfants.

 

Extrait :


« Une paix massive arrive comme devant un calvaire d’or. La vision de Soulages est plus puissante que la mort, elle l’arrête comme jadis on arrêtait un vampire avec une croix. Ce noir charpente mon cerveau, y tend ses poutres maîtresses dont le deuil n’est qu’apparent : le noir est l’éclair d’un sabre de cérémonie, une décapitation qui ouvre le bal des lumières. Ces œuvres appellent le grand air, leurs falaises réclament un vent furieux. Je ne suis pas devant l’œuvre d’un contemporain mais devant le plus archaïque des peintres. Ses peintures sont des maisons zen, les trois quarts d’une maison zen dont le spectateur fait le quart restant. Un gardien noir en costume noir arpente la salle, mains dans le dos, martyr d’un temps sans aiguilles. Nous sommes seuls au milieu des bêtes divines préhistoriques dont le cuir goudronné est suant de lumière. » (33)

 

Christian Bobin, L’Homme-joie, "Soulages", L’Iconoclaste, 2012


Pierre Soulages, peintre et graveur abstrait français, né en 1919 est très connu pour l'usage qu'il fait des reflets de la couleur "noir", nommée "noir-lumière" ou "outre-noir". (Source : Wikipedia)

 

Cliquez sur le logo pour lire d'autres contributions chez Yuko et Herisson.

 

Belles lectures !


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Pour en savoir plus sur le rendez-vous hebdomadaire et la lecture thématique mensuelle, c'est ICI.
La communauté "Les Lundis philo"est créée, n'hésitez pas à vous y inscrire !

 

10e rendez-vous thématique :

Lundi 12 août 2013 (date décalée)

Thème : le temps

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9e rendez-vous thématique :

Lundi 1er juillet 2013

Thème : le philosophe Albert Camus 

Coccinelle (alias Catherine) : Albert Camus

Denis : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Lee Rony : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

Heide : L'Ordre libertaire. La Vie philosophique d'Albert Camus de Michel Onfray

 

8e rendez-vous thématique :

Lundi 3 juin 2013

Thème : Au bout du monde 

Deux approches : le voyage

et/ou

Philosophes/Philosophie du bout du monde (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Australie...)

Anis : Les femmes, la philosophie et le voyage

Catherine : Au bout du monde avec l'idée de Dieu dans la philosophie religieuse de la Chine (Léon de Rosny)

Denis : Montesquieu, Voyages, Arléa

Lee Rony : Au bout du monde

Heide : Montaigne et le voyage

 

7e rendez-vous thématique :

Lundi 6 mai 2013

Thème : Littérature et philosophie

(Lecture commune récréative : Martin et Hannah de Catherine Clément)

Catherine lance deux débats passionnants pour dépasser le clivage entre littérature et philosophie.

Denis sur  Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder. A consulter aussi Hannah Arendt et Martin Heidegger de Elzbieta Ettinger (essai) : ici.

Lee Rony

Sophie sur Voltaire

Heide sur Martin et Hannah de Catherine Clément

 

6e rendez-vous thématique :

Lundi 1er avril 2013

Thème : La philosophie et le rire 

Catherine : Qui a écrit "Le rire est le propre de l'homme ?"

Denis  : autour d'une citation sur le rire philosophique. Candide de Voltaire (en attendant Bergson)

              Le Rire de Bergson

Lee Rony : Historique de la notion, façon Lee Rony.

Heide : Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique

 

5e rendez-vous thématique :

Lundi 4 mars 2013

Thème : Femmes philosophes

Catherine : Cléobouline, l'une des premières femmes philosophes (Grèce antique)

Denis : Simone Weil, femme philosophe (1ère partie : sa vie et son oeuvre)

2e partie : La Pesanteur et la grâce (ICI)

Lee Rony signe un poème satirique "Femmes philosophes"

Heide : Hannah Arendt et la crise de la culture (1ère partie : présentation)

 

4e rendez-vous thématique :

Lundi 4 février 2013

Thème : Freud et la psychanalyse

Catherine : points communs et différences entre psychanalyse et philosophie

Denis : Le Malaise dans la culture de Sigmund Freud

Lee Rony  bientôt sur le divan avec cette lettre de son médecin traitant... Excellent ! 

Heide  : le fonctionnement de l'appareil psychique et L'Avenir d'une illusion


  3e rendez-vous thématique :

Lundi 7 janvier 2013

Thème : l'art, la beauté dans l'art

Catherine sur une citation de Platon

Denis sur Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier

Lee Rony sur la question du point de vue, les rapports entre la distorsion des perceptions et la beauté artistique.

Heide sur un texte de Soseki Natsume, extrait d'Oreiller d'herbes, 1906


2e rendez-vous thématique :

Lundi 3 décembre 2012

Thème : la sagesse

Catherine : Oh non George ! Un album de Chris Haughton

Denis : ABC d'une sagesse par Svami Prajnanpad

Lee Rony : "Poésie lexicale"

Heide : Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

 

1er rendez-vous thématique :

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Denis : Bruno Fabre, La Pyramide du bonheur

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